L’ETAT DU MONDE (PARTIE 2) : 1972-1979

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Je suis né en Suisse dans les années 70. Enfant non désiré, je n’ai pas connu mon géniteur, ma mère m’ayant donné à la garde de mes grands-parents peu après ma naissance. Ces derniers ont fait ce qu’ils ont pu avec moi.

Mon premier souvenir est le ciel tessinois au dessus de ma tête, mes yeux regardant au travers de la fenêtre de mon landau, tandis que des jeunes personnes parlant italien se répandent en compliments à une personne que je ne vois pas et qui me balade au bord du lac. Probablement ma mère. Ce souvenir, hautement improbable vu mon statut de nourrisson, est peut-être la conséquence d’une anecdote devenue un faux souvenir dans mon esprit. En tout cas, qu’il soit vrai ou faux, c’est mon premier souvenir.

Élevé en Valais, les premières images télévisées (je ne me souviens pas d’une vie familiale sans la télévision) qui captent mon attention sont celles des dessins-animés de l’époque (Tom and Jerry, Looney Tunes, Barbapapa et Scooby-Doo). C’est vers trois ou quatre ans que je commence à les regarder, mais seulement l’après-midi, car les programmes ne commencent que vers midi à cette époque, certains étant encore en noir et blanc.

Mes grands-parents regardant les journaux télévisés, je me retrouve confronté à d’autres images du monde, bien plus réelles. Il y a d’abord celles de la guerre du Vietnam, qui vient pourtant de s’arrêter mais qui ne cesse de rebondir dans l’actualité quotidienne, de nouvelles images continuant d’apparaître régulièrement.

Bien trop petit pour comprendre quoi que ce soit à ce qui se passe dans le monde, je vois passer devant mon petit nez des événements qui ne me parlent pas et auxquels je ne comprends rien. La fin de la dictature en Espagne et au Portugal, le coup d’état de Pinochet au Chili, la démission du président américain Nixon après le scandale du Watergate, les guerres civiles en Angola, au Liban et j’en passe… Toutes ces choses me semblent bien floues alors, les confondant avec la fiction des autres programmes télévisés que je dévore quand je ne suis pas en train de jouer dehors avec mes petites voisines.

Mes années 70 sont bercées par des allers-retours entre la maison et une station de ski ou vit et travaille ma mère, cette dernière étant serveuse dans un bar nommé le Rendez-Vous. Quand nous ne partons pas à la montagne, nous allons nous balader au bord du lac Léman et dans les quelques villes du canton de Vaud qui le borde.

Je commence à aller à l’école à peu près à la même époque où Goldorak et Albator commencent à passer à la télévision française. Ayant pris l’habitude de me faire payer tout ce que je désire par ma grand-mère, je lis déjà plutôt bien grâce à ma passion pour les bandes dessinées Disney que je dévore au travers du Journal de Mickey et de Picsou Magazine. En avance sur mes petits camarades, je suis autorisé à dessiner pendant les cours de lecture, reproduisant inlassablement mes héros du petit écran (Goldorak surtout) sur des centaines de feuilles de papier. Je prenais même des commandes de mes petites copines.

Devenant un peu plus conscient du monde qui m’entoure (mais pas trop quand même), je commence à m’intéresser aux informations internationales, voyant de temps en temps passer des images d’un vieux monsieur (il avait à peine plus de 50 ans à l’époque) toujours souriant et visiblement important, puisqu’il serrait en permanence des mains d’autres personnes à priori comme lui et semblant venir des quatre coins du monde. Il s’agit évidemment de Jimmy Carter, successeur de cet escroc de Nixon. J’aimais bien Carter, sans trop savoir pourquoi. L’histoire n’a pas retenu grand chose de lui mais il me semble qu’il a fait du bien à son pays en lutant pour la cause environnementale et en créant des départements pour l’énergie et l’éducation. Médiateur de crises internationales par la suite, il a reçu le Prix Nobel de la paix en 2002. C’est un peu con mais ça me fait du bien de savoir qu’il est encore en vie au moment où j’écris ces quelques lignes sur lui.

