JOHN CONSTANTINE, HELLBLAZER PAR PETER MILLIGAN

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Bien que Peter Milligan demeure le dernier scénariste de la série, son arrivée sur Hellblazer #250, en fin d’année 2008, se fera en bonne compagnie, partageant la vedette avec une brochette de talents, réunis dans ce double-numéro composé de plusieurs histoires courtes.

Au programme, ‘’Happy Fuckinh New Year’’, par Dave Gibbons et Sean Phillips, qui voit John se transformer en justicier de la nouvelle année, sauvant un bébé d’un vieil illuminé meurtrier. Toujours un plaisir de retrouver Sean Phillips.

Au travers d’une partie de poker, ‘’Christmas Cards’’, par Jamie Delano et David Lloyd, nous renvoie carrément vingt ans en arrière, quand la série John Constantine, Hellblazer n’en était qu’à ses balbutiements. On en aurait presque la larme à l’œil.

‘’All I Goat For Christmas’’, par Brian Azzarello et Rafael Grampa, est une mise en images d’un poème d’après Jimmy Przeska, un fan des Chicago Cabs, dont la longue histoire sportive aurait été maudite par un bouc écarté des tribunes en 1945. Visuellement splendide.

Peter Milligan démarre donc ici son run, avec ‘’The Curse of Christmas’’, dessiné par Eddie Campbell. Il y est question d’un fantôme, ancien politicien, qui oblige John à aller demander des comptes à ses probables assassins. Un début timide pour Milligan, visiblement pas encore aux commandes.

Finalement, ‘’Snow Had Fallen’’, par China Miéville et Giuseppe Camuncoli, termine le numéro par une histoire d’anges de Noël attaquant un camp de la Croix Rouge. Une occasion de se familiariser avec le nouveau dessinateur régulier de la série, ainsi que son encreur, Stefano Landini.

Avec Hellblazer #251, Peter Milligan commence officiellement son run sur la série. Introduisant le docteur Phoebe Clifton-Avery, dernière conquête en date de John, Milligan ne va pas tarder à la faire découvrir l’horreur qui colle aux basques de son amoureux, ce dernier étant atteint d’une forme de peste inédite (ses croutes s’amoncelant pour prendre vie) et devant aller chercher une solution jusqu’à Liverpool.

Si Giuseppe Camuncoli signe les premiers épisodes, il est temporairement remplacé par Goran Sudzuka, dont le style, entre Dave Gibbons et Chris Weston, ne réussit pas à rendre cette première histoire ultra-passionnante. Reste les couvertures de Lee Bermejo, ses dernières, toujours aussi sombres et morbides.

Hellblazer #256 accueille une addition de poids en la personne de Simon Bisley, une superstar qui va, dans un premier temps, devenir le cover artist de la série, avant d’en devenir l’un des illustrateurs.

Peter Milligan introduit Epiphany Greaves, une jeune chimiste punkette et fille de gangster, à qui John va demander un filtre d’amour pour reconquérir sa belle. Une idée, aussi aberrante que totalement immorale, qui va faire de ‘’Hooked’’ (Hellblazer #256-#259), le véritable démarrage des choses sérieuses, Milligan touchant enfin le nerf sensible de son lectorat en sacrifiant un énième personnage bien-aimé, comme le veut cette maudite série. Il est totalement aidé dans sa tâche par Giuseppe Camuncoli qui donne une touche fumetti bienvenue à l’ensemble.

Dessinant Hellblazer #260 et #261, Simon Bisley rejoint Peter Milligan pour un ultime adieu à Phoebe. Convoquant une invitée surprise en la personne de Kathy George (de sa série Shade, the Changing Man), Milligan envoie Constantine dans un enfer intermédiaire pour tenter de sauver l’âme de celle qu’il aimait, se révélant au final bien plus utile pour celle qui va bientôt prendre sa place, qu’il le veuille ou non.

Véritable tour de force émotionnel, ces quelques épisodes vont tracer toute la ligne directionnelle du run de Milligan, cette dernière reposant sur deux solides dessinateurs, totalement dévoués à la cause du personnage et de sa série. Mention spéciale à Simon Bisley, plus-value aussi inattendue que totalement réjouissante, son style graphique, unique et mondialement connu, ayant évolué de la manière la plus fascinante qui soit, donnant une profondeur et un sérieux inédit à l’ensemble.

Incapable à sauver son défunt amour de la damnation, John va devoir voler jusqu’en Inde pour se purifier, se retrouvant confronté à un démon local pour le moins agressif. Mais c’est la storyline suivante, ‘’No Future’’ (Hellblazer #265-#266), illustrée par Bisley, qui retient à nouveau toute l’attention, John étant confronté à son passé punk au travers d’un vieil ami possédant un mannequin possédé par Sid Vicious. Ravivant les fantômes de 1979, tout en rapprochant John d’Epiphany, Milligan et Biz signent ici l’un des récits les plus poignants qui soit.

