MIDNIGHT SPECIAL DE JEFF NICHOLS

Quatrième film pour Jeff Nichols (Shotgun Stories, Take Shelter et Mud), réalisateur indépendant américain de trente-sept ans qui ne cesse d’impressionner depuis ses début en 2007.

Retrouvant son acteur fétiche Michael Shannon (Bug, Man of Steel, Elvis and Nixon), Jeff Nichols nous emmène dans un étrange road-movie (toujours sous influence Terrence Malick pour sa retranscription des vastes espaces) dont on ne racontera pas trop la trame de départ, de peur de gâcher un grand moment de cinéma à ceux et celles qui ne savent encore rien de son contenu.

Midnight Special fait partie de ces films qui se découvrent progressivement en cours de route, toutes ses pièces se mettant en place les unes après les autres pour former une bien plus grande image que celles que laissait supposer sa bande-annonce (deux hommes trimbalant un mystérieux enfant à travers les States avec passablement de monde à leurs trousses).

Parlons-en un peu de cette bande-annonce, car c’est un modèle du genre, même si elle en révèle quand même un peu trop à mon goût. On y découvre Michael Shannon et Joel Edgerton (Warrior, Strictly Criminal, Loving), transportant un jeune garçon nommé Alton (fascinant et prometteur Jaeden Lieberher) à bord d’une Chevrolet 72 toute pourrie. La suite révèle les autres intervenant de l’histoire (Adam Driver, Kirsten Dunst, Sam Shepard), ainsi que passablement de détails visuels révélateurs de la véritable nature du jeune Alton, ces derniers propres à déclencher l’hystérie de la communauté geek sur les réseaux sociaux.

Hélas, on sait que ce ne fut pas le cas, Midnight Special ayant été totalement occulté par un autre film avec Michael Shannon (son double en silicone surtout) et mettant en scène la rencontre tant attendue entre un extra-terrestre et un détective masqué. Warner Bros (distributeur des deux films) ayant opté pour une sortie confidentielle du premier dans 500 misérables salles, les rares chanceu(ses)x à l’avoir vu (et qui auront fait le lien avec le blockbuster de Zack Snyder) auront eu de quoi s’énerver.

Toute proportions gardées, Midnight Special est un croisement parfait entre Starman de John Carpenter et Close Encounter of the Third Kind de Steven Spielberg, soit un film exceptionnel (et appelé à devenir un classique du genre) qui a été sacrifié pour permettre à Warner Bros de capitaliser sur un film de super-héros, certes de bonne facture, mais cinématographiquement inférieur (et de loin) à celui de Jeff Nichols.

Les mauvaises langues pourraient argumenter que le côté cinéma indépendant de Jeff Nichols n’est pas très vendeur, pourtant, ça n’a pas empêché Mud de récolter trente-deux millions de dollars dans le monde, qui plus est avec une distribution indépendante. A la vision de Midnight Special, l’argument ciné indie chiant et austère ne passe pas, le film étant palpitant, passionnant, rempli de performances d’acteurs (Adam Driver est au niveau du génial Jeff Goldblum dans la franchise Independence Day) et doté d’effets spéciaux proprement sidérants.

La triste réalité, c’est qu’à l’instar d’autres films uniques et clairement supérieurs à ce qui se fait dans le même genre (Green Room, Donnie Darko, Control ou encore Franklyn), Midnight Special n’a pas été compris par son distributeur et encore moins par la communauté à laquelle il était censé plaire, cette dernière préférant déverser sa haine sur le film de Zack Snyder, ignorant presque totalement celui de Jeff Nichols.

Une injustice qui n’empêchera pas cette oeuvre puissante (et sidérante par sa conclusion) de trouver son public dans les mois et années qui viennent. Sa sortie physique, ainsi que sa première diffusion télévisée, devraient déjà passablement participer à sa réhabilitation dans un premier temps.

Une chose que j’ai remarqué avec Midnight Special, c’est que le film, bien que se passant à notre époque, semble tout droit sortir du passé. Il y a d’abord la musique de David Wingo (compositeur attireé de Jeff Nichols), qui fait beaucoup penser à celle de John Carpenter. Ensuite, il y a la Chevrolet 72 au début du film. Mais surtout, et ça, il n’y a que moi pour le voir, Alton (Jaeden Lieberher) lit des comic-books introuvables en 2011. Offerts par Lucas (Joel Edgerton), les trois ou quatre fascicules que le jeune garçon lit de nuit dans la voiture à l’aide d’une lampe-torche (clin d’œil à E.T.) sont New Teen Titans de Marv Wolfman et George Perez, ainsi que Superman par John Byrne. Outre le fait que ce soient des publications DC (Warner Bros oblige), ces titres datent surtout du milieu des années 80, ce qui n’est probablement pas un anachronisme involontaire. A cela, on rajoutera une ambiance générale qui fait fortement écho à Stranger Things, la nouvelle série Netflix dont tout le monde parle. Encore une bonne raison de découvrir ce film si vous l’avez raté en salles cette année.

 

http://www.midnightspecialmovie.com/

 

 

 

 

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