Il y avait un autre personnage que j’aimais bien, probablement à cause de ma grand-mère qui m’emmenait à l’église tous les dimanches, c’était Jean-Paul II. Je me rappelle bien de la cérémonie interminable qui l’a fait pape. Et puis il semblait gentil pour un pape (je ne savais pas trop en quoi ça consistait) et me faisait penser à Saint-Nicolas.

Autre personnage dont je ne connaissais rien mais qui apparaissait régulièrement dans les médias en compagnie de bébé-phoques sur la banquise, Brigitte Bardot, une ancienne actrice que semblaient bien apprécier mes grands-parents mais que je ne trouvai pas très jolie, ni très sympathique. Malgré tout, son combat pour les animaux (ma tante avait acheté une peluche pour soutenir sa fondation) rejoignait celui des écologistes, le début d’une prise de conscience générale de notre monde trouvant véritablement son climax dans les années 70, les premiers prospectus du WWF (et de Greenpeace il me semble) arrivant peu de temps après dans notre boîte à lettres.

Un événement tragique de cette époque est resté bien présent dans mon esprit, la mort d’Elvis Presley, le roi du rock, comme me l’avait révélé mon grand-père au moment du fatidique bulletin télévisé. Wow… il y avait donc des rois pour le rock… Cette révélation inattendue allait complètement biaiser mon rapport à Queen et Prince quelques années plus tard. Mais bon, pour l’instant, j’en étais encore à Noam, Chantal Goya et Plastic Bertrand (dont l’album  »An 1 » me serrai, au début des années 80, cassé sur la tête).

Pour ce qui est de la musique, n’ayant pas encore l’âge de traîner chez les disquaires, je me contentais de suivre ma grand-mère dans les grandes surfaces, mon regard étant à chaque fois attiré par les rayons de vinyles sans en connaître les noms, visages et illustrations les décorant. Surtout, le contraste était saisissant avec ce que je voyais à la télé (malgré le fait que nous possédions un vieux poste de radio, la télévision avait pris le contrôle sans partage) au travers des nombreuses émissions de variétés françaises, dont ne filtraient que quelques rares artistes étrangers (Abba, Bee Gees, Kiss et… pas grand chose d’autre).

L’intervention des troupes soviétiques en Afghanistan restera comme l’un de mes derniers souvenirs des années 70. J’aimerai bien ajouter ma découverte de l’existence de la Chine, mais je n’arrive pas à visualiser des images de son régime communiste à cette époque. Si c’était le cas, elles m’auraient autant impressionnées que celles du gouvernement soviétique (qui me faisait flipper) encastré dans cet immuable podium en béton de la place Rouge à chaque défilé militaire. Quand à l’Ayatollah Khomeini, vu qu’il était à peine arrivé au pouvoir, je ne pense pas avoir eu le temps de le calculer. Pour moi, ce n’était qu’un inquiétant vieillard au regard mauvais qui vivait dans un palais d’un autre temps.

Difficile de citer quelques films découverts à cette époque, probablement parce qu’ils passaient le soir et qu’à cette heure, l’enfant que j’étais se trouvait déjà au lit avec sa peluche (de mémoire un renard anthropomorphe avec des salopettes et un pull rayé)!

Ainsi furent mes années 70, celle d’un enfant gâté (mais dont la chambre se résumait à un côté du salon) élevé par un couple de futurs retraités (qui se parlait peu et ne dormait plus ensemble) et dont la mère descendait de sa station de ski une à deux fois par mois pour le voir et lui acheter des jouets.

Tandis que les premiers ordinateurs personnels pointaient le bout de leur nez, que les consoles de salon devenaient une alternative aux ruineuses salles d’arcade (à condition d’avoir les moyens d’acheter plus d’un jeu), l’enfant de 7 ans que j’étais commençai lentement mais surement à développer des troubles du comportement qui allaient m’isoler d’une partie de la réalité des années 80, pour le meilleur comme pour le pire.

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