SUICIDE SQUAD DE DAVID AYER (PARTIE 2)

OK, maintenant que toutes les personnes qui voulaient voir le film en priorité absolue l’ont vu, on peut enfin en parler sans trop se prendre la tête ou risquer de révéler des éléments capitaux de l’intrigue, surtout que Suicide Squad est littéralement une série B à l’ancienne (situation linéaire, personnages passionnants et dénouement classique) qui n’essaie jamais d’épater la galerie mais simplement de raconter une bonne histoire en nous faisant passer un bon moment.

Démarrant après la  »mort » de Superman, le film nous présente très vite la mise en place (via une démonstration aussi spectaculaire qu’efficace) du projet gouvernemental et top-secret d’Amanda Waller (Viola Davis), soit de prendre les devant en vue de l’arrivée d’une éventuelle menace meta-humaine incontrôlable. Son idée pour y parvenir, recruter des super-criminels et les envoyer en missions-suicide anonymes sous promesse de réduction de peines.

La suite est, cinématographiquement parlant, une véritable leçon de mise en place de caractères quand on n’a plus le temps de faire une flopée de films préparatoires comme ce fut le cas chez Marvel avec Avengers. En quelques minutes, David Ayer fait preuve d’une maestria redoutable, digne de Guy Richie et Roberto Rodriguez dans leurs meilleurs jours. Réussir à nous vendre en aussi peu de temps cette bande d’affreux jojos restera comme l’une des grandes victoires de ce film.

Ne voulant pas trop spoiler, je dois quand même reconnaître que pour moi, le véritable tour de force de Suicide Squad est d’être une métaphore aussi radicale de la politique insidieuse du gouvernement américain, et surtout de sa propension à créer elle-même ses propres ennemis. En bien des points, le personnage incarné par la géniale Viola Davis (How to Get Away with Murder) est le véritable bad guy du film.

A ce niveau de ma chronique, je ne crois pas qu’il soit véritablement important de parler de la trame générale du film, elle a été suffisamment utilisée pour la promotion du film et se résume surtout à un prétexte pour associer des individus qui n’ont rien à faire ensemble et qui ont été réunis pour nettoyer la merde, une énorme merde. La subtilité de ce scénario faussement simple étant bien la satisfaction d’apprendre le pourquoi d’une telle catastrophe, d’ou le sous-texte politique foutrement gonflé pour un film de ce genre.

Arrêtons-nous maintenant sur le casting, car il y a des choses à dire. Viola Davis pour commencer (Amanda Waller), la cheffe de cette escouade d’assassin et dont les motivations, proches d’un Lex Luthor, s’avèrent aussi discutables que catastrophiques sur le long terme. Peu commentée dans la presse spécialisée, son rôle est pourtant un monument du genre, jamais une actrice ne s’était aussi bien faufilé dans le rôle d’un agent gouvernemental aussi froid et calculateur que celui d’Amanda Waller. Cette femme fait peur et les membres du Suicide Squad ont bien raison de la craindre (Harley Quinn lui demandant très sérieusement si elle est le diable).

Second acteur à tirer son épingle du jeu, et ça m’écorche les lèvres de l’avouer, le revenant Will Smith (Men In Black, Seven Pounds, Bad Boys) qui, dans le rôle de Deadshot, le tueur à gages qui ne rate jamais sa cible, délivre une performance aussi rentrée que puissante. Gonflant depuis le début de sa carrière, tant par le choix de ses rôles que par ses déclarations mégalomanes, Smith semble avoir mis son ego de coté pour interpréter son rôle, donnant une version très personnelle et touchante d’un personnage de comic totalement détestable et qui n’a jamais vraiment été intéressant. Ici, entre son obsession à vouloir tuer Batman et sa volonté d’être un bon père pour sa fille, Smith délivre une performance digne et qui restera.

Parlons maintenant du couple vedette de Suicide Squad, à savoir Margot Robbie (Harley Quinn) et Jared Leto (The Joker). Signe des temps oblige, et on ne s’en plaindra pas, le film fait la part belle à son actrice principale, offrant à l’actrice de 26 ans l’occasion inouïe de nous offrir un véritable festival Harley Quinn à l’intention de toute une génération de jeunes fans conquis d’avance. Personnage vénéré depuis les années 90, Harleen Quinzel prend ici tout son potentiel par la grâce de la performance totalement disjonctée de Robbie, cette dernière semblant née pour le rôle, tant elle semble respirer la folie pure tout le long du métrage, s’avérant aussi dangereuse que totalement attachante, même pour les détracteurs du film. Son personnage fait bien 50% du travail de séduction de Suicide Squad.

