SPIRALE DE JUNJI ITO

Spirale est un manga d’horreur qui fut publié au Japon entre 1998 et 1999, d’abord en épisodes dans Big Comic Spirits, puis sous la forme de trois volumes similaires à sa première édition française par Tonkam en 2002, une intégrale existant depuis 2011 en co-édition avec Delcourt.

Se passant dans une oppressante et poisseuse petite ville de campagne nommée Kurouzu, Spirale raconte la propagation d’un mal profond, indicible et maléfique qui plane au dessus de ses habitants, les corrompant à petit feu en les pervertissant de l’intérieur, finissant par les transformer progressivement en abominations échappant à toute logique, si ce n’est celle d’une spirale.

Ces horribles événements nous sont racontés par l’une de ses propres habitantes, une adolescente nommée Kirié Goshima, cette dernière étant une étudiante du lycée surplombant la ville. Un jour, alors qu’elle attend le train de son ami Shuichi Sato, elle tombe sur le père de ce dernier, accroupi en silence dans une allée sordide et semblant fasciné par une coquille de limaçon collée au mur. Mis au courant, Shuichi lui révèle l’étrange et soudaine obsession de son père pour tout ce qui à attrait aux spirales, lui proposant au passage de fuir la ville en sa compagnie, sentant un malheur proche sur le point de s’abattre sur chaque habitant. Kirié, incrédule, refuse la proposition.

La suite? Il va vous falloir la lire, car vous raconter par le détail toutes les affreuses transformations dont vont êtres victimes les habitants de Kurouzu serait comme vous spoiler la fin d’un excellent film à suspense.

Ce que je peux vous dire par contre, c’est que l’auteur, Junji Ito (Tomié, Tunnel, Black Paradox, Le journal des Chats) signe ici l’une des œuvres les plus radicales jamais produites sous la forme de roman graphique. J’ai tenté de trouver quelque chose de comparable en bande dessinée, mais j’ai eu bien de la peine à ne serait-ce que trouver un ou deux titres capables de rivaliser avec Spirale. Il y a quelques épisodes de John Constantine Hellblazer et de Swamp Thing (chez DC Comics/Vertigo), ainsi que deux ou trois séries bien glauques de Avatar Press (Crossed, Caliban), qui réussissent par moments à égaler cette sensation viscérale d’effroi totale et de corps déformés horriblement, mais jamais rien d’aussi extrême ne m’est passé devant les yeux que les œuvres de Junji Ito.

Et comme il semble plus facile de citer des œuvres nippones malsaines, on peut dire que cette exception est culturelle, le japon ayant bien plus de légendes et de comptes morbides que l’Occident. Surtout, la relative incapacité de la société japonaise à socialiser (encore plus que chez nous, si c’est possible) et à communiquer socialement autrement que par procuration, est sans doute à l’origine, par réaction, de sa capacité à produire du contenu culturel hors-norme et complètement barré. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder leurs publicités, leurs jeux télévisés, leur cinéma de genre et leurs productions animées, pratiquement indépassables par qui que ce soit ailleurs sur Terre.

On ne s’étonnera pas non plus que Spirale soit en quelque sorte une métaphore du capitalisme ou de la drogue, nombre d’événements du récit pouvant être transposés sous la forme d’une lutte des classes face à un mal fascinant qui corrompt tout sur son passage, le tout sous couvert de différentes excuses que chacun(e) trouve pour justifier son addiction et son total abandon à cette dernière, quitte à se transformer en… oh, vous verrez bien.

Considéré comme l’un des maîtres de l’horreur au Japon, Junji Ito avoue bien volontiers ses influences, Howard Phillips Lovecraft évidemment, mais surtout Kazuo Umezu (L’Ecole Emportée, Baptism, Un Autre Monde), proclamé à juste titre comme le dieu du manga d’horreur pour en être le créateur. Mais tout comme son illustre suiveur, Umezu ne s’est pas illustré que dans l’horreur, traitant comme tout bon mangaka de sujets de société aussi triviaux que les adolescents, la famille ou les animaux de compagnie. A ce sujet, je vous recommande vivement Le Journal des Chats dans lequel Junji Ito raconte comment Yon et Mu, ses propres chats, se sont amusés à le terroriser!

A noter que Spirale à donné lieu en 2000 à un film live de Higuchinsky. Bien que très fidèle au manga de Junji Ito, Uzumaki (titre original) ne réussit pas complètement à rendre justice au manga, se contenant de le reproduire platement sans réussir à y ajouter ce qui fait pourtant toute son essence, à savoir ce sentiment de torpeur et de mal profond qui s’échappe de chacune de ses cases, même les plus anodines.

En conclusion, Spirale est une oeuvre terminale à ne pas mettre entre toutes les mains mais qui s’avère aussi fascinante à lire que les formes circulaires envoûtant les pauvres habitants de la petite ville de Kurouzu.

http://www.editions-delcourt.fr/serie/spirale-integrale.html

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