LETTRE A ROCK & FOLK

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Etre rock en 2016, c’est arrêter de vous lire et vous écrire pour vous expliquer pourquoi, car c’est quand même la moindre des politesses, surtout après plus de vingt-cinq ans de fidélité, en tout cas pour moi.

C’est avec le numéro 289 (septembre 1991) que j’ai commencé à vous collectionner et probablement à cause du logo Guns N’Roses en couverture, vu que je ne captais rien à Kraftwerk à l’époque, ce qui n’a d’ailleurs pas duré très longtemps. Avant de vous lire tous les mois, je n’achetais que des magazines de merde pour les ados alors que j’avais déjà dix-huit ans!

En bien des points, 1991 a été une année mouvementée pour moi, pas mal de drame (la mort de ma grand-mère maternelle, mes premières tentatives de suicide) et de découvertes (votre magazine qui fêtait ses vingt-cinq ans, le son de Seattle, la tornade Nirvana, mon coup de cœur pour Sonic Youth et deux trois autres trucs que je garderai pour moi).

Je vous ai un temps partagé avec Best, jusqu’à sa mort en 95, mais je n’ai jamais été fan de leur maquette ni des gens qui écrivaient dedans. Je ne compte pas les magazines de metal, car vous n’avez jamais vraiment couvert le truc, si ce n’est pour vous en moquer ou pour vous réapproprier les meilleurs groupes, ce qui ne m’a jamais posé problème, vos confrères metal ayant toujours eu du mal à calmer leurs pulsions obsessionnelles.

Pendant près de vingt ans, je n’ai pas raté un seul numéro de Rock & Folk. Je vous ai suivis dans tous vos combats, des baby rockers à Pete Doherty en passant par Amy Winehouse, le retour du vinyl, la réhabilitation de Johnny et j’en passe, ainsi que cette foutue question sur le  »être rock en… » qui fait en soit partie du problème que j’ai commencé à développer avec votre magazine.

Avant de vous débiner, je vais vous avouer une chose capitale, ma lassitude y est pour beaucoup aussi. Avec le temps, vous avez fini par me perdre avec votre philosophie rock’n’roll. Ce n’est la faute à aucun de vos rédacteurs, et certainement pas celle du patron, mais je crois que j’en avais marre de lire la version française de Mojo et de me retrouver tous les six mois avec une cover sur ces putains de Stones.

Après, même si je me suis habitué à la mauvaise foi et à l’obsession vintage, pour ne pas dire passéiste, de certains de vos rédacteurs, il y a des trucs qui me cassent les couilles depuis trop longtemps. A commencer par vos lecteurs (ouais, je me tire dans le pied là) qui tentent chaque mois de rivaliser en esbroufe pour vous soutirer un disque sortit de votre benne à service de presse. J’allais cracher sur vos télégrammes, mais vous avez bien réduit ce gaspillage de papier depuis peu. Pour ce qui est de Mes Disques à Moi, c’était marrant les premières années mais je pense que même vous avez compris que les meilleurs candidats sont déjà passés et qu’au final, on ne fait que retrouver les sempiternelles mêmes références chez des gens à l’oreille un tant soit peu musicale. Je ne lis pas la chronique du Pingouin Cannibale, une fois m’a suffit. Vos chroniques festivals ne servent à rien, tout comme votre rubrique sur les jeux vidéos qui pue l’info publicitaire. Et ces charts… qui donnent juste envie de se flinguer! Je ne lis la Discothèque Idéale 2 qu’une fois sur trois, parce que ça devient franchement pénible de toujours devoir rajouter des disques que tout le monde a oublié. Pour ce qui est du Culte des objets, je ne sais pas vraiment pourquoi mais je dirai que non, ça n’a rien à foutre dans un mag de musique. Bordel, même votre rubrique Bande Dessinée est super élitiste, on croirait le neuvième art version Solange te parle… réussir à présenter des ouvrages aussi prétentieux (même si souvent de qualité) chaque mois en parlant de bulles, c’est quand même fortiche. Mais bon, je pinaille un peu, c’est quand même intéressant la plupart du temps, c’est juste que ça me soûle dans Rock & Folk.

Bref, tout ça pour dire que depuis un moment, je n’arrive plus à vous lire comme je le faisais encore il y a quelques années, de la première à la dernière page. Je ne lis tellement plus votre magazine que je finis par oublier de l’acheter au moins un fois par années depuis déjà un moment. Mais le pire, c’est que mes Rock & Folk s’empilent dans ma chambre ou aux toilettes pendant des mois, alors qu’avant, il me fallait deux heures chrono avant de le ranger avec les trois-cent autres.

Malgré tout, Rock & Folk aura été le dernier magazine que j’aurai acheté jusqu’à présent. Vous coiffez au poteau Mad Movies (à qui j’ai également écrit une lettre, mais plus romantique) d’un mois (je les lisais depuis 1987) qui m’a également déçu, plus par son incohérence et son incapacité à bien vieillir que par ses choix éditoriaux, bien plus cohérents que par le passé.

Pour ce qui est de la raison finale qui m’a poussé à arrêter de vous lire, eh bien, ça ne vous surprendra pas d’apprendre qu’elle se trouve dans votre courrier des lecteurs du numéro 588, plus particulièrement dans la réponse de Yann Kerninon à un lecteur concernant l’identité sexuelle de Dana International. Que vous ayez laissé passer ça, non seulement me dépasse, mais me désespère au plus haut point. Je ne vais même pas tenter de lier cette pensée rétrograde avec les autres saloperies sexistes que j’ai pu lire dans votre magazine au fil des années, mais c’est juste que cette fois… c’est la fois de trop et je ne peux plus vous suivre.

Alors voilà, j’arrête de vous acheter (j’avais déjà un peu arrêté de vous lire) et j’arrête aussi de lire des magazines jusqu’à la fin de mon existence (ça me fera plus de thunes pour m’acheter tous les disques que je ne possède pas encore).

Merci du fond du cœur de m’avoir éduqué pendant toutes ces années mais il est temps que je passe à autre chose. Sans rancune.

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