UN PEU DE RESPECT POUR BILL SIENKIEWICZ EST-IL TROP DEMANDER?

"Seriously, is a thank you and a note of credit pushing it?" asks Bill Sienkiewicz, who painted the Dazzler artwork used in a Comic-Con promotion.

Bill Sienckiewicz. Un nom imprononçable que je connais et tente d’écrire juste depuis mon adolescence et le jour béni où j’ai découvert son style graphique révolutionnaire prendre d’assaut les pages d’une série Marvel mainstream du nom de New Mutants. Difficile de décrire le choc visuel que représentait Sienckiewicz dans les années 80, (surtout niveau peinture, car il était pratiquement le seul) mais il fut de la même importance que celui de Frank Miller, avec qui d’ailleurs il collabora.

Si on met de côté ses nombreux travaux alimentaires (couvertures de comics et encrage d’autres dessinateurs), l’oeuvre  de Bill Sienckiewicz comporte quelques climax assez exceptionnels. Pour résumer, on citera Daredevil: Love and War (Scénarisé par Frank Miller), Stray Toasters, Voodoo Child, Big Numbers (scénarisé par Alan Moore et jamais terminé) et, évidemment, son chef d’oeuvre: Elektra: Assassin (scénarisé par par Frank Miller) et probablement l’histoire définitive sur la tueuse ninja.

Et au milieu de tout ça, une infinité de petits travaux pour Marvel, DC et des éditeurs indépendants. Parmi eux, une série de couvertures pour la série mensuelle Dazzler chez Marvel, dont une en particulier, celle de l’épisode 29 publié en 1983.

Cover for Dazzler (Marvel, 1981 series) #29 [Direct Edition]

Un petit aparté pour resituer le personnage s’impose. Alison Blaire (alias Dazzler) est une mutante qui usait ses pouvoirs pyrotechniques pour booster sa carrière de chanteuse disco. Elle fera partie des X-Men un peu plus tard, ce qui explique le clin d’œil qui lui est fait dans le dernier film de Brian Singer et se passant dans les années 80, X-Men: Apocalypse; Scott Summers (Cyclops) montrant la pochette d’un album de Dazzler à Jean Grey (Phoenix) chez un disquaire. Ironie du sort, cette image du film n’apparaît pas dans le cut final cinéma mais a quand même fait le tour du monde sans qu’aucun crédit ne soit indiqué nulle part.

L’illustration de Bill Sienckiewicz appartenant à Marvel et, par contrat, au studio Fox, le clin d’œil aurait pu s’arrêter là, mais visiblement, quelqu’un a pensé que ce serait terriblement cool de presser de faux vinyls 33 tours de la chose et de les distribuer à la Comic-Con 2016 de San Diego. Sans en informer le principal intéressé.

Ci-dessous, le lien de la fausse chronique de l’album par votre serviteur:

https://sadfran.wordpress.com/2016/07/18/dazzler-sounds-of-light-and-fury/

On imagine donc assez facilement l’étonnement de Bill Sienckiewicz (suivi de sa colère) quand une petite foule de fans a commencé à faire la queue à son stand pour lui demander de dédicacer le 33 tours de Dazzler avec sa vieille illustration de 1983!

Comme il le dit très bien depuis l’incident, ce n’est pas une question d’argent (vu qu’il a été payé à l’époque et qu’il savait très bien n’avoir aucun copyright) mais de politesse et de respect. Était-ce trop demander de lui envoyer un mémo pour le tenir au courant de l’usage de son travail? Était-ce trop demander de le créditer quelque part sur le disque en tant qu’illustrateur de la fausse pochette? Et, surtout, était-ce trop demander de simplement le remercier d’une manière ou d’une autre au lieu de l’ignorer et nier que sans lui, il n’y aurait jamais eu matière à tourner une scène dans un film et à en tirer un objet collector distribué dans la plus célèbre convention sur Terre?

Passablement remonté contre la manière de faire de la Fox, Bill Sienckiewicz était prêt à aller demander des comptes à leur stand, avant que des collègues et amis ne l’empêchent de mettre son idée à exécution, le raisonnant au nom de la solidarité entre artistes et de l’intérêt général du médium, sa juste colère ayant le potentiel d’une très mauvaise presse, comme commence à le démontrer de nouveaux articles publiés ici et là depuis la fin de la convention.

Et comme le reconnait humblement l’artiste de 58 ans, il n’espérait même pas que les gens de la Fox sachent qui il est, des officiels et même bon nombres de fans ignorant encore aujourd’hui à quoi il ressemble. L’avantage et l’inconvénient d’être une personne discrète tout en étant légendaire pour quelques dizaines de milliers de personnes disséminées à travers le monde.

Pour conclure, ce que cette triste histoire raconte, c’est le mépris évident des grosses corporations pour leurs employés, qui plus est dans l’industrie du divertissement et de la culture. De Disney à Marvel en passant par Sony ou Konami, il ne se passe plus un mois sans que des artistes de premier plan ne se fassent traiter comme de vulgaires ouvriers, des gens remplaçables qui devraient être reconnaissants d’avoir un travail et qu’on peut abuser et déposséder en un claquement de doigts.

Des artistes de comics Jerry Siegel et Joe Shuster à Jack Kirby en passant par le développeur de jeux Hideo Kojima ou encore la chanteuse Keisha, la liste des artistes abusés est longue et loin d’avoir une fin. Pour ce qui est de Bill Sienckiewicz, si l’outrage dont il a été victime est relativement léger, il est surtout symptomatique de l’inhumanité développée par les grosses corporations.

Imaginez le nombre de personnes qui a travaillé sur le film X-Men: Apocalypse, des scénariste au réalisateur en passant par les acteurs qui ont tourné la scène avec le vinyle et pas une seule pour s’inquiéter de savoir qui est le responsable de l’illustration?! Encore moins pour penser à le créditer plus tard!

Et ensuite, quelqu’un se dit que cette scène coupée était trop cool, qu’il faut communiquer avec pour la promo du film, puis fabriquer des répliques du 33 tours (d’après un fichier image basse définition parce que pas le temps, ni l’envie, de retrouver l’original) pour les distribuer gratuitement dans la convention ultime sur Terre, sans se poser la question de savoir qui est l’auteur de cette foutue pochette??!!

Niveau communication, tu parles d’un échec.

Bill Sienckiewicz demandait simplement d’être crédité, éventuellement qu’on lui dise qu’on l’aime et qu’il n’est pas juste un putain d’exécutant anonyme. Mais vous savez quoi? C’est exactement ce qu’il est pour Marvel et la Fox, un artiste, certes supérieur, mais un artiste quand même, parmi tant d’autres, plein d’autres.

Maintenant que cette triste vérité est établie, il ne reste à ces gens plus qu’une dernière chose à faire pour passer à autre chose: présenter de longues et sincères excuses à Bill Sienckiewicz, lui dire qu’il est important et aimé pour son exceptionnel travail.

Love and respect.

http://www.billsienkiewiczart.com/

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