TENSUI, L’EAU CÉLESTE DE KAZUICHI HANAWA

Publié en 1995 pour la première fois au Japon par Kodansha, Tensui, l’Eau Céleste est un étonnant manga à l’ancienne qui met en scène l’amitié contre-nature d’une courageuse fillette et d’un kappa, cette créature folklorique et aquatique qui ressemble à une sorte de grenouille humanoïde avec des cheveux, ainsi qu’un trou d’eau dans la tête!

Se passant dans un Japon médiéval et campagnard, le manga de Kazuichi Hanawa (La Fille Fantôme, Contes du Japon d’Autrefois) raconte les tribulations fantastiques et parfois très horribles de ces deux amis improbables que sont la petite Natsumé et le kappa. Ensemble, ils découvrent les mystères du monde des esprits, viennent en aide à différentes créatures rencontrées au cours de leurs aventures et affrontent la menace récurrente de démons sans âme.

Ce qui donne lieu à quelques scènes totalement inattendues de pure horreur, la gamine se retrouvant avec un cafard géant dans le dos la vidant de ses forces (mais pas pour la raison que l’on finit par croire) ou encore le chemin de croix que subit sa mère durant une bonne partie du récit. Le climax est certainement atteint dans le deuxième volume de Tensui avec le périple de la fillette aux tréfonds de l’enfer pour sauver sa pauvre maman.

On pourrait penser que Tensui est un énième manga d’horreur d’ont le seul but est de terroriser son monde en allant plus loin que la concurrence. Il n’en est rien, bien au contraire. En voulant raconter son histoire, l’auteur a simplement tenté d’être le plus fidèle possible au matériel original, à savoir les contes folkloriques de la campagne japonaises, mélanges d’aventures fantastiques où le personnage principal est souvent une personne brave et courageuse de basse extraction et qui doit passer des épreuves semblant infranchissables, simplement pour retrouver le status quo de sa vie de tous les jours.

Cet étrange mélange de solides valeurs paysannes (l’effort, l’abnégation, l’amour de la famille et du travail, le courage dans l’effort et le refus de l’abandon, même dans les pires souffrances) mises à mal par les tortures psychologiques de démons sadiques, est aussi inattendu et déstabilisant que rafraîchissant pour un lecteur occidental.

Un effet décuplé par le style graphique de Kazuichi Hanawa, à des années-lumière des standards de l’époque, son trait épais et sans glamour semblant tout droit sortit des vieilles gravures du temps jadis. Aucun personnage n’est vraiment beau ou laid sous sa plume, ce qui leur donne une profondeur inédite, le lecteur devant presque deviner leur véritable nature, se faisant souvent balader par l’auteur et son histoire, bien plus complexe qu’il n’y parait.

Pétrie de culture bouddhique et se passant la plupart du temps à l’ère Heian (794-1185), les mangas de Hanawa sont également très représentatifs d’une certaine école alternative japonais, l’auteur étant considéré comme l’héritier direct de Yoshiharu Tsuge (L’Homme Sans Talent, Betsuri, Numa) et ayant même participé à l’anthologie Comix 2000 de L’Association.

Totalement inadaptable en live de par les horribles tourments subits pas sa jeune héroïne, Tensui, L’Eau Céleste est un véritable petit bijou de la culture nippone qui se doit d’être découvert et apprécié comme il se doit, c’est-à-dire comme une oeuvre unique et remplie d’un humanisme aussi absolu que les maléfices se mettant sur son chemin. Un très manga qui restera.

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