THE HANDMAIDEN DE PARK CHAN-WOOK

he16zlus

Nouveau film du génial réalisateur sud-coréen (Old Boy, Stoker, Lady Vengeance), Mademoiselle (en français) est un thriller psychologico-érotique en trois actes s’étalant sur près de deux heures et demie.

Adaptation du roman victorien Fingersmith de Sarah Waters, The Handmaiden se passe dans la Corée des années 30, cette dernière étant colonisée intensivement par le Japon. Cette particularité nous vaut d’avoir un film en deux langues, les sous-titres en jaune traduisant le japonais, tandis que ceux en blanc traduisent le coréen. L’attention du public est donc demandée dès le début du long-métrage, car cela aura son importance plus tard.

Construit, comme je le disais précédemment, en trois temps, le film nous fait d’abord suivre le parcours de Sook-hee (Kim Tae-ri), une jeune servante coréenne qui se retrouve embauchée pour veiller sur Mademoiselle Hideko (Kim Min-hee) une riche et belle japonaise vivant dans un immense manoir lugubre et dont l’oncle tyrannique, ainsi qu’un comte entreprenant, semblent convoiter la fortune.

Le film révélant l’un de ses principaux twists assez rapidement, je n’en dirai pas plus sur les personnages, la surprise se savourant bien mieux la toute première fois. Pour ce qui est de l’histoire en trois temps, il m’est déjà plus facile de poursuivre sans trop en révéler.

Le deuxième acte se place du point de vue du personnage de Mademoiselle Hideko, nous donnant une toute autre interprétation des événements vécus par sa jeune servante. C’est un peu le principe de Rashômon qui est ici utilisé, mais d’une manière bien plus inventive.

Quand au troisième acte, le plus faible à mon sens, car totalement factuel, il se contente de donner une finalité satisfaisante aux tribulations des deux premiers actes, s’avérant plus une récompense pour les protagonistes que pour le public, même si ce dernier n’aura pas de raisons de se plaire, bien au contraire.

En effet, comme je le disais au début, en plus d’être un thriller psychologique, The Handmaiden est également une histoire érotique. Le trailer en disant plus sur le côté manipulateur de certains personnages que sur la véritable teneur du film, je me garderai bien d’en parler.

Néanmoins, comme ce fut le cas avec La Vie d’Adèle, tout le monde sait que les deux actrices principales de Mademoiselle ont tourné des scènes de sexe ensemble. Scènes qui ont depuis été analysées et critiquées sur tout les médias et réseaux sociaux existants. Et pas toujours en bien, le reproche principal étant à chaque fois que le réalisateur projetait ses fantasmes sur ses actrices et que le rendu final ressemblait plus à du soft porn à destination des hommes qu’à de véritables scènes de sexe saphique.

A mon sens, il y a pourtant une immense différence entre la vision irréaliste de la sexualité féminine que partagent Abdelatif Kechiche et Park Chan-wook. Pour moi, les scènes de sexe dans La Vie d’Adèle sont de la pornographie tournée de force par un homme malade mettant en scène ses fantasmes et sa frustration personnelle. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai été solidaire de Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux  lors de leur clash avec le détestable réalisateur tunisien.

Pour Park Chan-wook, le problème est ailleurs, le réalisateur ignorant (tout autant que ses deux actrices hétéros) le mode de fonctionnement d’une relation lesbienne et essayant seulement de recréer une passion sensuelle tout en sublimant ses personnages. Les scènes entre Kim Min-hee et Kim Tae-ri sont donc à l’image de celles, plus anciennes, que nous avons pu voir dans des films de Hong-Kong ou des productions japonaises. C’est un mélange d’innocence et de timidité qui se transforme en passion dévorante, avant de devenir une activité ludique et épanouissante (la dernière scène de Mademoiselle). Et surtout, malgré la direction d’un homme, cela n’est pas complaisant et problématique mais simplement maladroit et irréaliste.

Cette parenthèse faite, The Handmaiden est surtout un film visuellement éblouissant et admirablement chorégraphié, chacun de ses plans révélant un amour et une maîtrise du cinéma exceptionnelle.

Le duo d’actrices est absolument fabuleux, la différence d’âge de 8 ans entre elles faisant beaucoup pour la dynamique du film mais pas que, leurs interprétations étant d’un très haut niveau et dégageant une puissance émotionnelle renversante.

Dans les rôles du compte et de l’oncle, Ha Jeong-woo et Jo Jin-woong sont également irréprochables (leur dernière scène ensemble est littéralement mortelle), symbolisant à eux-deux tout ce qu’il y a de plus infâme et monstrueux dans le patriarcat. Leurs performances respectives sont à ce point fortes que l’on ne peut s’empêcher de ressentir une légère forme d’empathie pour eux.

On saluera également l’habillage musical du fidèle compositeur des films de Park Chan-wook, Jo Yeong-wook. Mêlant des thèmes vaguement inquiétants à des compositions enivrantes (pour ne pas dire épiques), il réussit à glorifier les plus beaux moments du film en leur donnant une émotion décuplée.

En conclusion, The Handmaiden est un très beau film d’époque que je me réjouis de revoir au plus vite et en bonne compagnie. Un classique en devenir.

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