LUKE CAGE, SAISON 1 (PARTIE 2)

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J’en parlais un peu dans la première partie, l’un des grands problèmes des séries Marvel produites par Netflix, c’est qu’elles ont tendance à sublimer le scénario et son environnement (et ça se vérifie ici) au détriment du héros principal; ce dernier se retrouvant la plupart du temps abandonné au milieu d’une histoire qui le dépasse, au profit des personnages secondaires. Cette méthode, qui fonctionnait encore relativement bien sur Daredevil (merci au jeu habité de Charlie Cox) et nettement moins avec Jessica Jones (David Tennant éclipsant pas mal Krysten Ritter) s’avère ici un désastre d’un point de vue établissement de franchise. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir un acteur charismatique comme héros principal.

Mike Colter semblait parfait pour le rôle. A peine 40 ans, grand et musclé, le Luke Cage viril des comics des années 2000, en moins large, bourru et grande gueule. Parce que oui, même à ce niveau, sa version de Luke Cage est avant tout la version Mike Colter, tout comme la version de Tony Stark est avant tout la version de Rober Downey Jr. On peut apprécier l’acteur pour sa performance, mais ce n’est pas le Tony Stark, c’est son Tony Stark. Et avec Mike Colter, malgré toute la coolitude et la force tranquille qui se dégage de sa version de Luke Cage, eh bien, ce n’est pas suffisant pour garder la vedette dans une série de près de 700 minutes.

Ce souci majeur est imputable au nombre invraisemblable de scénaristes et de réalisateurs sur la totalité des 13 épisodes de la série, ces derniers visiblement plus préoccupés à sublimer le Bronx qu’à s’occuper d’un anti-héros quelque peu lourdaud et incapable d’agir vraiment. Parce que si les sous-intrigues sont plutôt bien ficelées, l’histoire du personnage principal a bien du mal à décoller, faisant du sur-place et s’attardant bien trop longtemps sur des détails qui plombent méchamment le rythme déjà lent de l’histoire.

Pendant que Luke Cage tente frileusement de changer les choses (il se planquait à Harlem dans un premier temps), les autres personnages se déploient de manière tellement exagérée que l’on finirait par croire que l’on se trouve dans la saison 5 de The Get Down. Que ce soit la relation trouble entre le patron de nightclub et caïd local Cornell  »Cottonmouth » Stokes (Mahershala Ali) et la politicienne véreuse Mariah Dillard (Alfre Wodard), la clientèle du barber shop de Henry  »Pop » Hunter (Frankie Faison) ou encore le couple d’asiatique qui loue l’appartement à Luke, ce dernier a bien du mal à s’élever au dessus de ces personnages tous plus attachants les uns que les autres.

J’ai clairement senti une certaine forme de mépris des scénaristes envers le personnage de Luke Cage. Car comment expliquer le temps qu’il passe sous les décombres de cet immeuble et le nombre d’épisodes où il se retrouve diminué, blessé par des balles spéciales (dites Judas) capables de percer sa peau réputée bulletproof?! Bien pratique pour développer les autres personnages et le reste de l’histoire. Sans compter que cette volonté de traiter de la situation des noirs américains avec la police est des plus maladroites. Montrer Luke Cage comme une victime du système et l’ériger en martyr en puissance de la communauté noire n’était vraiment pas très malin. Le personnage n’a jamais vraiment souffert de sa condition, étant, toute proportion gardée, le Captain America du Bronx, soit un véritable cogneur badass et pas ce regular guy tourmenté qui subit sa condition en chouinant tout le long de ces 13 épisodes.

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Un autre point remarquable qui participe beaucoup au déséquilibre de la série, c’est que les  »méchants » soient bien plus intéressants et complexes que les  »gentils ». Encore une belle connerie de penser qu’un maximum d’ordures, tout classieux soient-ils, puisse valoriser une histoire de héros.

