GALAXY EXPRESS 999 (SECOND VOYAGE) DE LEIJI MATSUMOTO

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Démarrant au numéro 15 de l’édition intégrale (publiée en français par l’éditeur Kana) et se poursuivant jusqu’au 21ème et final volume, ce  »second voyage » voit le retour de Leiji Matsumoto sur sa plus belle création quinze ans après son premier run (1977-1981).

Nous sommes donc en 1996 quand le maître décide de poursuivre son aventure. Le monde a eu le temps de changer, les formatrices années 80 sont déjà loin derrière. Elles nous ont donné tout nos héros modernes, la pop, le metal, le rap et quelques jouets qui hantent encore nos caves et les flea markets du monde entier. Quand aux années 90, elles sont déjà bien entamées et l’avenir semble appartenir aux ordinateurs et aux consoles de jeux en 3D. Pourquoi donc réactiver le Galaxy Express 999? La série étant qui plus est si profondément encrée dans les années 70!

Les notes de l’édition laissent entendre qu’il faut remonter à 1985 pour retrouver les premières intentions de suite sous forme de mangas, la franchise, ultra-populaire au Japon, ayant été déclinée en anime, en longs métrages et même en comédie musicale, sans oublier le nombre d’utilisations multimédias et la multitude de produits dérivés. Mais il semble difficile à croire que cette suite avortée ai pu mettre plus de dix ans à se réaliser. Il faut plutôt y voir une volonté de Matsumoto de revenir à son oeuvre principale enfin d’en donner une (fausse) suite plus moderne.

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Fausse suite donc et faux remake également, l’auteur reprenant ses thèmes de prédilection en y incorporant de nouveaux éléments, ce  »second voyage » est avant tout une occasion formidable de retrouver Maetel, Tetsuro Hoshino et le Contrôleur dans de nouvelles aventures.

Faisant escale sur Terre pour retrouver son jeune ami, la mystérieuse voyageuse intersidérale le retrouve enchaîné chez lui dans les profondeurs de Megalopolis, pratiquement réduit à l’état de clochard. Le libérant, elle le prend une nouvelle fois avec lui à bord du Galaxy Express 999 afin de l’amener vers son destin et, plus précisément, la planète Eternal.

A bord du 999, Tetsuro retrouve également Claire au corps de verre, un personnage culte du  »premier voyage », ainsi que Canon, incarnation humanoïde du train de l’espace. Comme quoi, je n’avais pas vraiment tort quand je parlais du Galaxy Express comme d’un personnage à part entière, ce que Leiji Matsumoto devait déjà réaliser à l’époque bien avant tout le monde.

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Alors qu’ils viennent de quitter le système solaire, un événement sans précédent se produit (je le garde secret pour celles et ceux qui voudraient encore le découvrir), nos héros se retrouvant rapidement confrontés à une entité toute puissante nommée Dark Queen et soutenue par les Metanoïdes.

Pas besoin d’en dire plus, ce qui compte le plus dans Galaxy Express 999 n’est pas tant l’histoire mais bien les interactions entre ses divers protagonistes, l’auteur en profitant pour questionner la moralité de ses personnages et de son lectorat, nous mettant à nouveau face à des situations et des choix impossibles.

Niveau graphique, même si le maître doit bien avoir des assistant au sein de son studio, on peut néanmoins remarquer que son style s’est sensiblement affiné en l’espace de quinze ans et que sa mise en page, à défaut de s’être modernisée, semble plus claire. Ce qui est certain, c’est que d’un point de vue général, ce  »second voyage » n’a rien à envier au premier.

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Pour ce qui est de l’histoire, j’émettrai quand même quelques critiques. Ce n’est pas tellement le fond (toujours très linéaire, le 999 s’arrêtant de gare en gare pour y découvrir de nouveaux mondes et, la plupart du temps, de nouvelles menaces), mais bien la forme qui parfois me contrarie.

Si le nouveau traitement de Maetel et Tetsuro m’a comblé de joie (elle, plus mystérieuse et cryptique que jamais, redoutée par toute la galaxie; lui, de plus en plus désabusé sur l’humanité, subissant des traumatismes émotionnels à la chaîne), c’est bien le traitement des autres personnages qui me pose des problèmes.

