ALIEN: COVENANT DE RIDLEY SCOTT

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MASSIVE SPOILER ALERT

Cette suite de l’admirable mais imparfait Prometheus de 2012, arrive probablement trop tard dans la carrière de Ridley Scott, le réalisateur ayant quelque peu perdu pieds depuis la disparition de son frère Tony, ainsi que les batailles livrées avec la Fox pour imposer sa vision.

Il y a d’ailleurs fort à parier que Prometheus, décrié par certains à l’époque, soit revu à la hausse d’ici quelques temps, son successeur semblant avoir pris un chemin diamétralement opposé à tout ce qui en faisait le charme et la fascination.

Ce qui explique pourquoi les deux scènes les plus  »Prométhéennes » du film ont été écartées du montage final, avant d’être divulguées quelques semaines avant sa sortie sur internet. Une première dans le genre qui fait écho aux trois vidéos virales réalisées pour Prometheus. A la différence que ces dernières étaient clairement du contenu additionnel et non pas des scènes faisant partie du scénario.

La première, assez courte, est la seule véritable scène qui voit distinctement Noomi Rapace dans le rôle d’Elizabeth Shaw. Suite directe de Prometheus, ces quelques instants nous montrent Shaw réparer l’être synthétique David (Michael Fassbender), décapité à la fin du film précédent, puis cohabiter brièvement dans le vaisseau en sa compagnie, avant de s’endormir pour un long voyage sous la bienveillance de David. De tout ça, il ne reste que la voix off de David dans Alien: Covenant, ce qui permet de situer exactement où la scène a été retirée.

Quand à la deuxième, elle est tout aussi dommageable, car elle aurait dû être le début du film, présentant l’équipage du Covenant avant sa phase de sommeil. On y voit surtout son futur malheureux capitaine, joué par James Franco, quitter le pont pour aller se reposer, une fiesta commençant après son départ et se ponctuant par un amusant hommage au premier Alien.

Au lieu de cette scène formidable et superbement introductive, Ridley Scott nous sert le pire substitut imaginable, un vieux flashback revenant sur le premier jour d’existence de David, rencontrant son créateur, Peter Weyland (joué par Guy Pearce).  Trop longue, trop froide et bien trop prétentieuse (à l’image du maître et de sa créature), cette scène, aussi gênante que fascinante, marque, sans qu’on le sache encore, la tonalité de ce qui va suivre, ainsi que le parti-pris qui va nous être imposé, Alien: Covenant n’étant pas un film sur la naissance des Aliens, mais bien sur le destin de David.

Encore plus qu’un film sur David, Alien: Covenant est un film sur Michael Fassbender, un peu comme la franchise Mission: Impossible est une série de films sur Tom Cruise, le sujet principal servant de prétexte à mettre en lumière toute la gloire de son acteur principal, véritable catalyseur de la machine à dollars que représentait, il y a longtemps la licence dont il est désormais le héros.

Alien : Covenant avait pourtant toutes les cartes en mains pour capitaliser sur le succès de Prometheus, mais la production en a décidé ainsi. Pire, alors que les critiques reprochaient un traitement incohérent de certaines scènes et des comportements improbables de l’équipage, Ridley Scott et la Fox n’ont retenu qu’une seule chose, à savoir que l’on ne voyait pas suffisamment les créatures dans le film!

N’était-ce pourtant pas déjà le but dans Alien?! Et encore plus la raison d’être de Prometheus, qui est censé faire office de prologue à la création de cette affreuse espèce?!

Du coup, on comprends mieux la coupe des deux scènes balancées sur internet, ainsi que la tonalité de ce qui va suivre. Décidant que l’équipage du Covenant va servir de proies tout au long de son voyage, ce dernier répondant à une émission brouillée de Shaw (chantant du John Denver!) qui l’amène sur la planètes des Ingénieurs (la race extra-terrestre à l’origine de l’humanité), Ridley Scott va rapidement transformer son film de science-fiction en une nouvelle version des Dix Petits Nègres d’Agatha Christie.

Après avoir perdu son capitaine, remplacé par un novice sans expérience (Billy Crudup, plus à fleur de peau que jamais) et la moitié de son équipage en l’espace de quelques scènes, les survivants du Covenant, dont Daniels (la formidable Katherine Waterson, hélas toujours en retrait), se retrouvent livrés à eux-mêmes et dépendants de leur sauveur, David.

Et c’est là que Alien: Covenant devient un véhicule pour Michael Fassbender. Alors je ne sais pas quels sont les enjeux avec cet acteur et qui a intérêt à la placer dans toutes les franchises potentiellement juteuses (X-Men, Assassin’s Creed ou encore Steve Jobs), mais le faire jouer le rôle de deux androïdes, David et Walter du Covenant, était certainement l’idée la plus cliché qui soit. Surtout que Scott s’attarde longuement sur leur rencontre, ainsi que sur leurs différences. Tout ça pour en finir avec une substitution d’identité comme on ose plus en faire depuis les années 80!

Je crois que personne, en 1978, n’aurait aimé que l’androïde Ash (Ian Holm) soit omniprésent dans le film et que toute l’histoire tourne autour de lui. Eh bien c’est exactement ce qui arrive aujourd’hui. On assiste à un véritable jeu de massacre, les membres du Covenant se faisant éliminer les uns après les autres sans même que l’on aie le temps de s’attacher à eux. Quant à Daniels, supposé être la nouvelle Ripley/Shaw de la saga, elle ne s’avère être qu’un leurre, le véritable  »héros » du film étant un sociopathe mégalomane synthétique se prenant pour Dieu.

Après, le film est foutrement beau, le score est immersif au possible et tout le monde joue super bien, mais c’est juste qu’il y a trop de personnages dedans et que la raison ne tient que dans leur élimination progressive, tandis que le récit se révèle et que la monstrueuse réalité apparait enfin aux derniers survivants de ce slasher d’un nouveau genre.

Quand aux Aliens… vous verrez bien par vous-mêmes, mais leur utilisation est des plus discutables tout au long de l’histoire. Même la scène des œufs, je ne sais trop quoi en penser. On a beau être en territoire connu, c’est quand même la première fois qu’une histoire, censée nous révéler les origines de quelque chose, se sert autant de redite et d’emprunts pour nous signifier qu’il s’agit du commencement et non pas de la fin d’une franchise.

Sans âme (comme son personnage principal d’ailleurs), d’une noirceur ridicule et sans le moindre espoir, Alien: Covenant, dans sa folie meurtrière et ses débordements gore, est un film profondément malade, qui ne prend pas le temps de réfléchir et qui oublie surtout d’être une œuvre de cinéma, se croyant, à tort, plus malin que son public.

Ce qui n’est pas totalement faux au final, votre serviteur étant dans un premier temps tombé dans le piège. Il aura fallu la réaction dégoûtée d’un ami pour que le doute s’immisce enfin et que la discussion commence. Pourtant, même après un debriefing dans un bar en compagnie de deux autres amis, rien n’a véritablement changé. Il aura fallu le recul, deux jours plus tard, pour que j’admette enfin que je m’étais conditionné à aimer ce film et que finalement, il ne me plaisait pas. Du tout.

N’ayant pas l’intention de le revoir en salles, j’attendrai sa sortie physique pour me refaire un avis, mais je crains bien que cela ne changera pas grand chose à ce que j’ai pu énumérer ici. Le mieux qui puisse arriver désormais, c’est que j’apprenne à vivre avec ce film et que je me fasse une raison quant à son contenu et à son existence.

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