Peter Milligan ayant déjà fait un premier clin d’œil à sa précédente série, il semblait évident que Shade, the Changing Man finisse par faire son apparition, les deux s’étant déjà rencontrés par le passé. Cette réunion aura lieu dans la storyline ‘’Sectioned’’ (Hellblazer#267-270). Mettant à mal la relation entre le vieux punk et la jeune gothique, Milligan va rendre John paranoïaque et incontrôlable, son seul salut résidant en Shade et Lenny Shapiro, Kathy George, dernière membre du trio, étant morte il y a des années.

Les tribulations de John et Epiphany se poursuivant dans ‘’Bloody Carnations’’ (Hellblazer #271-#275), Shade envoyant accidentellement cette dernière en 1979, y rencontrant ses jeunes parents, ainsi que le chanteur d’un groupe nommé Mucus Membrane. De son côté, John a fort à faire avec une succube, le démon Nergal et le père d’Epiphany.

Boosté par la présence de Shade, the Changing Man, Giuseppe Camuncoli se déchaine littéralement sur les scripts de son scénariste, signant quelques épisodes foudroyants ramenant directement au run historique de Peter Milligan et Chris Bachalo sur la série éponyme. De son côté, Simon Bisley, s’étant vu assigné les segments se passant en 1979, Milligan réunit l’improbable couple à la seule époque où il aurait eu le même âge, les illustrations épiques de Biz lui donnant la légitimité dont il manquait encore. On se souviendra longtemps de la courte discussion entre les deux John.

S’il fallait encore le cacher, il se passe un événement pour le moins improbable dans Hellblazer #275, justifiant amplement un numéro double et le retour de la quasi-totalité des personnages encore en vie dans l’entourage de ce bon vieux John.

Avec ‘’Phantom Pains’’ (Hellblazer #277-#281), Milligan s’attaque enfin à l’histoire qui couvait depuis déjà quelques mois, à savoir le sort du pouce auto-sectionné par John, évidemment tombé en de mauvaises mains. Cet interlude comique sert surtout à contrebalancer le second récit, nettement plus glauque, avec une Gemma Constantine (Gael Bertrand dessinant l’épisode ‘’Gemma’s Story’’) en quête de vengeance, ayant été agressée sexuellement par le double maléfique de John dont elle ignorait l’existence.

Illustrant les deux numéros précédant et suivant cette storyline, Simon Bisley poursuit son œuvre au noir avec une puissance émotionnelle qui force le respect et l’admiration, éclipsant sans peine la totalité des artistes à s’être succédés sur la série. Même les dialogues de Milligan semblent meilleurs quand c’est lui qui les met en images. Un travail renversant, doublé par des couvertures épiques et digne d’Heavy Metal.

Retrouvant un peu de légèreté avec ‘’The Devil’s Trench Coat’’ (Hellblazer #283-286) qui, comme son titre l’indique, parle du vieux manteau de notre anti-héros, Milligan revient aux choses sérieuses avec la storyline suivante, ‘’Another Season in Hell’’ (Hellblazer #287-#291), The First of the Fallen étant de retour et bien décidé à profiter des tensions entre Gemma et John, ainsi qu’entre Epiphany et son gangster de père.

Bisley n’étant présent que sur les couvertures, Camuncoli est épaulé, deux épisodes durant, par le dessinateur Gael Bertrand, dont le style plus adolescent, fonctionne particulièrement bien, notamment avec Epiphany et Gemma ; l’exception étant John, presque sexagénaire à cette époque.

L’absence de Simon Bisley à l’intérieur de la série est expliquée par l’annual 2011, intitulé ‘’Suicide Bridge’’ et dont l’intégralité est exécutée par ce dieu vivant de l’illustration. Se dépassant pour l’occasion, Milligan signe un récit d’une mélancolie crépusculaire, faisant de cet annual l’un des plus grands moments de toute la série. Biz signera un dernier épisode vite fait avant de retrouver son poste de cover artist, laissant le champ libre à Cammo pour la dernière ligne droite avant le grand final d’Hellblazer #300.

Les neuf derniers mois de la série vont voir l’improbable couple partir en Irlande sur les traces du neveu disparu de John, dont la dernière activité semble être de peindre des scènes de crime du nom familial. Mais c’est véritablement avec ‘’Death and Cigarettes’’ (Hellblazer #298-#300) que Milligan et Camuncoli vont sceller le destin de Constantine. D’une tristesse insondable, ces trois derniers épisodes se dévorent comme un long adieu, le principal intéressé connaissant désormais le moment de sa mort et ayant encore un dernier tour d’éclat dans sa poche avant que sa propre messe ne soit dite.

Terminant son phénoménale run sur la série, Peter Milligan, accompagné par sa fidèle team graphique, offre une conclusion fatalement frustrante et foutrement grandiose à la fois. La fin d’une époque et le commencement d’une autre, John Constantine ayant déjà quitté Vertigo pour intégrer le DC Universe.

http://www.vertigocomics.com/

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