NINTENDO QUEST de ROB McCALLUM

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Après The King of Kong et Man Vs Snake, il me semblait logique de terminer avec Nintendo Quest, un documentaire qui ne parle pas de compétitions entre gamers d’arcade mais d’un autre genre de challenge lié à la génération suivante, celle des gamers de salon et de leurs collections de jeux.

Autre différence de taille avec les deux précédents documentaires, Nintendo Quest est réalisé, non pas par une personne extérieure, mais par l’un de ses deux protagonistes principaux: Rob McCallum (dont c’est le métier). Le second étant, Jay Bartlett, un gammer ayant relevé le défi d’acquérir en un mois (et sans l’aide d’internet) les 687 jeux officiellement édités pour la Nintendo Entertainment System (NES) sur le territoire américain.

Se présentant sous la forme d’un road-documentary, Nintendo Quest nous fait donc suivre les deux amis sur les routes américaines à la poursuite de ces près de 700 jeux NES. Pour nous aider à trouver un intérêt dans ce qui pourrait se résumer basiquement à un mois à claquer de la thune pour se procurer de vieilles cartouches, l’image s’agrémente de quelques références bien connues comme d’une barre de vie (représentant le budget de Jay), ainsi que d’un compteur virtuel (pour additionner les jeux) et d’un tableau des jeux les plus rares de la NES, ce dernier se complétant au fur et à mesure de la progression de nos deux amis.

Précision qui a son importance, même si Jay Bartlett semble avoir suffisamment de fonds pour espérer pouvoir se procurer la totalité des 687 jeux au bout de son périple, il s’agit de jeux en loose (sans la boite d’origine et mode d’emploi), de seconde-main donc et bien moins cher que des versions neuves et complètes qui atteignent aujourd’hui, selon les titres, des prix tout simplement inabordables, même pour un collectionneur.

Une fois les présentations terminées et le contexte du challenge défini, Nintendo Quest démarre enfin avec les premiers achats de Jay, ce dernier quittant sa ville (conduit par Rob) en passant voir ses amis proches (également gamers) directement chez eux, ces derniers lui vendant une partie de leurs vieilles cartouches NES afin qu’il puisse commencer sa quête d’un bon pied.

Présenté par son pote comme un gars relativement sympa et visiblement passionné, Jay Bartlett nous apparaît comme un trentenaire ordinaire et mesuré, loin des cas sociaux que l’on a pu croiser dans d’autres documentaires.

Cela, étant dit, il y a quand même une chose que je ne comprends pas dans sa technique d’achat, Jay Bartlett ne s’arrêtant que dans des magasins de jeux vidéos (et quelques collectionneurs), c’est-à-dire les endroits où il est susceptible de payer le plus cher chacun des jeux qu’il recherche. Alors je comprends bien que ces commerces spécialisés soient les lieux les plus évidents pour y claquer son pognon, mais il existait pourtant plusieurs autres moyens de trouver des jeux NES sans passer par internet. Je pense évidemment aux flea markets qui pullulent dans tout le pays, ainsi qu’aux boutiques de seconde-main (Cash Converters, etc.) et autres commerces sociaux (Salvation Army, etc.). Sans oublier le réseau d’amis et connaissances gamers (en dehors de sa ville) que Jay a du se constituer au fil des années et qui aurait probablement été ravi de commerce avec lui.

Mais visiblement, la seule préparation que Jay a effectué, avant de commencer son périple, aura été de recenser les adresses de toutes les boutiques spécialisées sur sa route. Et c’est un peu là que le documentaire perd de son intérêt, les 10000 miles parcourus n’étant principalement constitués que d’arrêts dans des boutiques et chez une poignée de riches collectionneurs.

L’autre élément quelque peu problématique tient également à la quête en elle-même, ainsi qu’à sa réalisation qui ne peut passer que par une dépense excessive et ininterrompue d’argent. Bien conscient de cette dynamique commerciale quelque peu absurde, Jay reconnait à un moment être physiquement malade de passer son temps à claquer de la thune pour arriver à son but ultime. C’est un peu paradoxal  (surtout pour un retro-gamer) mais cette prise de conscience tardive est quand même à porter au crédit de Jay.

Après, s’il avait choisi d’autres options d’achat, il n’aurait pas à perdre son temps à dealer avec des commerçant qui doivent faire tourner leur business. Evidemment, quand il explique sa quête, il réussit à en rallier quelques-uns à sa cause, mais la plupart du temps, il se retrouve confronté à des prix artificiellement gonflés et à des responsables de magasin intransigeants ne lui montrant aucune sympathie.

La donne est quelque peu différente avec la poignée de collectionneurs qu’il visite, ces gars étant des passionnés comme lui et raisonnant avec la même philosophie, égocentrique et obsessionnelle certes, mais également empreinte de camaraderie. Ces pseudos-liens de famille lui permettront d’acquérir bon nombres de cartouches, le rapprochant de plus en plus de son but ultime.

Autre élément intéressant du documentaire, nous avons ici droit à une véritable lettre d’amour à Nintendo, les différents participants ne manquant jamais d’y aller de leurs témoignages personnels et de leurs anecdotes les plus obscure sur l’entreprise japonaise; donnant à la quête de Jay une légitimité presque tangible.

Pour ce qui est des intervenants (présents  ou rajoutés), on retrouve évidemment nos deux crapules préférées, à savoir Walter Day de Twin Galaxies (société recensant les scores d’arcade) et Billy Mitchell (plus grand joueur d’arcade de tous les temps, blah blah blah…), ainsi qu’un tas d’autres qui donnent de leur personne pour nous faire revivre une époque bénie.

Vu le nombre de guests, on aurait pu se réjouir de la présence de quelques femmes dans la liste, dont Carrie Swidecki (championne de Dance Dance Revolution, Dance Central et Just Dance), mais leurs interventions sont tellement furtives et connotées que l’on ne pourra que se désespérer de la place qui leur est réservée à chaque fois dans ce genre de programme.

Je n’évoquerai pas l’épilogue du documentaire (ce serait spoiler la fin de la quête de Jay), mais Nintendo Quest, malgré son côté fun et réjouissant (regarder un geek remplir une wishlist ultime en dépensant presque sans compter) laisse un curieux arrière-goût dans la bouche. D’abord, par la démarche initiale, ensuite, par le moyen (l’argent) et la façon (magasins et collectionneurs) d’y arriver et, finalement, par tout ce que cela raconte sur la vie privilégiée des hommes blancs américains. En effet, je ne suis pas certain qu’un gamer noir ou même une femme auraient pu arriver au même résultat que Jay. Non seulement, ils auraient payé plus cher, mais ils n’auraient pas eu accès aux mêmes titres et aux mêmes conditions que Jay, ce dernier ayant bénéficié de passe-droits tout au long de sa quête sans même s’en rendre compte.

Cela étant dit, Nintendo Quest ne souffre que de ce questionnement (que la plupart d’entre-vous ne se poseront pas en le regardant) et s’avère au final un documentaire très intéressant ainsi que, une fois de plus, une étude de mœurs fascinante.

http://robmccallumfilms.com/

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