Animal Man, par Grant Morrison, Peter Milligan, Jamie Delano et Jerry Prosser

Cover for Animal Man (DC, 1991 series) #[nn]

 

Crée en 1965 par Dave Wood et Carmine Infantino, Animal Man représentait l’archétype même du super-héros de base, son pouvoir lui permettant de mimer les capacités des animaux pour rendre la justice. Super original dites-vous? Pas si sûr. Jamais lancé sous son propre titre, ce pétard mouillé sous-utilisé évita de justesse l’oubli, perdurant tant bien que mal d’une série à l’autre jusqu’aux merveilleuses années 80 où tout semblait possible.

C’est à l’écossais Grant Morrison que revient la tache de dépoussiérer cet improbable héros. DC, via Neil Gaiman, ayant relancé des personnages aussi moribonds que Black Orchid et The Sandman, pourquoi pas  Animal Man? Transformant Buddy Baker en végétarien père de famille incapable de gérer ses pouvoirs, bien plus puissants et dangereux qu’ils n’y paraissent, Morrison réussit à  susciter la curiosité du lecteur. Jouant la carte de l’activisme, il soulève des sujets d’actualité brûlants comme l’expérimentation animale, le scandale des zoos, le massacre des dauphins ou encore l’éco-terrorisme. Une seule chose ne change pas, l’aventure mensuelle sans véritable histoire de fond, Animal Man demeurant un super-héros qui vit des aventures un peu tordues dans un cadre un peu plus réel qu’à l’habitude, le récit linéaire n’étant qu’un prétexte pour mettre notre héros face à des personnages aussi colorés que B’Wana Beast, The Mirror Master ou encore The Martian Manhunter.

Le graphisme simpliste de Chas Truog, encré par Mark Farmer, est contrebalancé par les couvertures démentielles de ce génie de Brian Bolland, donnant immédiatement envie d’acheter Animal Man, qui, de mini-série initialement limitée à quatre numéros, devient rapidement mensuel. Tom Grummett, honnête dessinateur de super-héros, fait trois apparitions, donnant un aperçu de ce qu’aurait pu être la série sous son trait agréable mais très classique.

Cover for Animal Man: Origin of the Species (DC, 2002 series)

Un épisode en particulier s’avère un classique instantané, il s’agit de The Coyote Gospel qui raconte de manière déchirante le destin répétitif d’un personnage de cartoon au look familier condamné à exploser ou à tomber dans le vide à chaque fois qu’il tente d’attraper un certain oiseau coureur lui aussi bien connu. Le récit, injuste au possible, s’avère un véritable crève-cœur à partir du moment où notre coyote se voit condamné à vivre cet enfer dans notre réalité, pourchassé par un homme dérangé qui a décidé de l’éliminer par tout les moyens possibles. La série est désormais reconnue comme ce drôle de comic de super-héros qui fait parfois pleurer.

Véritable laboratoire à idées, Animal-Man permettra à Morrison de créer toutes sortes d’histoires barrées utilisant des personnages du DC Universe oubliés au sens propre et passablement dérangés, certains d’entre-eux vivant assez mal leur exil dans les limbes, à l’instar d’un pathétique Mister Freeze, vieil ennemi de Batman, pas encore ramené sous les feux des projecteurs de cinéma et hurlant son désarroi au milieu de nulle part. Il ne faut pas oublier les efforts fournis pour faire s’écrouler le fameux quatrième mur entre le lecteur et la série, l’auteur ne cessant les clins d’œil. Mais cela n’est encore rien en comparaison de ce qui attend notre pauvre Buddy Baker, son attachante mais dis-fonctionnelle famille connaissant un destin inattendu à la fin de l’épisode A New Science Of Life. Dépressif, notre héros, après avoir tenté de voyager dans le passé pour retrouver les siens, résolvant au passage l’énigme d’un mystérieux personnage récurant, finit par être confronté à son créateur, Grant Morrison en personne qui lui fait comprendre qu’il n’est qu’un personnage de fiction, détruisant une bonne fois pour toute le quatrième mur évoqué plus haut. On se rappellera longtemps cet exemple ultime de dé-construction d’un mythe. A faire lire à toute personne ayant des velléités d’auteur, que ce soit en littérature ou en bande dessinée. Le run complet de Grant Morrison, soit les vingt-six premiers épisodes de la série, a été édité sous la forme de ces trois recueils: Animal Man, Origin Of The Species et Deus Ex Machina.

