DRAGON BALL DE AKIRA TORIYAMA (PARTIE 4)

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Quel est donc le message de Dragon Ball au final?  Des hommes et des enfants, souvent les leurs, se battant au péril de leur vie, sans penser au reste du monde et au risque de détruire la planète ou l’univers?! Et pendant ce temps, que font les/leurs femmes/mères? Elles s’inquiètent, pleurent ou tombent dans les pommes à la maison; quand elles ne croient pas que tout va bien, parce qu’on leur a menti (Son Goku avec Chichi)! Bref, elles ne servent à rien. Parce qu’elles n’ont tout simplement pas leur place dans le récit de Toriyama, l’auteur n’osant pas se faire violence pour les transformer en  héroïnes ou en monstres sanguinaires et incontrôlables, préférant, à la place, montrer des enfants se faire tabasser par des adultes et mourir la bouche grande ouverte. Heureusement, il prend le temps de rappeler que ces  »garçons » ne sont pas très malins, laissant le lectorat aller un peu plus loin en les considérant comme de dangereux idiots surpuissants.

Et comme si se battre n’était pas suffisant, il faudra également parler pendant que l’on se bat. Si l’on fait partie des  »méchants », on rabaissera, insultera et niera son adversaire. Et si l’on fait partie des  »gentils », on narguera, mettra en doute, puis refusera de s’avouer inférieur à son invincible ennemi (à quelques variations près). Au final, la notion de bien et de mal deviendra floue, certains ennemis ayant une certaine forme d’honneur, tandis que des héros se comporteront comme de parfaites enflures. Cette psychologie inversée est des plus intéressantes car elle permet de comprendre les mécaniques de pensée de personnages détestables (Vegeta et Mister Satan en tête).

Ces batailles de regards, puis de paroles, avant de devenir des démonstrations de force absurde, passent d’ailleurs beaucoup mieux en manga qu’en anime, le ridicule grandiloquent et multicolore de l’animation n’arrivant jamais à égaler la violence brutale et viscérale qui s’échappe des pages du manga, sa mise en page bien précise ne pouvant pas être dupliquée à la télévision. Surtout, à moins d’appuyer sur pause, on ne peut pas s’arrêter sur l’image désirée, ce geste nous faisant choisir à la place de l’auteur qui, dans son manga, nous impose des images bien précises sur lesquelles nous pourrons réfléchir. Là est toute l’immense différence.

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Après m’avoir lu, on pourrait penser que je qualifie les 42 tomes de Dragon Ball d’œuvres dégénérées et profondément dangereuses pour la jeunesse. Il n’en est rien, bien au contraire. Le manga de Toriyama est une œuvre cryptée fascinante. Par contre, je n’aurai pas la même bienveillance avec l’adaptation télévisée, ainsi que les films d’animations, que je considère comme hautement nocifs aux neurones, ainsi qu’à la perception globale de l’œuvre papier. Je m’explique.

Il ne viendrait à personne de censé l’idée de nier l’évidence absolue que la trilogie du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien est supérieure à l’adaptation cinématographique de Peter Jackson. Même ce dernier l’admet bien volontiers. Quel que soit le génie fulgurant d’un film adaptant une œuvre écrite, il ne pourra jamais rivaliser avec cette dernière (Watchmen et Akira sont là pour le rappeler). Hélas, quand il s’agit de comparer le manga Dragon Ball à ses adaptations animées, bien peu de voix se lèvent pour signifier l’infranchissable fossé qui les séparent.

Le manga d’Akira Toriyama fonctionne en effet à plusieurs niveaux, alors que l’anime n’en utilise qu’un, celui de l’adaptation littérale et irréfléchie. Dans le manga, la vitesse de lecture influence la compréhension du récit, la mise en page la plus simple, en apparences, pousse le lecteur à se questionner sur les choix moraux des personnages, ainsi que sur la véritable nature des événements et leurs répercussions dans le temps. Par exemple, la storyline avec Trunks est bien plus complexe qu’il n’y parait (il y est d’ailleurs question de voyage dans le passé pour changer le futur), mais dans la série animée, c’est un bordel insensé auquel on ne croit pas vraiment, tellement tout semble absurde et incohérent. C’est simplement parce que la suspension d’incrédulité n’a plus lieu d’être dans un show qui accentue constamment la surenchère de l’œuvre originale.

La différence avec un manga, c’est que si vous n’y croyez plus, vous ne continuez pas la lecture. Et c’est pourquoi les 42 tomes de Dragon Ball sont addictifs, parce que l’on y croit, que l’on voit des choses insensées mais plausibles, que l’on rit et pleure beaucoup, tout en jugeant en silence les individus qui se démènent devant nos yeux comme des damnés, ce qu’ils sont au final. La lecture étant un acte intellectuel solitaire et silencieux, la richesse de l’œuvre d’Akira Toriyama se révèle d’elle-même à son lectorat, à la différence des animes qui ne nécessitent aucun effort et n’en font donc aucun, se contentant de dupliquer servilement une œuvre originale bien plus nuancée, bien que remplie de stéréotypes.

Je m’arrête là car je me rends compte que je pourrai continuer à aligner les articles sur cette série et finir par justifier tout ce qui ne va pas. Il y aurait également tellement de choses à dire sur les personnages secondaires (Monsieur Satan, les cyborgs, Boo, le présentateur du tournoi, etc.) et sur l’évolution dramatique de la série, ses débordements suicidaires, etc. En résumé, il faut lire Dragon Ball au moins une fois dans sa vie pour comprendre ce qui s’y cache, ainsi que pour assister de ses yeux aux plus grands combats jamais chorégraphiés sur papier! Une œuvre au delà du bien et du mal.

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