JUSTE LA FIN DU MONDE DE XAVIER DOLAN

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Sixième film du jeune cinéaste québécois, Juste la fin du monde (adaptation de la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce) fut également le Grand Prix au dernier Festival de Cannes. Le film a été écrit, coproduit, réalisé et monté par le prodige de 27 ans.

L’histoire est assez simple, elle raconte le retour dans sa famille de Louis (Gaspard Ulliel, inoubliable dans Saint-Laurent) après douze ans d’absence. Porteur d’une nouvelle macabre le concernant, Louis va devoir composer avec ces quatre personnes qui projettent très personnellement son personnage, son absence, ainsi que les raisons de son retour.

Inutile de trop en dire, Juste la fin du monde est un drame familial comme il en existe tant, à cette différence près que, de mémoire de cinéphile, jamais un réalisateur ne s’était autant appliqué à en donner une telle restitution. Surtout, conscient que son pitch tenait sur un Post-it, il a tout donné dans sa direction d’act(rices)eurs, offrant au passage quelques-uns de leurs meilleurs rôles à l’ensemble de son casting. Mais on va y venir.

Tout d’abord, il y a l’acteur principal, Gaspard Ulliel (Jacquou le Croquant, Un Long Dimanche de Fiançailles), qui joue ici le retour de l’enfant prodigue. D’une nature réservée, peu loquace et visiblement aussi affaibli par sa condition que par son incapacité à en parler à sa famille, Louis est l’archétype de l’artiste ayant tout réussi, sauf à se faire comprendre des siens. Dire que l’on souffre de le suivre de bout en bout de sa visite est un doux euphémisme, tant la performance de son interprète atteint des hauteurs de désespérance.

Parlons maintenant de sa famille dysfonctionnelle. Il y a d’abord la mère, Martine (Nathalie Baye, méconnaissable et déjà favorite pour les Césars de l’année prochaine). Maquillée comme une voiture volée (pour faire plaisir à son fiston homosexuel), Martine donne d’abord l’impression d’une mère quelque peu larguée et limite gâteuse, du moins dans un premier temps, son personnage révélant des trésors de bon sens et un sens de la famille capable d’accomplir des miracles. Je ne reviendrai pas sur la longue carrière de cette grande actrice de 68 ans, mais je dois bien avouer que la puissance qui se dégage de son interprétation me pousse fortement à me pencher de plus près sur sa filmographie, car j’ai certainement occulté quelques grandes performances sans m’en rendre compte.

Dans le rôle d’Antoine, l’aîné, Vincent Cassel (La Haine, Le Pacte des loups, Dobermann, Black Swan) vient également nous rappeler que quand il n’illumine pas le cinéma mondial de sa classe internationale, l’ancien mari de Monica Belluci est capable de rivaliser avec Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, niveau réalisme social et brutalité du langage. En grand frère psychotique et tyran domestique (il est marié au personnage de Marion Cotillard) , le personnage d’Antoine est un modèle de cauchemar familial, un brave type qui se comporte comme un sale con, vivant dans l’ombre de son jeune frère qui a réussi de son côté en l’abandonnant; du moins, c’est ce qu’il croit. Cassel fait peur et participe pour beaucoup au malaise général du film.

Dans le rôle de sa femme Catherine, Marion Cotillard (Jeux d’enfants, Lisa, La Môme, Inception,) joue un peu la pièce rapportée de la famille, s’étant mariée avec Antoine après le départ de Louis et ne connaissant pas ce dernier. Quelque peu effrayée par lui (ainsi que par son mari), Catherine développe rapidement avec Louis un étrange lien, mélange de fascination et d’attraction, rendant chacune de leurs interactions des plus troublantes, autant pour leurs personnages que pour le public. Ayant toujours défendu Marion Cotillard face à la horde de ses détracteurs les plus radicaux, je ne peux que louer cette énième preuve de son génie d’actrice, son personnage étant de loin le plus complexe et sublime du film.

J’en termine avec la dernière révélation du film (car oui, tout le casting est à tomber par terre), à savoir Léa Seydoux, qui incarne ici Suzanne, la benjamine idolâtrant son artiste de frère.Léa Seydoux m’a impressionné par le passé, que ce soit dans L’Enfant d’en-haut ou même le problématique La Vie d’Adèle. Après, je ne suis pas fan de son étiquette de poupée glamour qui lui colle à la peau comme c’est le cas dans La Belle et la Bête ou encore le récent 007 Spectre, des films qui, à mon sens, nuisent grandement à ses talents d’actrice. Visiblement, Xavier Dolan s’en branle aussi un peu des performances factices de grands acteurs dans les blockbusters, ce qui explique sa volonté de les rendre au cinéma comme c’est le cas ici. Dans son rôle de petite sœur admirative et mal dans ses pompes, Léa Seydoux devient cette touchante jeune femme à fleur de peau, s’allumant cigarette sur cigarette (quand ce ne sont pas des joints) tout en essayant de communiquer du mieux qu’elle peut avec sa star de frère, collectionnant toutes les coupures de presse parlant de lui sur un mur de sa chambre enfumée. Un vrai beau rôle pour une actrice qui, encore plus que Marion Cotillard, doit toujours faire face à un rejet invraisemblable de la part de critiques qui n’ont pas le dixième de son talent.

Fonctionnant comme la pièce de théâtre de 1990, Juste la fin du monde ne s’embarrasse pas de rôles secondaires, ces derniers se cantonnant à quelques visages aperçus en début de film lors de la traversée de la ville en taxi jusqu’à la maison familiale, lieu principal où le drame va se mettre en place.

Le film ne plaira pas à tout le monde, il n’est pas spécialement divertissant et à le don certain de déranger et de mettre mal à l’aise. Des caractéristiques qui fonctionnent à merveille avec la récente idée saugrenue des salle Pathé d’imposer les places numérotées dans ses salles. Un triste parallèle que l’on résumerai ainsi: entre sa famille et son placement au cinéma, on ne choisira désormais ni l’un, ni l’autre. Quelle vie de merde.

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