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Son remplaçant, Peter Milligan, pas encore auréolé de son statut de scénariste psychédélique acquit plus tard sur Shade, The Changing Man, va assurer, six mois durant, la transition avec Tom Veitch, auteur écossais culte et destroy qui, associé au nouveau dessinateur de la série, l’anglais Steve Dillon, va dynamiter la série en insistant sur le potentiel problème des enfants de notre héros, sa fille, la petite Maxine, développant d’étrange capacités, tandis que son grand frère Cliff s’avère un délinquant en puissance. Après quelques intermèdes graphiques, la belle machine explose avec fracas deux mois après les quatre ans de la série.

Un nouveau duo, totalement anglais cette fois, constitué de Jamie Delano et Steve Pugh, vient transcender quatre ans d’efforts avec la storyline Flesh And Blood, où notre super-héros familial, mort écrasé sur l’auto-route, doit remonter la chaîne de l’évolution pour renaître sous la forme de… quelque chose d’autre, dirons-nous. Le scénariste de Hellblazer signe là l’une des ses histoires les plus radicales, magnifiée par un graphisme organique et viscéral.

Mars 1993, premier numéro Vertigo après presque cinq ans de publication. Notre duo, toujours bien énervé contre la société, continue sur sa lancée, mettant en vedette la femme de notre héros, ce dernier confronté à la pollution et l’adultère. Steve Pugh étant en retard pour remettre ses planches, il est régulièrement remplacé par d’autres, dont Will Simpson et Russel Braun. Quand à Brian Bolland, il tire sa révérence après soixante-trois couvertures, toutes belles à tomber. Un nouveau climax est atteint avec le destin de Maxine six mois plus tard. Buddy redevient une sorte d’animal dieu non humain, son costume de super-héros ayant disparu depuis belle lurette, tandis que la série coupe ses derniers maigres liens avec toute continuité DC, Delano préférant s’attaquer aux médias et à la télévision en particulier, gardant le meilleur pour la fin avec un Woodstock écolo virant à la partouze cosmique. La messe est dite, merci messieurs. Rideau.

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Arrive une nouvelle équipe composée de Jerry Prosser, Fred Harper et Jason Temujin. Buddy Baker se réincarne sous la forme d’un shaman aux longs cheveux blancs. L’idée vaut ce qu’elle vaut mais le virage new-age métaphysique ne colle pas avec le personnage et, malgré les splendides couvertures digitales de Rick Berry, les ventes dégringolent jusqu’à l’arrêt de la série neuf mois plus tard.

Redevenant un super-héros mainstream hors de Vertigo, Animal Man récupère son costume pour ses nouvelles aventures dans le DC Universe. On le revoit principalement en fil rouge dans la série 52 . En 2009, une mini-série en six épisodes, intitulée The Last Days Of Animal Man permet de  retrouver Buddy Baker dix ans dans le futur et devenu cascadeur de cinéma pour ce qui semble être sa dernière aventure. Le tout est orchestré par le vétéran Gerry Conway avec Chris Batista, Dave Meikis et Wayne Faucher. Les couvertures sont l’occasion de retrouver Brian Bolland, principale raison d’investir dans ce projet quelque peu dispensable et disponible depuis en un seul volume. Redevenu obsolète en dehors de Vertigo, Animal Man ne pouvait que péricliter sans faire de vague et c’est exactement ce qui s’est passé. Qu’il repose en paix, jusqu’à la prochaine fois.

Note: la série reviendra de 2011 à 2014 sous le label The New 52. Je l’ai chroniquée dans l’un des articles consacrés à ce sujet.

http://www.vertigocomics.com/

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