DEVILMAN DE GO NAGAI

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Quand il crée Devilman en 1972, Go Nagai (créateur de Grendizer, Mazinger Z et Cutey Honey), ne se doute pas que cette histoire de démon va devenir son oeuvre maîtresse, ainsi que le manga le plus réédité de toute l’histoire du médium, même plus que le Astroboy du grand maître Osamu Tezuka. En effet, chaque année depuis plus de quarante, ans, l’éditeur Kodansha réédite plusieurs centaines de milliers de mangas qui s’épuisent à chaque fois qu’ils sont mis en vente. Malgré son look retro et son style dépassé, Devilman se rit des modes et poursuit son règne infernal en se moquant des conventions.

Mais qu’est-ce qui fait que ce manga soit à ce point populaire encore aujourd’hui? Car si Grendizer, Mazinger, Great Mazinger, Mazinkaiser sont également toujours adorés, ce ne sont pas pour leurs versions papier qu’ils continuent à prospérer, mais bien à cause de l’infinité de jouets qui sortent continuellement depuis les années 70 (chacun de ces mythiques robots géants comptent plusieurs centaines de variations dans tout les formats, matières et prix possibles). Mais niveau mangas, bien peu de fans de mechas possèdent les œuvres originales de Go Nagai. La plupart ont les dvds et les blu-rays à la limite, mais les histoires originales en noir et blanc… mal dessinées qui plus est?! Je ne crois pas.

A la différence d’un Osamu Tezuka ou d’un Leiji Matsumoto, qui ont fait de leur style quelque chose de quasiment intemporel, celui de Go Nagai semble définitivement encré dans les seventies. C’est le grand paradoxe de son oeuvre, son dessin, en plus d’être peu détaillé et soigné, n’est vraiment pas facile d’accès au premier abord et encore plus daté que celui de ses illustres collègues. C’est particulièrement visible avec ses autres séries de mechas qui sentent bon l’âge d’or des super-robots géants.

Pourtant, Go Nagai, possède un talent qui le distingue clairement de Otomo et Tezuka: une imagination débordante, quasi déviante et sans véritable limite, bien loin du génial classicisme dans lequel se répandent ses admirables collègues. Surtout, il s’avère que cette imagination lui sert majoritairement à donner à ses héros des adversaires terribles et disposant d’un look souvent inoubliable. Quand au design de ses mechas, il est devenu légendaire.

Il suffit de voir ses anteraks, golgoths et autres monstrogoths dans Grendizer (Goldorak), tous plus formidables les uns que les autres. Ils sont tellement originaux que le générique d’intro ne se gêne pas pour les aligner les uns à côtés des autres. Et pourtant, la majorité d’entre-eux n’ont jamais été produits sous forme de figurines, jouets et statues depuis tout ce temps.

Il n’en va pas de même de Devilman (comme on peut le constater en faisant une rapide recherche sur internet), chaque personnage, même le plus anecdotique, ayant eu droit à sa version physique, souvent déclinée à répétition depuis 1972. Même les mechanical beasts des séries Mazinger (à deux exceptions bien connues) ne peuvent pas en dire autant!

Le manga met en scène Akira Fudo, un adolescent quelque peu peureux qui affectionne la compagnie de Miki Makimura, une étudiante comme lui mais avec un caractère bien plus trempé. Les sauvant d’une confrontation tournant mal avec des loubards (persos récurrents de la série), le mystérieux Ryo embarque son ami Akira avec lui afin de lui raconter une histoire invraisemblable et de lui demander son aide. Comprenant que les démons existent vraiment (et sous différentes formes monstrueuses) et sont sur le point de détruire l’humanité, le jeune homme accepte de se sacrifier en possédant le corps d’un démon (Amon) afin de les détruire tous, devenant ainsi le terrible Devilman.

Cela n’a l’air de rien, mais la manière dont Go Nagai plante son histoire est si exemplaire que l’on croche immédiatement au récit (ses trois adolescents charismatiques aident beaucoup), laissant le graphisme au second plan pour se focaliser sur la mythologie démoniaque qui est mise en place. Et c’est là que l’auteur nous prend par surprise, nous balançant en pleine face (et sans prévenir) un véritable catalogue d’abominations sans égale.

Faussement simple et naïf, le dessin de Go Nagai se révèle, au détour d’une case, d’une redoutable précision et efficacité, le japonais n’ayant pas son pareil pour magnifier des moments d’horreur sans nom, créant alors la fascinante attraction viscérale qui allait faire de Devilman le phénomène de société qu’il est encore aujourd’hui.

Ayant déjà lu (dévoré serait plus juste) trois volumes sur les cinq que comptent la série originale, je dois bien avouer que je ne m’attendais pas à un tel choc visuel et spirituel, ayant toujours considéré Go Nagai comme un piètre mangaka. A l’évidence, je ne pouvais pas me tromper plus. Devilman est une véritable tragédie illustrée, une oeuvre au noir directement inspirée par la  »Divina Commedia » de Dante (dont Go Nagai découvrit très jeune l’édition illustrée par Gustave Doré dans la bibliothèque familiale).

Surtout, l’évolution de la série est aussi fulgurante que ses enjeux dramatiques sont éprouvants à lire (pauvre petite Sachiko…), passant d’une aimable pochade pour adolescents à un drame sans espoir dans lequel toute forme de lumière semble être aspirée par les ténèbres, la fin du récit s’avérant des plus menaçantes et totalement ouverte pour les forces du mal.

Il y aurait encore mille chose à dire sur Devilman, mais à mon sens, il ne fait aucun doute qu’il s’agit du magnum opus de Go Nagai, une oeuvre effrayante et monstrueuse qui réussit l’impossible pari de se révéler humaniste en traitant de manière aussi inattendue que romantique le sentiment le plus fort et intemporel qui soit: l’amour. Simplement renversant.

http://gettermario.dynamicforum.net/

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