SUICIDE SQUAD DE DAVID AYER (PARTIE 1)

Encore plus que le nouveau Star Wars ou le clash entre Batman et Superman, Suicide Squad était attendu par une véritable armée de fans. A cette différence près que la majorité du public n’était cette fois pas constitué de quadragénaires mâles en surpoids (comme moi) mais plutôt de jeunes femmes en quête de changement. Et autant dire qu’avec un film de super-héros dont le casting comporte pas moins de quatre personnages féminins haut en couleurs, ces dernières n’ont pas été déçues.

Crée en 1959 sous le nom de Task Force X , ce n’est qu’en 1987 que l’équipe atteindra son plein potentiel sous la plume du scénariste John Ostrander (une scène du film lui rend hommage en accolant son nom sur la façade du building principal). Aujourd’hui, après plusieurs évolutions remarquées, Suicide Squad est l’une des publications les plus addictives de l’éditeur DC Comics.

Il y a deux ou trois ans, quand Warner annonça son intention de donner un film à cette équipe de criminels repentis, il y eu deux sons de cloche. Le premier fut de penser à une tentative de capitalisation sur le succès Guardians of The Galaxy chez Marvel, ce qui, même sans être faux, n’était pas un argument des plus valables, l’originalité de la démarche primant sur les productions de plus en plus codifiées du genre. Mais surtout, et c’est le deuxième son de cloche, Suicide Squad existait déjà dans les saisons 2 et 3 de la série Arrow (Green Arrow pour les intimes) et promettait beaucoup. Deadshot, Katana et même Harley Quinn (cette dernière l’espace d’un plan) avaient du potentiel, tellement que Warner décida de les retirer de Arrow pour le résultat que l’on sait.

Pour ce faire, Warner se tourna vers David Ayer (End of Watch, Sabotage, Fury), un réalisateur américain spécialisé dans l’action pour adultes et dont Suicide Squad représentait la première opportunité de s’amuser un petit peu dans le système Hollywoodien. D’entrée de jeu, il va bousculer son casting pour créer une véritable équipe soudée, le faisant se battre ensemble, boire ensemble et partager un entrainement digne d’un commando.

Seule exception à la règle, Jared Leto (The Joker), électron libre au sens propre comme figuré et dont la méthode Actors Studio le poussera à ne pratiquement jamais sortir de son rôle entre les prises, terrorisant la production, ainsi que le casting, envoyant à ces derniers des cadeaux personnalisés de très mauvais goût par la poste.

Nous promettant la pire équipe de héros jamais vue sur un écran, Warner n’a pas ménagé ses efforts depuis deux ans pour faire monter le buzz autour de son escouade de criminels, se démarquant largement de la joyeuse équipe de pirates de l’espace de la concurrence en proposant une brochettes de personnages vraiment irrécupérables. Au programme, un couple de psychopathes, un tueur à gages, un chef de gang, une sorcière maléfique, une ninja, un homme-crococodile et un voleur dément, chacun (certains plus que d’autres) ayant son lot de morts sur la conscience.

Hélas, niveau promotionnel, Warner, tout comme avec Batman v Superman: Dawn of Justice, en a une fois de plus trop fait. Offrant beaucoup trop de teasers, trailers et autres extraits de son film, le studio a créée une attente impossible à satisfaire, capitalisant sur le court-terme (le week-end de sortie mondiale du film) sans se soucier de la suite. On le sait, malgré sa violence omniprésente et son contenu parfois assez glauque et immoral, Suicide Squad est un film certifié PG-13, ce qui est d’autant plus paradoxal quand on sait (David Ayer et Jared Leto peuvent en témoigner) qu’il a été développé comme un film R. Les coupes subies sont d’ailleurs visibles, le travail d’édition ayant été salopé pour attirer un public familial en salle, en prévision de l’annonce d’une version longue et adulte pour la sortie physique en fin d’année. Une méthode pour le moins frustrante qui rappelle beaucoup celle du chapitre final du Hobbit de Peter Jackson, cette dernière se démarquant passablement de sa version en salles, pour ne pas dire plus. Le résultat pour Suicide Squad est donc parfois frustrant, le traitement de chaque personnage ayant été altéré à un moment ou un autre du montage final, non pas pour des raisons de rythme ou de logique scénaristique, mais bien pour passer entre les trous du filet de la censure et multiplier les séances journalières. Au final, malgré ses qualités évidentes, Suicide Squad est un film charcuté et bancal qui ne révélera sa véritable personnalité que dans quelques mois, ce qui est fort frustrant pour l’amateur de ce genre de productions et également un minimum cinéphile. Comme si ce n’était pas compatible.