Le Contrôleur est devenu un personnage nostalgique du bon vieux temps qui n’arrête pas de chouiner, contrastant tellement avec le personnage autoritaire mais juste du  »premier voyage. Quand à Canon, elle peine à nous faire croire qu’elle est autre chose qu’une pièce rapportée, son physique d’officier Sylvidre n’aidant pas à apprécier ses quelques traits d’esprits. Quand au petit chat Mi, eh bien… c’est un juste un chat.

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Autre sujet de déception, les apparitions impromptues et bien pratiques d’Albator à bord de son vaisseau Arcadia. Semblant suivre de très près la course du Galaxy Express, ainsi que les actions de Tetsuro, avec ou sans Maetel, Albator s’avère des plus envahissants et balance des conseils quelque peu mièvres, ainsi que des phrases toutes faites au jeune homme qui semble boire ses paroles, sans savoir ce qui lui vaut une telle attention de la part du pirate de l’espace. En comparaison, le personnage de Emeraldas est bien plus intéressant, mystérieux et adulte, gardant son agenda secret tout en demeurant en périphéries des aventures de sa sœur Maetel et de Tetsuro. Même chose pour Tochiro Oyama, créateur de l’Arcadia et détenteur d’un fabuleux secret le liant à Tetsuro (mais je n’en dit pas plus). Ces deux personnages fascinants peinent hélas beaucoup à rattraper les apparitions ratées du héros le plus populaire de Leiji Matsumoto, ce dernier n’arrivant visiblement pas à l’insérer dans la dynamique si particulière de Galaxy Express 999.

Un dernier point qui me chicane, car je le trouve sujet à interprétation, c’est le fait qu’il m’a semblé qu’en l’espace de quinze ans, Matsumoto avait légèrement commencé à radoter dans ses dialogues, certains passages puant la nostalgie déplacée alors qu’ils devraient simplement être solennels et rappeler les enjeux du présent avec force et dignité (et si vous n’avez jamais lu Matsumoto, vous n’avez aucune idée de quoi je parle).

J’en terminerai avec la dynamique du récit qui m’a grandement bousculé (ce qui n’est pas tant un mal que ça au final), les histoires alternant fables utopistes et aventures spatiales teintées de western comme au bon vieux temps, avec une petite différence qui se remarque assez vite. Pour résumer, le récit passe parfois de gentillettes histoires pour enfants à des drames monstrueusement cruels. Ces grands écarts narratifs sont véritablement la marque de fabrique de ce  »second voyage », apportant un déséquilibre à l’ensemble aussi brutal que fascinant.

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Niveau révélations, on en apprend beaucoup sur nos personnages principaux, ainsi que sur le bureau principal qui contrôle les Galaxy Express, ces derniers étant au centre même de l’histoire finale. Malgré tout, cela n’empêche pas le récit d’être incomplet, Leiji Matsumoto, ayant prit l’habitude de ne jamais vraiment terminer ses histoires, comme s’en plaint avec résignation le traducteur à la fin du volume 21 dans un petit texte bienvenu.

Ce qui me permet de glisser un petit mot sur les nombreux appendices qui émaillent cette intégrale de Galaxy Express 999 et qui s’avèrent pour la plupart fort instructifs. On passera rapidement sur le dictionnaire de la série (qui répertorie tout les lieux, objets et personnages rencontrés) pour s’intéresser à une passionnante et fort informative interview de Rintaro (réalisateur et ami de longue date de Leiji Matsumoto), à différents modules autour du maître et son oeuvre, ainsi qu’à une chronologie complète de Galaxy Express 999 en anime, ainsi que ses excroissances et autres interactions dans le Leijiverse. Une source d’informations précieuses pour toute personne cherchant à approfondir le mythe de cette série sans pareille.

Et je me rends compte que j’en suis déjà à 1200 mots alors que je voulais simplement revenir brièvement sur une série découverte par hasard et qui aura illuminé mon été par sa fulgurance, me rappelant pourquoi, à la fin des années 70, l’enfant que j’étais alors, avait levé la tête vers les étoiles, pour ensuite ne plus jamais redescendre sur terre.

http://leijimatsumoto.jp/

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