THE WITCH DE ROBERT EGGERS

Présenté au festival de Sundance en janvier 2015, ce film canado-américain de Robert Eggers n’a pas manqué d’impressionner le jury du prestigieux festival créé par Robert Redford. Première réalisation de son auteur, The Witch a littéralement hanté l’année 2015 et une partie de 2016 avant d’arriver jusqu’à nous. Outre une bande-annonce aussi simple que parfaitement flippante, c’est surtout le retour des médias qui a fait monter le buzz durant ces longs mois, le film passant de festival en festival avant d’obtenir une sortie en salles digne de ce nom, récoltant plus de 40 millions de dollars pour un budget treize fois inférieur.

Ne restait plus qu’à vérifier si ce film, si furieusement défendu dans les colonnes de la presse mondiale, était à la hauteur de la hype. Et pour en juger, quoi de mieux que sa vision dans l’un des derniers cinémas dignes de ce nom, j’ai nommé le Bellevaux de Lausanne.

Se passant dans la Nouvelle-Angleterre de 1630, le film commence par une scène de procès présentant une communauté de colons face à un homme s’opposant vertement à leur façon de penser. Bien que les deux camps soient ultra-puritains, leur différent (non précisé), visiblement spirituel et philosophique, semble irréconciliable. L’accusé accusant ses accusateurs, ces derniers se voient obligés de le bannir, lui et sa famille, afin de retrouver la paix au sein de leur colonie. Un jugement accepté par l’homme qui s’en va avec sa femme et ses quatre enfants.

Cette introduction, impeccable, pose immédiatement les bases du film, nous préparant aux conséquences de ce bannissement, ainsi qu’au futur incertain de cette famille qui se retrouve désormais seule et littéralement livrée à la volonté du dieu en lequel elle croit au delà du raisonnable.

Jouant le rôle de William, le père de famille responsable de l’exil de cette dernière, Ralph Ineson (Game of Thrones, Harry Potter, The Office) s’avère totalement juste dans son personnage. Illuminé, borné et visiblement incapable de subvenir aux besoins des siens, son seul talent étant de couper du bois, comme en atteste l’imposant mur de bûches au dos de leur cabane. Surtout, avec ses faux airs de Geoffrey Rush, il réussit presque à nous émouvoir par ses efforts, hélas bien vite rattrapés par son code de conduite bien différent de ses pieuses paroles.

Interprétant sa femme Katherine, Kate Dickie (Game of Thrones, Filth, Prometheus) est également parfaite dans son rôle d’épouse dévote et quelque peu instable, basculant doucement mais surement dans la paranoïa suite aux différents événements émaillant leur nouvelle vie (disparition du bébé, mauvaise récolte de maïs, vente d’un objet familial de valeur sans l’aval de sa propriétaire, etc.). Un rôle, faussement secondaire, qui trouve son apogée dans l’une des scènes les plus traumatisantes du film.

Et puis il y a les enfants. Si les deux plus jeunes s’avèrent insupportables, ils ont néanmoins leur utilité de par le quiproquo qu’ils vont contribuer à créer à un certain moment de l’histoire. Mais ce sont clairement les deux plus grands qui créent la dynamique du film.

Jouant Caleb, Harvey Scrimshaw délivre une performance étonnante dans son rôle de pré-adolescent troublé par sa grande sœur et désireux de rendre fier son père, tout en le questionnant sans cesse sur les mystères de la foi. Sa dernière scène, à n’en pas douter, restera comme l’un des climax du film.

Nous en arrivons à la révélation de The Witch, à savoir Anya Taylor-Joy (bientôt dans Morgan et Split). Incarnant Thomasin, la plus grande des quatre enfants de la famille, Anya Taylor-Joy subit une véritable transformation tout le long du film, passant de la figuration à un rôle secondaire, avant de devenir le centre de l’attention de sa famille, puis de se retrouver dans une situation que rien ne laissait présager une heure plus tôt.

C’est d’ailleurs là tout le talent de Robert Eggers, également scénariste de The Witch et possédant un sens total de la mise en scène. Bien que son film soit relativement simple et linéaire dans son déroulement, absolument rien ne se passe comme on pourrait le prédire, rendant l’ensemble encore plus réaliste et crédible. Le fantastique et l’horreur, bien que présents, sont amenés par touches, tandis que les rares effets spéciaux sont utilisés avec une parcimonie qui amplifie encore plus leur impact.

Quand à la sorcière du film, eh bien, je n’en parlerai pas, car ce serait révéler bien trop de choses sur ce qui se doit de rester une découverte pour le spectateur. Sachez seulement que son utilisation est hautement satisfaisante et comblera les amateurs de vieux contes macabres et de légendes folkloriques au delà de leurs espérances.

Filmé dans l’Ontario, loin de tout, The Witch s’avère une claque visuelle, ses décors naturels, principalement ses forêts, donnant une atmosphère hantée au film. Avare en lumière, le film semble constamment baigné par la grisaille, comme en attente d’un nouveau drame, d’une nouvelle escalade verbale ou d’une événement fatal pour l’un ou l’une de ses protagonistes.

S’il faudra passer le cap de la première demi-heure de métrage pour vraiment rentrer de pleins pieds dans The Witch, la tournure de l’histoire se chargera de récompenser le spectateur en lui offrant un dénouement implacable et aussi inattendu que salvateur. Par contre, niveau horreur, les amateurs de slasher et de productions horrifiques devront passer leur chemin, l’horreur du film de Robert Eggers étant avant tout humaine (et animale). La pire de toute en somme.

http://thewitch-movie.com/

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4 réflexions sur “THE WITCH DE ROBERT EGGERS

  1. oui, il y a une austérité très européenne dans ce film. mais le casting contrebalance bien en évitant de tomber dans le film d’auteur chiant et pénible.

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  2. …ça a l’air de marcher ,alors bon….j’ai trouvé l’article enrichissant. J’ai beaucoup aimé le film …j’y ai trouvé aussi une sensibilité presque scandinave ( Bergman ,Dreyer…? ) dans la facture et une âpreté toute protestante ( le pêché est à l’intérieur de nous et ne peut être pardonné pendant notre séjour terrestre contrairement aux indulgences du catholicisme. il serait intéressant ,dans le contexte, de revoir  » Les Sorcière de Salem » d’après la pièce de Miller sur un scénario de Jean Paul Sartre (1957) ,plaidoyer contre le McCarthysme et qui laissait aussi une ouverture sur le Paganisme des forêts de la Nouvelle Angleterre .

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