Malgré toutes ces réserves, le film de David Ayer demeure suffisamment solide pour assurer un spectacle total, bien loin du blockbuster décérébré que certains s’entêtent à y voir. Suicide Squad est un actioner fun et explosif avec un casting improbable qui brille de mille feux, tout en offrant quelques révélations niveau performances. C’est également un film avec des personnages immoraux qui partagent une forme de code d’honneur assez louable, des bad guys dont le ou la pire du lot n’est vraiment pas celui pu celle que l’on croit. Mais Suicide Squad est également un film traversé par passablement d’histoires d’amour, toutes plus inattendues, déviantes et étranges les unes que les autres.

Niveau influences, David Ayer ne s’est jamais caché que Suicide Squad était sa version de The Dirty Dozen de Robert Aldrich, même si le film est plus profond qu’il n’y parait. Plus étonnant, l’hommage appuyé au Escape from New York de John Carpenter, ainsi qu’au Ghostbusters de Ivan Reitman et, encore plus évident, au Hellboy de Guillermo del Toro. Je n’oublie pas les emprunts visuels à Baz Luhrmann qui m’ont presque fait croire, en début de film, que le casting allait se mettre à chanter!

Une chose encore, avant d’aborder la deuxième partie de cette review. Je ne pensais pas que Suicide Squad allait subit le même bâchage que le film de Zack Snyder un peu plus tôt cette année; pourtant, c’est à nouveau le cas, bien que différemment. On le sait, en matière de films de super-héros, le public a depuis longtemps adoubé la formule Marvel/Disney (plus Sony et Fox), efficace, claire et ce, malgré une uniformisation grand public de plus en plus préjudiciable à ses franchises sur le long terme. En comparaison, l’univers DC/Warner semble tremblant, mal balancé, bien trop sombre et sans humour.

L’échec commercial de Watchmen, le demi-succès de Superman Returns et le fiasco de Green Lantern n’ont été compensés que par le succès de la trilogie Batman de Christopher Nolan et, dans une moindre mesure, par le Man of Steel de Zack Snyder, ce dernier bénéficiant d’un second souffle depuis la sortie physique de Batman v Superman: Dawn of Justice, bon nombres de voix s’étant fait entendre pour les réhabiliter tous les deux depuis quelques mois, l’année 2016 semblant définitivement appartenir aux héros DC.

On dit que le temps guérit tout, et rien n’est plus vrai en matière de cinéma à grand spectacle, l’incompréhension et la colère des débuts semblant tout doucement faire place à une forme d’acceptation de la proposition d’univers étendu faite par Warner Bros aux amateurs de comic books DC. Qui plus est, avec la saturation qui commence à gagner le genre, la formule de Warner, bien qu’imposée par la force, semble rassembler de plus en plus de fidèles défenseurs, certain(e)s prêts à en découdre pour faire valoir la validité de cette démarche risquée et parfois même suicidaire, vu l’époque aseptisée et conservatrice dans laquelle nous vivons.

Surtout, à la différence de Marvel, l’univers DC, plus vieux de deux décennies, semble plus adulte, plus sombre aussi; la faute à un profil bas et un certain classicisme qui auront presque toujours empêché l’éditeur de tomber dans les pièges de son temps, refusant de trop suivre les modes pour à la place privilégier ses personnages, ainsi qu’une certaine idée de l’édition de comics (les labels Vertigo, Milestones, Helix, Mad). On l’oublie souvent, mais DC demeure l’éternel second éditeur américain pour une seule et unique raison, car il publie tout simplement moins de titres, ce qui ne l’empêche pas parfois de faire jeu égal avec Marvel, ce dernier inondant le marché de ses publications de plus en plus éphémères, ce qu’il est en train de payer cher en ce moment. Mais je digresse.

Au moment où j’écris ces lignes, Suicide Squad vient d’atomiser le box-office du mois d’août, cumulant près de 270 millions de dollars à travers le monde pour ses cinq premiers jours d’activités et ce, malgré des critiques diamétralement opposées, alors que celles pour le film de Snyder étaient globalement négatives. Cette fois, la tendance est bien plus nuancée, pour ne pas dire plus extrême. D’un côté, des critiques larguées et méprisantes, d’une mauvaise foi encore jamais vue, certaines parlant d’un nanar atomique ou se plaignant carrément de ne pas avoir eu le chef d’oeuvre attendu. De l’autre côté, des spectateurs heureux d’avoir passé deux heures fabuleuses au cinéma ou de simplement avoir vu un film différent des adaptations habituelles, certains défenseurs de Suicide Squad (dont je fais partie), n’ayant pas peur de parler d’un feel-bad movie amoral (tuer des gens pour élever sa fille) et immoral (un film de super-vilains, bordel!) et de traiter les gens qui crachent dessus de n’avoir simplement rien compris au concept de base. Et de vanter les vertus d’un film toxique et insidieusement malsain.

Cela étant, dit, il est temps de parler de ce qui se passe dans Suicide Squad. Mais ce sera dans la seconde partie, que je vous posterai d’ici quelques heures, le temps que j’aiguise mes boomerangs et que je retrouve ma licorne en peluche rose!

http://www.suicidesquad.com/

http://www.dccomics.com/

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s