Dans le rôle de Hernan  »Shades » Alvarez, Theo Rossi vole la vedette littéralement à chaque fois qu’il est à l’écran, ménageant ses effets pour son grand moment, tout à la fin. Véritable  »vilain » de comics, Willis  »Diamondback » Stryker (Erik LaRay Harvey) s’avère au final assez pitoyable (ce kit ultra cheap censé lui donner une super-force…), tuant ses victimes tout en discutant avec elles (mais incapable d’éliminer le seul gars qui le gêne vraiment) et rallongeant artificiellement la série en jouant avec le héros. Malgré tout, avec son visage reptilien et la démence qui se lit dans son regard, Diamondback demeure inoubliable.

Luke Cage aurait peut-être pu faire impression s’il avait été épaulé par un casting à la hauteur de ses aventures sur papier, hélas, les directives télévisées étaient déjà contre lui bien avant le début de ses aventures en solo. Récupérant la Claire Temple de Daredevil, le show ne fait tellement rien pour rendre Rosario Dawson un tant soit peu utile ou intéressante que ça en est désespérant. Tarantino et Rodriguez auraient accomplis des miracles avec son fascinant personnage de Night Nurse, ici réduit à un vulgaire supporting-cast indigne de la sublime actrice porto-ricaine. Même souci avec Mercedes  »Misty » Knight, qui s’avère un autre portrait sans saveur d’un personnage culte du Marvel Universe; ici réduit à une femme-flic comme il en existe des tonnes dans les séries américaines. Simone Missick rattrape son personnage in-extremis sur la fin, mais on n’est pas près de pardonner aux scénaristes et autres producteurs la décision finale de ne pas coller au seul petit détail qui faisait de Misty Knight un personnage à part (oui, ce putain de bras bionique!).

Au final, le seul personnage récurent qui bénéficie d’une exposition et d’une exploitation digne de lui dans la série, c’est bien New York (même si l’action se passe essentiellement dans le Bronx), une nouvelle fois sublimé par un générique de génie, de longs plans cinématographiques et une bande-son qui va de Raphael Saadiq à The Delfonics en passant par Faith Evans ou encore Method Man. Sans oublier un habillage musical qui va du jazz au hip-hop, rappelant au passage que Luke Cage est là pour redonner de l’espoir, du courage et de la fierté au peuple noir américain. Et, mine de rien, malgré la dose de bons sentiments (et une représentation science-fictionnelle de la police de 2016), la sauce prend relativement bien.

Série plombée de choix scénaristiques et narratifs sentant bon la prise de risque zéro, le consensuellement correct voté en réunion et la soupe tiède servie à la cantine Marvel, Luke Cage s’avère malgré tout incroyablement regardable et plaisant. A la manière de ces séries un peu lentes des années 80, on suit les tribulations de ce personnage avec un certain plaisir. Pas certain qu’un second visionnage rende l’ensemble plus cohérent, mais il y a suffisamment de numéros d’act(rices)eurs pour assurer le spectacle. Ce n’est pas génial comme la première saison de Daredevil, encore moins fascinant que Jessica Jones, mais c’est quand même mieux que la majorité des séries actuelles, ce qui est déjà énorme.

Mais pour terminer sur un dernier coup de gueule, l’absence des autres  »super-héros » Netflix est totalement injustifiable et s’avère préjudiciable au show (surtout avec l’annonce de The Defenders, nouvelle équipe censés les regrouper). Que Daredevil ne soit pas là, malgré tout le passif commun avec Power Man, est déjà bien triste, mais que la propre femme de Luke (oui, il a même un bébé avec Jessica Jones dans les comics) pointe aux abonnés absent est franchement incompréhensible, surtout après tout ce qui s’est passé dans sa série à elle. Finalement, alors qu’une série Iron Fist va bientôt être diffusée sur Netflix, que personne chez Marvel n’ai songé à inclure Danny Rand dans Luke Cage est tout simplement impardonnable. Ces deux-là ont passé une décennie entière à louer leurs services en tant que Heroes for Hire.

Au bout d’un moment, on se demande bien à quoi ça sert d’adapter des comic books en live si c’est juste pour reproduire (en légèrement mieux) le schéma télévisé de l’Incroyable Hulk; comme si les séries de super-héros n’avaient pas évolué depuis 1977. Toute cette richesse culturelle (il n’y a qu’à se baisser pour la ramasser) et toute cette pauvreté au final… Quel gaspillage!

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