IRON FIST, SAISON 1

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Décidément, plus les séries Marvel Netflix se succèdent, plus les motifs d’insatisfaction se multiplient. Daredevil, contre toute attente, avait pourtant fait l’unanimité. Sa seconde saison, déjà beaucoup moins. Mais Jessica Jones avait rassuré tout le monde, même si plus pour son vilain fascinant que pour son héroïne un peu plate au final. Et que dire de Luke Cage, sa propre série semblant lui préférer tout le reste du casting!

Autant dire qu’avec un titre comme Iron Fist, les choses ne pouvaient pas vraiment s’arranger. Et c’est effectivement le cas, ce nouveau show Netflix étant tout sauf une série de super-héros urbain (et encore moins une interprétation du concept Marvel Knights des comics).

Urbain. Le terme est important, car l’univers télévisé Marvel est très différent de son univers cinématographique. Ici, pas de super-héros étincelants aux pouvoirs fantastiques. Surtout, pas de costume tape à l’œil (celui, très moche, de Daredevil, semblant être l’exception). A la place, des individus banals, des anti-héros qui cachent leurs pouvoirs et dont la vie privée et sociale prennent le pas sur l’activité de justicier.

C’est exactement ce qui arrive à Danny Rand (Finn Jones), le personnage principal de Iron Fist, son nom rempli de puissance, synonyme d’aventures épiques pour les fans du comic, étant ici réduit à un adjectif nébuleux, à une arme improbable, et non pas à une véritable personne, encore moins à un super-héros.

Mais un peu d’histoire pour commencer.

Crée en 1974 par Roy Thomas (The Invaders) et Gil Kane (Green Lantern), le personnage est l’une des tentatives de Marvel de rebondir sur le phénomène des arts martiaux, véhiculés par les films de Bruce Lee et la série Kung-Fu avec David Carradine.

Si l’histoire de Danny Rand n’était à la base pas si complexe que celle qui allait servir à son adaptation en série télévisée (le comic connaissant plusieurs incarnations au cours des décennies, avant une prodigieuse réécriture en 2006), elle demeure relativement la même, à savoir que le jeune homme, supposé mort dans l’Himalaya avec ses parents, réapparait bien vivant à New York, possédant une maîtrise inouïe des arts martiaux, ainsi que le pouvoir de transformer son poing en arme de destruction.  Les flashbacks étant légion, on apprend rapidement le sort de ses parents, ainsi que la raison de sa survivance, le jeune Danny ayant été recueilli par les moines de la Cité Magique de K’un-L’un. Devenant leur disciple, il suit un entrainement inhumain qui l’amènera, bien des années plus tard, à briguer le rôle d’Iron Fist, affrontant pour cela un véritable dragon lors de son rite de passage. Revenant sur le plan terrestre, après avoir terminé son enseignement, il part à la recherche de l’assassin de son père et découvre que la multinationale de sa famille est dirigée par des criminels. La suite est mouvementée, mais une fois son père vengé, il décide de mettre son pouvoir au service de la communauté, devenant un super-héros à gage aux côtés de Luke Cage, son nouvel ami et désormais partenaire.

Et disons que si la série s’était contentée de suivre ce scénario (en y ajoutant les mises à niveau des différentes équipes artistiques qui se sont succédées sur le comic depuis plus de quarante ans), Iron Fist aurait éventuellement pu prétendre à nous divertir, voir à nous passionner. Mais encore aurait-il fallu avoir lu ces comics et non pas seulement celui de ses premières origines, quelque peu datées pour les standards actuels.

Au lieu de cela, on nous inflige un Danny Rand qui ressemble à un festivalier du Paleo (joué par un minet sans charisme qui ne connait en plus absolument rien aux arts-martiaux) et dont le caractère, doux et avenant la plupart du temps, cache en réalité un psychopathe en puissance et une personne dévastée de l’intérieur, ce qui est totalement en contradiction avec les préceptes mêmes de la discipline dans laquelle il est censé exceller. Ce serait intéressant si ce n’était pas aussi mal amené dans l’intrigue (ou s’il était le méchant de l’histoire.

Quand à son fameux costume, n’espérez pas le voir (pas même en version stylisée), la série n’ayant jugé bon que de garder le tatouage de dragon sur la poitrine de son héros.  Même chose pour l’apprentissage de Danny dans la cité magique de K’un-L’un (qui aurait pu être l’équivalent des flashbacks sur l’île de la mort pour Oliver Queen dans Arrow) et qui, ici, ne se résume qu’à de misérables et honteuses séquences au milieu de la neige ou de quelques décors sommaires en carton-pâte.

Des choix regrettables qui, une fois de plus, montrent bien tout le mépris et la condescendance qui est portée aux comics par ceux qui les adaptent. Pour ce qui est du whitewashing (un terme à la mode en ce moment), Danny Rand ayant toujours été un blanc, je ne rentrerai pas en matière. Disons juste que le timing, après The Great Wall et avant Ghost in the Shell, est des plus malheureux. C’est aussi une histoire qui arrive bien trop tard et dont la modernisation maladroite accentue tous les défauts originaux.