Avec Jared Leto (Requiem for a Dream, Fight Club, Chapter 27), le problème, car problème il y a, est un peu différent. Ajouté clairement pour booster le film, ne faisant absolument pas partie de l’équipe (ni dans les comics d’ailleurs), The Joker nous a été vendu comme partie intégrante du tout, alors que ce n’est pas le cas. Apparaissant en back-story (les origines de Harley Quinn) et tentant de retrouver la copine parfaite qu’il s’est crée, il n’apparaît que pour briser l’ambiance, se fichant bien de la mission suicide dans laquelle sa dulcinée est embarquée contre son gré.

Une mission dont tout le monte se tape d’ailleurs, chacun cherchant à se tirer en douce, comme ce sera le cas lors d’une scène aussi courte que terminale (oui, rappelez-vous le titre du film), nos salopards ayant une nano-bombe implantée dans la tête en cas de désobéissance ou de fuite.

J’en reviens à Jared Leto. Il est impeccable. Son Joker est une sorte de prédateur animal habillé en gangster old school se prenant pour une rockstar. Puant la mort, la seule chose qui semble l’obséder est de retrouver son Harley, remuant ciel et terre pour la délivrer de ses nouveaux amis. Que certains aient-pu refuser ce schéma narratif aussi violemment révèle bien leur inculture totale du personnage complexe du Joker. Dans le prochain film, il tentera certainement d’assassiner sa belle avec la même détermination!

J’en arrive maintenant à la surprise inattendue de ce casting, à savoir Jai Courtney (Divergent, A Good Day to Die Hard, Terminator Genysis), un acteur dont la filmographie relève du cauchemar pour tout cinéphile qui se respecte. Conscient qu’il devrait se battre avec un casting de malade pour espèrer survivre à l’expérience, Jai Courtney a intégré la méthode hardcore de Jared Leto, ingérant des champignons et se privant de sommeil afin de créer son personnage de Digger Harkness, plus connu sous le nom de Captain Boomerang. Ressemblant véritablement à un taulard crasseux et bas de plafond, il donne ici une interprétation aussi gigantesque que personnelle du vieil ennemi de The Flash (d’ailleurs, les fans ont été servis sur ce coup-là, mais chut…), son caractère volant toutes les scènes dans lesquelles il se trouve. Se baladant constamment avec sa canette de bière à la main et planquant une licorne en peluche rose dans son manteau, Boomerang est définitivement la première pierre d’un mur bien plus grand et qui devrait voir sa finalisation dans le film avec Ezra Miller, quand il retrouvera (je l’espère) ses partenaires de The Rogues (Captain Cold, Mirror Master, Weather Wizard, etc.) une équipe de criminels qui partage bien des points communs avec Suicide Squad.

Autre personnage fascinant, autant par son traitement inattendu que par son temps de présence conséquent dans le film, celui de The Enchantress, doublement joué par Cara Delevingne (Pan, Paper Towns, Anna Karenina), son alter-ego de June Moone étant une toute autre personne. Si le potentiel d’actrice dramatique de la jeune top-model n’avait pas encore explosé à la face du monde, son rôle dans Suicide Squad devrait combler cette lacune. Personnage quelque peu cliché dans les comics, The Enchantress prend ici une altitude terrifiante, sa dualité étant exploitée avec beaucoup de finesse, tout comme son histoire d’amour arrangée avec Rick Flagg (Joel Kinnaman), militaire aux ordres de Waller et leader imposé du commando suicide.

Pas grand chose à dire sur la performance de Kinnaman du coup, il joue juste un militaire quelque peu torturé entre sa mission et l’amour qu’il a développé pour l’hôte humain de The Enchantress. Avec sa mentalité de bon petit soldat et de gars droit dans ses bottes, il jure pas mal avec le reste de l’équipe, David Ayer jouant de cela en le dépeignant comme un américain de base obligé de travailler avec des individus qu’il ne comprend pas et qu’il pense totalement irrécupérables. Ce n’est qu’au travers de sa relation tourmentée avec celle qui fut le docteur Moone, que Kinnaman réussit à gagner des points, ça et la scène du bar où il déballe ce qu’il a sur la conscience. C’est peu mais c’est déjà pas mal.

