DIE GÖTTLICHE ORDNUNG DE PETRA VOLPE

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Judicieusement traduit en Suisse Romande par L’ordre Divin, le film de Petra Volpe (Traumland) a subit en France l’élan féministe, énervant et inutile qui caractérise ce pays, s’appelant désormais Les Conquérantes.  »Bonjour, j’aimerai deux places pour Les Conquérantes… »

C’est d’autant plus défavorable au film que l’on se demande si le distributeur l’a effectivement visionné avant de trouver ce nouveau titre absurde qui n’a absolument rien à voir avec le sujet et encore moins avec les droits des femmes et le féminisme. Depuis quand les femmes sont-elles en guerre avec les hommes? Depuis quand est-il question de conquérir des droits et de dominer les hommes? De deux choses l’une, soit le distributeur est un sale misogyne considérant les femmes comme des citoyennes de seconde catégorie (probable), soit c’est un pseudo-féministe qui pensait soutenir leur combat et booster au passage les entrées France avec un titre aussi racoleur qu’irresponsable (bien plus probable). Dans les deux cas, il y a encore du travail.

Débutant en 1970, Die Göttliche Ordnung suis le destin de Nora (formidable Marie Leuenberger), une mère de famille un peu coincée avec son mari menuisier et ses deux garçons d’une dizaine d’années, vivant dans le paisible et quelque peu arriéré village d’Herisau en Suisse Allemande.

Comme le rappelle l’introduction du film, la libéralisation culturelle et sexuelle de la fin des années 60 a submergé le monde occidental, à quelques exceptions près… les petites localités suisses étant hermétiques au changement.

Profitant de l’absence de son mari à l’armée, Nora, empêchée par ce dernier d’exercer une profession (à l’époque, le mari avait ce genre de droits), commence à se renseigner sur ses droits. Rencontrant les féministes de l’époque, elle se rend compte de son état d’esclave moderne et consentante. Progressivement, elle va commencer à remettre en question sa place dans cette société patriarcale, devenant militante. Le droit de vote des femmes étant en ligne de mire des élections de 1971, elle et quelques autres vont faire en sorte de se faire entendre afin de changer la société Suisse, parfois au risque de leur vie.

Comédie douce-amère, Die Göttliche Ordnung est probablement l’un des films suisses les plus importants depuis longtemps, le regard porté sur notre pays par la réalisatrice faisant parfois froid dans le dos et nous rappelant que ce qui y est décrit n’est pas si loin de nous.

C’est également une magnifique fable sur la libération des femmes au travers du personnage de Nora, cette dernière évoluant d’un statut de femme dominée et résignée à celui d’une femme de son temps. Balançant ses vêtements de grand-mère pour porter des habits de couleurs la mettant en valeur tout en étant confortables, changeant sa coupe de cheveux pour faire enfin son âge (35 ans) et parlant enfin sans mesurer ses paroles et la place qu’on lui a assignée, elle se dévoile enfin comme la femme qu’elle était depuis tout ce temps mais dont elle était ignorante.

Pour ma part, étant né dans la décennie du film, ce sont surtout les habits et le comportement de l’époque qui me rappellent cette époque, ayant grandit principalement dans les années 80 et dans une vraie ville, petite certes mais pas un village quand même, les jeunes étant à peu près les mêmes que ceux représentés dans le film.

Film parfois difficile, malgré son happy-end historique, Die Göttliche Ordnung s’avère particulièrement éprouvant pour les alliés que nous nous devons d’êtres en tant qu’hommes. Personnellement, je me suis senti quelque peu honteux et privilégié, ainsi qu’en colère contre les hommes qui continuent à se comporter en 2017 comme l’espèce dominante, souvent avec l’appui des femmes qui les entourent (c’est également l’un des problèmes soulevé par le film, via l’affreuse patronne de la scierie où travaille le mari de Nora). Ce comportement arriéré n’ayant plus rien à faire dans une société dite civilisée, on peut espérer qu’il disparaitra progressivement au cours des prochaines décennies. Du moins, on peut l’espérer.

Récompensé par de nombreux prix  (dont trois au festival du cinéma indépendant de Tribeca), le film de Petra Volpe s’est avéré un grand succès en Suisse et a connu une reconnaissance internationale. Un film qui mérite tous les suffrages.

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