Autre sujet de colère, comme ennemis de notre héros, le show lui oppose ses deux amis d’enfance, Ward et Joy Meachum (enfants du co-fondateur de l’entreprise de son père), devenus deux ignobles requins de la finance. Une façon guère subtile de signifier, une fois de plus, que les gens de pouvoir sont les vrais méchants, que ce soit à la télévision ou dans la vraie vie. Accumulant les comportements les plus hostiles qui soient, Ward et Joy réussissent à rendre la série désagréable à regarder au possible, la sympathie et la pitié que l’on éprouve pour Danny étant inversement proportionnelle au mépris et au dégoût qu’ils inspirent. Si Ward (Tom Pelphrey) semble être l’équivalent Marvel du Patrick Bateman d’American Psycho (de Brett Easton Ellis), sa sœur (Jessica Stroup), bien que parfaitement puante, remonte quelque peu le niveau, semblant reconnaître Danny sous ses allures de beatnik crasseux, ce qui ne l’empêchera pas de le trahir de la manière la plus sordide qui soit.

La résolution de ce long malentendu  prenant la moitié de la série, l’importance donnée à ces deux personnages (véritable aberration narrative du show, faisant d’Iron Fist, le cousin télévisuel de Largo Winch, mixé avec Profit) va tellement prendre le pas sur le développement de la storyline de Danny que ce dernier finira pas quasiment disparaître de sa propre série, se retrouvant en asile, tandis que le duo poursuit comme si de rien n’était. Et cela n’est rien par rapport à la suite, les retournements de veste semblant être leur spécialité (cette réconciliation finale…). Sans compter que Ward a quelques problème de drogue (sinon cela ne serait pas drôle).

Quand à leur père, Harold Meachum (David Wenham), dirigeant de la multinationale Rand, en faire un mort ressuscité par The Hand (organisation criminelle apparaissant dans Daredevil) et lui donner une telle importance dans la série, révèle encore une fois le peu d’intérêt que le show porte à son personnage principal. De plus, transformer ce père de famille aimant en monstre déshumanisé, rend la série encore plus dégénérée, le spectateur se retrouvant parfois en plein milieu d’un film d’horreur, la fois d’après dans un téléfilm des années 90. Le final dans le building, avec hommes de mains armés, combats dans le noir et longs discours vengeurs, étant presque un monument à l’ère de la VHS.

Et pourtant, la série réussit parfois, très momentanément, à passionner. Comme quand the Bride of Nine Spiders et Scythe apparaissent pour deux courtes scènes enivrantes, laissant espérer d’autres personnages du comic, en vain. Même chose quand un vieux film de 1945 révèle l’existence d’un autre Iron Fist en costume, le temps de quelques secondes en noir et blanc magnifiques. Des miettes lancées aux visages des fans, alors qu’il aurait fallu en faire un festin pour le grand public.

Tout comme Daredevil, Luke Cage et Jessica Jones, Iron Fist est une série qui ne respecte jamais vraiment le matériau d’origine, préférant le remodeler à sa convenance, le tordre, le couper ou simplement l’abandonner en cours de route.  Elle privilégie sans cesse ses personnages secondaires au détriment du principal, gaspille d’excellents supporting casts (ici Rosario Dawson, Carrie Ann-Moss, Jessica Henwick et Wai Ching, toutes des actrices remarquables) et, surtout, s’avère ennuyeuse, puis carrément chiante, passé les six premiers épisodes. Le manque de moyens saute également aux yeux. De la neige en sagex en passant par deux spots de couleur rouge pour rappeler le dragon des origines, tout ici pue la série Z filmée en HD.

Niveau musique, c’est également le vide total, la série utilisant quelques morceaux de hip-hop passe-partout, ainsi qu’un thème musical tellement faible que même son générique en images de synthèse (et ersatz de celui magnifique Daredevil) n’arrive pas à sauver. Il est d’ailleurs bien à l’image du show, sans âme et prétentieux.

Ayant abandonné la série en cours de route, je la reprends cette nuit (terminant avec le dernier épisode ce jour) afin de boucler cette pénible chronique, rythmée par des épisodes de plus en plus absurdes où le personnage principal semble physiquement et spirituellement absent, la série l’ayant presque entièrement substitué à une intrigue mal foutue et bouffant à tous les râteliers. Entre les emprunts maladroits à Wall Street, American Psycho ou encore Chinatown, on a bien du mal à comprendre ce que vient faire Danny Rand ici, son histoire n’étant jamais aussi intéressante que celles des cinq autres personnages secondaires.

De ce fait, Iron Fist réussit l’exploit d’être la seule série à ne pas valoir une seconde vision, son héros (pourtant si fascinant et complexe dans les comics) n’ayant aucun charme, ni le moindre capital de sympathie sur lequel compter (le gars est quand même fasciné par la lumière que fait son poing!). Ce qui est quand même le comble si l’on se rappelle le jeu nihiliste de Kryster Ritter dans Jessica Jones et le manque de charisme du gentil Mike Colter dans Luke Cage. Sauf que eux, au moins, peuvent se targuer d’être de véritables acteurs, capables de fulgurances aptes à rendre une série passionnante, malgré une écriture chaotique et un manque de moyens évident.

On ne remerciera donc pas le responsable de ce désastre sans âme, un certain Scott Buck, pourtant autrement plus inspiré quand il écrivait Dexter et Six Feet Under. Quand à The Defenders (la série-prétexte censée unifier les quatre autres), on ne se pressera pas de la découvrir à la fin de cette année sur Netflix. Un miracle est évidemment toujours possible (surtout si les exécutifs de Marvel comprennent ce qui ne fonctionne pas), mais vu que chacune de ces séries a rapporté énormément d’argent, il n’y a absolument aucune raison pour qu’une remise à niveau scénaristique de l’ensemble ne soit envisagée. Au final, les adaptations live de Marvel sont bien plus proches de leurs comic-books que l’on ne le croit.

https://www.netflix.com/ch-fr/title/80002612

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