Pour l’épauler dans sa mission, en plus de son commando militaire, il dispose des talents de la tueuse ninja Katana (Karen Fukuhara), une guerrière d’élite tourmentée par le fait que l’âme de son défunt mari se trouve dans l’épée dont elle se sert pour occire ses ennemis. Personnage secondaire mais terriblement badass à chaque fois qu’il apparaît à l’écran, Katana fascine par son véritable mystère, son interprète réussissant à nous prendre aux tripes lors d’une scène poignante où elle communique avec ce qui reste de l’homme qu’elle aimait. Frustrant de ne pas en avoir plus, mais comme c’est bien fait, on ne va pas cracher dans le potage.

Dans la peau tatouée de El Diablo, Jay Hernandez joue probablement l’un des criminels les plus étranges du films. En effet, de par la nature extrême de ses actes, El Diablo nous est présenté ici plus comme un fantôme que comme une véritable menace criminelle, ce qui est d’autant plus paradoxal au vu de son pouvoir qui fait de lui le meta-humain le plus puissant de l’équipe. Le souci, c’est que le caractère de Hernandez passe la grande majorité du film à se morfondre avant de vraiment montrer de quoi il est capable. Ça plus le fait que ses tatouages foutent le camp d’un plan sur l’autre et vous comprendrez que malgré la pitié que l’on peut ressentir pour lui, El Diablo est définitivement le maillon faible de l’équipe avec Slipknot (Adam Beach ), ce dernier pour une raison que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes.

J’en termine avec le casting principal pour parler de Adewale Akinnuoye-Agbaje. Jouant Killer Croc (un ennemi de l’univers de Batman) parce que Tiger Shark était bloqué sur la série de The Flash, le mythique Mr. Eko de Lost est ici complètement sous-utilisé dans son rôle d’homme-crocodile monstrueux. Bien trop sociable et faisant limite tapisserie, Killer Croc est une déconvenue totale dans Suicide Squad, ressemblant plus à un freak échappé d’un cirque qu’à une créature froide et mangeuse d’hommes. En espérant que le cut final réintégrera les quelques scènes semblant cruellement manquer ici.

J’ai volontairement terminé par les personnages les moins intéressants du film, car même s’ils ne se hissent jamais à la même altitude que le reste de l’équipe, les performances de leurs acteurs respectifs sauvent l’ensemble du naufrage, les critiques négatives n’étant de toute façon pas sur le casting mais bien sur le film en général et les valeurs hautement discutables dont il se fait la tribune.

Film bancal s’il en est (le travail d’édition est une calamité, même un œil non exercé remarquera les trous entre les scènes), Suicide Squad est néanmoin unique en son genre de par son parti-pris de mettre en lumière une bande de véritables criminels, des individus qui volent, tuent pour l’argent ou le plaisir et dont le total des crimes suffirait à décimer une petite ville. On parle quand même ici d’enfants carbonisés, de meurtres en série, de cannibalisme et de volonté d’annihiler le monde! Certes, le tout est quelque peu atténué avec un filtre PG-13 tiré par les cheveux (certaines voix à Hollywood s’en sont plaint avec raison) qui disparaîtra dans quelques mois avec la sortie physique, mais dans le genre ofni (objet filmique non identifié), Suicide Squad, avec son ambiance particulière et très années 80, se pose là.

Surtout, avec ses ramifications dans l’univers étendu DC (Justice League, Batman, The Flash), Suicide Squad s’impose comme une nouvelle note dissonante de la part de Warner Bros dans l’idée (culturellement fausse) de divertissement inoffensif que se fait le grand public quand on lui parle de super-héros. Malgré un certain code d’honneur (moqué mais essentiel pour ne pas perdre ses repères avec une vie pareille), ces individus ne sont pas des héros, ce sont des rebelles, des misfits qui refusent de jouer le jeu d’une société décadente et mortifiée qui n’a que faire d’eux. Le monde est leur terrain de jeu et ils nous laissent nous amuser de leurs tribulations le temps d’un film. Mais gare à vous si vous tentiez de vous moquer d’eux, ce serait comme signer votre note de suicide.

http://www.suicidesquad.com/

http://www.dccomics.com/

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