BETTER CALL SAUL, SAISONS 1-2

Une chronique qui pour une fois n’a pas vocation d’être élogieuse, les tenants et aboutissants de ce préquel de Breaking Bad semblant avoir été oubliés par les producteurs et scénaristes du show pour raconter tout autre chose.

Pourtant la première saison commençait plutôt bien. On y retrouvait, dans un noir et blanc somptueux, le pauvre Saul Goodman (Bob Odenkirk), ancien avocat corrompu de Walter White (Bryan Cranston) planqué sous une fausse identité (Gene) de manager d’une enseigne Cinnabon dans un centre commercial au fin fond du Nebraska.

Nul besoin ici de nous expliquer que l’ancien avocat trempait dans le plus gros trafic de méthamphétamine que les Etats-Unis aient jamais connu, tout le monde ou presque connaissant l’intrigue générale de la série dont Better Call est le spin-off.

Ces quelques minutes, faussement anodines et filmées avec un léger ralenti, sont probablement les plus fascinantes de la saison qui va suivre, réussissant à nous résumer sans le moindre mot la situation impossible dans laquelle se trouve le protagoniste principal, ce mélange de résignation et de peur atteignant son point culminant quand, après avoir fermé et être rentré chez lui, il regarde une vidéo de sa pub télé pour son cabinet d’avocat. Son regard en dit plus qu’un long discours.

Bordel, comme c’est bien. On se dit que cette série va être géniale, encore mieux que Breaking Bad, Saul étant bien plus sympathique et au combien moins pathétique que Walter White!

Et c’est là que le programme nous rappelle que, avant d’être un spin-off, il est surtout un préquel. Se situant en 2002, Better Call Saul va donc nous raconter comment James Morgan  »Jimmy » McGill est passé du statut de prometteur associé de cabinet privé à celui de Saul Goodman, petit avocat indépendant et ripou.

Une idée qui va plomber toute la série en moins de temps qu’il en faut pour le dire. Car la production a oublié que ce qui rendait Saul Goodman véritablement intéressant était la somme d’ennuis et de menaces qui planaient sur sa tête en étant l’avocat de Walter White (alias Heisenberg). Débarrassé de cette pression, il redevenait un petit avocat véreux comme il en existe dans toutes les séries policières depuis des décennies.

Et c’est exactement ce que nous propose les dix premiers épisodes de la première saison, une origine story d’avocat. Alors oui, le temps d’une poignée d’épisodes, l’illusion fonctionne assez bien, Bob Odenkirk possédant le charisme suffisant pour porter un show sur ses épaules. Hélas, les scénaristes, après lui avoir donné quelques bons moments et des répliques dignes de son personnage au travers de quelques scènes efficaces, vont progressivement l’éloigner de la dynamique de sa propre série pour mettre en lumières des personnages secondaires.

Le premier est certainement le personnage qui aurait, encore plus que Saul, mérité un spin-off, il s’agit bien évidemment de Mike Ehrmantraut, l’ancien flic devenu gardien de parking puis homme à tout faire. Un personnage emblématique de Breaking Bad qui volait la vedette à chaque fois à son casting principal. Incarné par le fantastiquement cool Jonathan Banks (la série Wiseguy), Mike est sans le moindre doute la seule raison valable de s’infliger les deux saisons de Better Call Saul.

Le second caractère à prendre beaucoup de place dans la série est le grand-frère de son héros, Charles  »Chuck » McGill, un avocat de génie malheureusement victime d’hypersensibilité électromagnétique. Incarné par un autre voleur de vedette, le génial Michael McKean (This Is Spinal Tap), Chuck va vite devenir le centre d’intérêt de la série, son état particulier étant propice à des trouvailles scénaristiques bien plus intéressantes que les tribulations légales du pauvre Saul, ce dernier toujours en train de tromper son monde pour arriver à ses fins, mentant à tout le monde comme le dernier des junkies, ce qui finira par se se retourner fatalement contre lui.

Dernier personnage à tirer son épingle du jeu, non pas par son écriture ou par sa sur-représentation au détriment du personnage principal de la série, l’avocate et intérêt sentimental de Saul: Kim Wexler. Etant le seul personnage secondaire féminin de la série, il va sans dire que sa présence est plus que bienvenue, assurant un peu de répit au spectateur pris au piège au milieu de cette histoire majoritairement masculine. Jouant sur la fausse froideur et la réelle bonté de son personnage, Rhea Seehorn fait beaucoup pour le show, y apportant, plus qu’une touche féminine, une touche de force morale et de bon sens.

Bien qu’il y ai d’autres personnages secondaires, ce sont vraiment ces trois-là qui font l’essence de la Better Call Saul, le  »héros » continuant son origine-story en se révélant de plus en plus insupportable, voir même carrément détestable. Surtout, et c’est là que les scénaristes ont échoué, Saul Goodman est de plus en plus occulté, ses apparitions devenant progressivement bien moins intéressantes que celles de ses camarades.

Pour bien nous rappeler que nous n’aurons jamais l’histoire la plus intéressante, le début de la deuxième saison nous en remet une couche dans la parano de Gene (Saul), le patron du Cinnabon, ce dernier se payant la peur de sa vie en prenant un client du supermarché pour une menace potentielle, finissant par se retrouver piégé dans le local des poubelles sans oser passer par la porte de secours, de peur d’activer l’alarme et d’être démasqué. Ces instants sont, comme pour la première saison, d’une puissance inégalée.

Mais comme on peut aller se faire mettre, la série reprend là où elle en était restée, s’étalant encore plus inutilement sur  le grand frère Chuck, essayant vainement de donner de l’ampleur à Kim (dont on se demande bien ce qu’elle peut trouver à Saul) mais se rattrapant seulement avec Mike, ce dernier devenant pratiquement le héros de la série.

Et vous savez quoi? J’adore Mike! Mais je vais arrêter de regarder cette série car elle m’ennuie profondément. J’imagine des vieux en maison de retraire regarder cette série entre deux piqûres, ou encore mieux, des gens en prison.

Donc voila, il y aura certainement quelque-uns de vos amis qui vous affirmeront que Better Call Saul est la meilleure série télé du moment. Le souci, c’est que ce sont souvent les mêmes qui pensent que Plus Belle La Vie est plutôt sympa.

Bon, je retourne à ma saison 3 de Penny Dreadful.

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