PURPLE RAIN DE ALBERT MAGNOLI

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Suite au décès en avril de l’artiste connu sous le nom de Prince, un court cycle en son hommage est organisé en ce moment par la Cinémathèque Suisse. On y retrouve des films pour lesquels il a composé la musique (Batman de Tim Burton, Girl 6 de Spike Lee) et, bien sûr, les quelques-uns dans lesquels il a tourné (Under the Cherry Moon, Graffiti Bridge), dont le plus célèbre: Purple Rain.

Arrivant peu avant le début de sa projection au Capitole de Lausanne, je me trouvais pour l’occasion en compagnie de ma copine, cette dernière ne l’ayant jamais vu depuis sa sortie en 1984. A sa décharge, étant née en 82, cela ne l’aida pas à se créer une nostalgie autour de ce film hybride, moitié fiction, moitié concert.

Tout en attendant ma copine devant le bar, je ne fis absolument rien pour me retrouver à proximité (une nouvelle fois, sigh…) de la journaliste radio de Travelling (une émission de la Première) et l’entendre se répandre devant témoins sur sa présentation discutable d’il y a quelques mois sur The Fly de David Cronenberg. Je ne reviendrai pas là-dessus, j’en ai récemment parlé (pas plus tard que hier) en chroniquant le film. Ce qui m’étonne par contre, c’est qu’elle puisse ressortir cette anecdote en minimisant sa responsabilité, se posant en victime d’un public hostile. Ne pas juger, ne pas juger…

Forcément, ça ne rata pas, elle se retrouva sur scène pour présenter le film. Rien à redire de la bienveillante représentante de la Cinémathèque, très pro avec son accent suisse-allemand et nous précisant avec humour que nous auriont droit ce soir à une copie numérique, la pellicule originale de Purple Rain que possède la Cinémathèque devant être rouge, voir pourpre!

On aurait pu se contenter de cette blague avant d’enchaîner sur la projection, mais non; il fallait que la journaliste radio justifie de sa présence en tant que spécialiste du cinéma. Prenant à rebours l’intervention de sa consœur, elle mit un point d’honneur à minimiser les qualités d’acteur de Prince (parlant de sa performance dans Purple Rain comme de la moins pire), rappelant quel cabotin il était et combien il avait été inspiré de ne pas poursuivre dans le cinéma. Evidemment, le public l’a huée une nouvelle fois.

Qu’elle n’aie pas complètement tort au final n’y change rien, manquer de respect à un artiste qui vient de mourir (et à qui la Cinémathèque rend hommage) est vraiment une preuve d’immaturité et de malveillance. Un peu de décence semblait la moindre des choses. Et s’il fallait vraiment critiquer Prince, plutôt que de parler de ses compétences d’acteur, il aurait été plus juste de pointer du doigt la misogynie de son personnage, autant en privé que sur pellicule. En tout cas merci pour cette belle intervention et à la prochaine.

On en arrive donc au film. Semi-auto-biographique et empruntant un peu à Jailhouse Rock, Purple Rain est également un film musical qui ne coupe pratiquement aucune chanson de ses différents interprètes, réduisant drastiquement une trame narrative relativement sombre. Quand à l’histoire, c’était un peu un prétexte à l’époque pour faire de Prince une superstar mondiale (et une réponse directe au succès écrasant de Michael Jackson avec  »Thriller » l’année précédente), ce qui fonctionna d’ailleurs à merveille.

Au First Avenue, un club branché de Minneapolis, The Kid (devinez qui) et son groupe, The Revolution, jouent tout les soirs un mélange de rock mâtiné de funk, se disputant la vedettes aux deux autres shows de la soirée. Rival numéro un du Kid, Morris Day (de The Time), sorte de James Brown de pacotille, est prêt à tout pour l’évincer de l’affiche. Son plan, séduire et engager la mystérieuse Apollonia pour en faire la chanteuse d’un nouveau groupe. La belle jeune femme se retrouve rapidement tiraillée entre les deux rivaux, étant amoureuse du premier et aux ordres du second.

On ne va pas se voiler la face, le scénario est cousu de fil blanc et les premiers rôles (Apollonia, Prince, Morris Day, Wendy et Lisa et quelques autres) jouent comme ils peuvent, c’est-à dire pas super bien. C’est leur charisme de stars qui les sauvent toutes et tous, ainsi que leurs hallucinantes prestations musicales, ces dernières étant d’un tel niveau que l’on finit par accepter ces dialogues téléphonés et ces comportements dignes de véritables divas. Morris Day et son valet Jerome Benton sont donc aussi fourbes que talentueux, tandis que Prince est un génie qui doute et qui se comporte comme un dictateur avec son groupe, qui en prend plein la tronche en silence. Il n’y a que Wendy et Lisa qui demandent des comptes, mais la communication n’est vraiment pas le fort de The Kid.

Au niveau du contenu dramatique, Purple Rain demeure encore aujourd’hui un film hautement problématique. En effet, les parents de The Kid étant un couple instable et le père étant un musicien de génie raté, ce dernier à la sale habitude de battre sa femme entre deux réconciliations sordides. Reproduisant malgré lui cette dynamique du malheur, The Kid se méfie donc des femmes (Wendy et Lisa les premières) et n’hésite pas à lever la main sur celle qu’il aime, à savoir Apollonia. Le film ne manque pas de jouer dangereusement avec ce parallèle, laissant penser que le héros prend le même chemin que son père has-been mais qu’il n’est peut-être pas encore trop tard pour changer. Malheureusement, ce faisant, il oublie complètement de donner la parole aux deux véritables victimes de l’histoire, c’est-à-dire la mère et Apollonia, toutes deux silenciées et bien trop promptes à pardonner. Pire, le comportement violent et parano de The Kid n’est pas vraiment analysé par le film, laissant le silence, la fuite en avant et la musique se charger de tout expliquer. C’est un peu court, même pour l’époque.

Je terminerai le tableau en ajoutant que Purple Rain est globalement un film foutrement sexiste, un film de mecs qui utilisent et exploitent les femmes comme on utilise un mouchoir, s’en sortant avec une chanson, une pirouette ou, plus radicalement, une balle dans la tête. Et même pour ce dernier choix, aucune remise en question, juste un ego frustré qui agit par désespoir.

Et pourtant, Purple Rain demeure une borne musicale (à défaut de cinématographique) des années 80. Avec ses vingt millions d’exemplaires de bandes originales vendues et son box-office dix fois supérieur à son budget de base, le film musical dont rêvait Prince est devenu son testament artistique au monde, pour le meilleur et pour le pire.

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