BATMAN: THE KILLING JOKE (ORIGINAL MOVIE) DE SAM LIU

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Autant attendue que redoutée, la version animée du chef d’oeuvre graphique de 1988 par Alan Moore et Brian Bolland est arrivée cet été en DTV, précédée d’une exceptionnelle (et brève) sortie en salles (4 jours seulement).

Adaptant librement ce qui est considéré par une majorité de fans du monde entier comme la meilleure histoire du Joker (voir de Batman), le film du réalisateur Sam Liu (Planet Hulk, All-Star Superman entre autres animations), supervisé par Bruce Timm (créateur du DC animated universe) et écrit par Brian Azzarello (scénariste de comics dont 1000 Bullets pour DC/Vertigo) prenait le risque énorme de dénaturer (une fois de plus) une oeuvre originale d’Alan Moore.

En effet, bien avant sa sortie, on apprenait que The Killing Joke comporterait du contenu original, le récit de 1988 étant trop court (48 pages seulement) pour durer les 77 minutes qu’il fera au final.

Pour cela, Warner Bros Animation a donc fait appel à Brian Azzarello, un auteur-maison spécialisé dans le thriller et les histoires de gangsters. Il lui revennait de créer toute une histoire originale autour du personnage de Barbara Gordon/Batgirl et se passant avant les événements tragiques de The Killing Joke.

On retrouve donc Batgirl en partenaire de l’homme chauve-souris et ce depuis trois ans, la fille du commissaire Gordon ayant remplacé Robin, assassiné par le Joker. Le seul hic, c’est que si cette histoire prend place avant les événements de The Killing Joke (mars 1988), Jason Todd n’était pas encore mort (Death in the Family se passant entre fin 88 et début 89). On pourrait bien penser que Batgirl remplace le premier Robin (Dick Grayson), mais l’image du cadavre ensanglanté de Jason sur l’un des écrans de la batcave vient éliminer cette possibilité. Cela ne semble pas très important au final, mais cette prise de liberté quelque peu énervante donne déjà une indication inquiétante de ce qui va suivre.

Alors qu’il a déjà scénarisé des comics de super-héros avec un certain panache, Brian Azzarello va se montrer ici sous son plus mauvais jour, faisant de Batgirl une justicière imprudente, incapable de neutraliser un truand (maladivement obsédé par elle) et, en plus de tout ça, sexuellement attirée par Batman! Je vous laisserai découvrir (si ce n’est pas encore fait) la finalité de cette idée culottée (et inédite dans les comics), qui en vaut une autre. Car ce qui choque le plus, c’est surtout la manière dont tout cela est traité, plus que la vraisemblance d’une telle relation.

Ce prologue inédit à au moins un mérite, celui d’expliquer le pourquoi du retour à la vie civile de Barbara Gordon. En effet, dans le comic de 1988, on ne la voit jamais en costume (ayant visiblement tourné la page de sa double-vie), se trouvant juste là, en compagnie de son vieux père, lorsque la sonnette l’avertit d’une visite inattendue, se faisant presque immédiatement tirer dessus une fois la porte de l’appartement ouverte.

Et c’est cet instant interdit qui définit tout le reste, The Killing Joke racontant l’un des actes les plus gratuits qui soient dans toute l’histoire des comics de super-héros. On y voit le Joker (échappé à nouveau de l’asile d’Arkham), se rendre au domicile du commissaire Gordon, tirer à bout portant sur sa fille (la rendant paraplégique) et kidnapper son père pour le torturer psychologiquement au milieu d’un parc d’attractions à l’abandon, avant d’attendre tranquillement l’arrivée de Batman en compagnie d’une bande de freaks. Le tout sans le moindre intérêt financier ou criminel, l’idée étant simplement de prouver un point bien précis, à savoir qu’il suffirait d’un seul mauvais jour pour devenir fou.

Sommet psychologique issu de l’esprit génial d’Alan Moore, The Killing Joke en profite également pour nous raconter (par de sordides flashbacks) les tristes origines du prince du crime, nous faisant découvrir un comique de music-hall raté, incapable de subvenir aux besoins de sa femme (sur le point d’accoucher) et prêt à risquer de la perdre pour participer à un casse foireux.

C’est peu de dire que le travail de réécriture d’Azzarello ne rend guère hommage à celui de Moore, se contentant de l’adapter en rallongeant des scènes, prenant même la liberté de supprimer des éléments importants de l’action ici et là, sans véritable raison (l’absence de l’arrivée de la police à la fin de l’histoire et tous les petits éléments compliqués qui apportaient une crédibilité à l’ensemble)

Afin de mieux coller à la charte visuelle des autres films Batman, l’animation se garde bien de reproduire les ambiances sombres et précises de Brian Bolland, privilégiant un travail au rabais sur les flashbacks (pourtant hyper-importants) et retirant tous les effets compliqués, telle que la pluie, quelque peu absente ici. Le résultat laisse véritablement à désirer, le Joker n’ayant jamais la même tête et les moments les plus réussis (ou les pires, c’est selon) ne l’étant que quand ils sont repris à l’identique du comic (Barbara qui traverse la table basse, la naissance du Joker, la torture du commissaire Gordon).

Le plus problématique, c’est que chaque scène choc du comic semble avoir été amplifiée pour choquer le public, alors que le reste du film est plutôt tiède. C’est comme si Sam Liu avait posé un filtre trash sur tous les moments-clés de l’histoire. Les yeux ouverts de Barbara Gordon au sol ne sont là que pour nous faire croire qu’elle va mourir (ce qui est faux). Quand au (trop) long étalage des photos de son corps nu et en sang affichées dans le train fantôme, il n’a également qu’un seul but, nous donner à penser qu’elle s’est faite violer.

C’est à croire que personne sur cette adaptation n’a comprit la moindre subtilité du récit d’Alan Moore et Brian Bolland. Que ce soit Azzarello (à l’évidence pas dans son élément), Sam Liu (responsable du film Planet Hulk pour Marvel et aussi ambitieux que totalement raté) ou encore Bruce Timm (démissionnaire pour le coup), leur seule ambition commune semble d’avoir voulu faire de The Killing Joke, le film d’animation le plus violent possible. Hélas, c’est raté, les scènes-chocs jurant bien trop par rapport au rythme mollasson de l’ensemble.

En conclusion, ce film s’avère une déception de taille, dévalorisant grandement une oeuvre originale inestimable, tout en réussissant l’invraisemblable exploit de fâcher autant les spectateurs occasionnels que les fans inconditionnels du justicier masqué. Un exploit dont Warner Bros aurait pu se passer après ses relatifs (mais fructueux) déboires au cinéma cette année.

http://www.dccomics.com/

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