HIGH-RISE DE BEN WHEATLEY

Adaptation de I.G.H (pour immeuble de grande hauteur), roman de 1975 de J.G Ballard, High-Rise (titre original) fait partie de sa trilogie du béton, commencée avec Crash en 1973 et poursuivie avec Concrete Island l’année suivante. Si Crash a déjà été adapté au cinéma avec une certaine maestria par David Cronenberg en 1996, on est toujours sans nouvelle du projet Concrete Island, abandonné en 2011 après le départ de son acteur principal Christian Bale.

On se contentera donc pour l’instant de High-Rise, une critique sociale au vitriol comme seul Ballard en avait le secret. Se passant dans une tour high-tech de quarante étages et pouvant accueillir 1000 appartements, High-Rise raconte par le détail l’arrivée en masse de ses nouveaux occupants, attirés par les promesses d’une vie meilleure avec tout le confort que le monde moderne peut apporter; avant que le cancer du béton et divers dysfonctionnements internes à la tour ne fassent leur travail, corrompant progressivement l’éphémère harmonie des différentes classes sociales y cohabitant. Le résultat, une descente aux enfers, faite de meurtres, de viols et de cannibalisme.

Si le roman original dépeignait clairement trois classes bien distinctes réparties dans la tour, les prolétaires en bas, la classe moyenne au milieu et les bourgeois tout en haut, le film de Ben Weathley ( Kill List, A Field in England) n’est pas aussi fin; choisissant d’opposer les pauvres aux riches en se servant de son personnage principal, le docteur Robert Laing (Tom Hiddleston, toujours parfait et impeccable) comme d’un tampon entre les deux. Une décision cinématographique qui n’altère en rien le respect de l’oeuvre originale, son adaptation étant des plus fidèles.

Fonctionnant sur le principe de la réaction en chaîne, High-Rise est une histoire qui, à l’époque, faisait écho aux problèmes de cohabitation que la société moderne rencontrait dans les HLMs bâtis dans les années 50-60, amplifiant cette situation en y ajoutant des classes plus aisées pour créer une illusion de luxe et d’auto-suffisance. Hélas, les infrastructures commençant à montrer leurs limites, les rivalités entre les différentes classes réapparaissent et la tour devient le théâtre d’une véritable guerre civile annonciatrice d’un chaos encore plus grand.

Dans le rôle principal, Tom Hiddleston est, je l’ai dit, absolument parfait. A lui seul, il réussit à incarner l’homme moderne des années 70, le bon docteur partagé entre les classes sociales de par sa profession et le chemin qu’il s’est choisi. Ses tribulations entres les étages de la tour, ainsi que ses interactions avec ses locataires, n’ont pas pour vocation de nous en apprendre plus sur lui. Au contraire, elles ne sont là que pour nous présenter un tableau complet de ce qui est en train de se passer, sournoisement, sans que personne ne s’en rende compte.

Le nombre de personnages étant proportionnel au nombre d’appartements de la tour, je me contenterai de citer les acteurs principaux et, surtout, celui qui, à mon sens, vole totalement la vedette à chacune de ses apparitions. Je pense évidemment à Luke Evans. Révélé par la trilogie du Hobbit et Dracula Untold, l’acteur Gallois délivre ici une performance qui restera dans les annales du genre. Incarnant Richard Wilder, un homme marié et impulsif qui ne va pas tarder à faire sa révolution dans les étages, Evans dégage une force animale qu’on ne lui connaissait pas, semblant enfin libéré du carcan commercial et bien délimité de ses dernières interprétations. Une composition qui lui aurait certainement valu un oscar si la distribution du film n’avait pas été sabotée de la sorte.

Impossible d’oublier Jeremy Irons dans le rôle d’Anthony Royal, l’architecte responsable de ce monstrueux fiasco. Puant de suffisance et considérant la population de sa tour comme des cobayes de laboratoire, Royal gagne énormément à avoir un tel acteur pour le mettre en avant, ses apparitions étant brèves mais toujours passionnantes.

Un petit mot également pour signaler la présence de James Purefoy dans le rôle de John Pangbourne, un vil bourgeois que l’acteur anglais n’a aucun mal à nous rendre détestable dès ses premières apparitions dans le film, son personnage ne s’étoffant que bien plus tard.

Niveau casting féminin, bien qu’il soir brillant (Sienna Miller, Keeley Hawes, Sienna Guillory ou encore Stacy Martin ), la seule actrice semblant tirer son épingle du jeu n’est autre que Elisabeth Moss (Top of the Lake,  Mad Men). Dans le rôle de la femme extrêmement enceinte de Wilder, elle délivre une performance électrisante et sensuelle à laquelle le docteur Laing ne résistera pas longtemps. Et à vrai dire, personne n’y résisterai.

Signe de l’époque à laquelle le roman et le film se passent, les femmes sont quelque peu décoratives dans High-Rise (après tout, ce sont les hommes qui font la guerre), en tout cas dans un premier temps, J. G. Ballard ayant été un vibrant allié de la cause féministe de son vivant. La façon dont il réussit à n’oublier personne dans son récit est particulièrement bien vue et ne ressemble jamais à un artifice facile pour rééquilibrer les forces, bien au contraire. Mais je n’en dirai pas plus, ce serait vous gâcher le plaisir si vous ne l’avez ni lu, ni vu.

Encore un mot sur la musique du film, on la doit à Clint Mansell, ancien frontman de Pop Will Eat Itself et aujourd’hui reconnu mondialement au travers de son travail sur les films de Darren Aronofsky (Requiem for a Dream, The Fountain, The Wrestler, Black Swan). A cela, il faut rajouter la présence de  »SOS », une fameuse cover de Abba par les anglais de Portishead et qui vient illuminer tout en mettant en exergue la séquence la plus désespérée du film.

Comme je le disais précédemment, le film ayant été distribué avec les pieds, il y a bien peu de chances pour que vous l’ayez vu ou même su qu’il était sorti quelque part. Un désastre à la hauteur de la qualité de High-Rise. A rattraper pour sa sortie physique et lors de ses ressorties ces prochaines décennies dans les cinémathèques.

http://www.highrisefilm.com/

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