MAX AND DAVE FLEISCHER’S SUPERMAN

Aussi connu que le Metropolis de Fritz Lang ou le King Kong de Schoedsack et Cooper, le Superman de Max et Dave Fleisher est une date dans l’histoire de l’animation américaine et mondiale. En effet, en 1941, personne n’avait jamais mit autant de moyens, financiers et créatifs, dans une série d’animation. Et cela se voit, les neuf épisodes produits par Fleisher Studios (tout comme les huit suivants, produits sous le nouveau nom de Famous Studios) possédant une patine exceptionnelle qui les place pratiquement au même niveau à l’époque que les productions cinématographiques du studio de Walt Disney, maître-étalon du genre depuis son fabuleux Fantasia de 1940.

Basée sur le comic-book crée en 1938 par Jerry Siegel et Joe Schuster pour Detective Comics Inc. (anciennement National Allied publications et DC Comics dans un futur lointain) la série d’épisodes de Superman voit le jour en septembre 1941, cette période de quelques années avant et après représentant aujourd’hui l’âge d’or de l’animation américaine.

Distribué par Paramount, (instigateur du projet car désireux de capitaliser sur le succès du comic-book), Superman se voit proposé en complément de programme au cinéma, s’intercalant entre les news, le serial et le film de la soirée. Le succès est immédiat, tant la qualité de l’ensemble est au rendez-vous, les épisodes (de 8 à 10 minutes chacun) étant de véritables machines à rêver, surtout pour un pays  venant de rentrer de plein pied dans la seconde guerre mondiale.

Et pourtant, ce miracle d’animation faillit bien ne jamais avoir lieu. Venant de finaliser Gulliver’s Travels et étant déjà en pleine production de Mister Bug Goes to Town (oh oui, vous les avez vus, même si vous ne vous en souvenez plus!), Max et Dave Fleischer, bien conscients qu’un nouveau projet risquait de les surcharger et de compromettre l’ensemble, s’opposa habilement à la demande de Paramount, réclamant quatre fois le budget qui fut le leur quelques années plus tôt pour la série Popeye the Sailor. Mais Paramount finit par accepter, au grand désespoir des deux frères, désormais liés à un projet qu’ils tentaient d’éviter à tout prix! inutile de préciser qu’un nouveau standard de qualité à été crée cette année-là.

Et ainsi, l’on vit Superman pour la première fois voler (il ne faisait que sauter dans les comics, ce qui explique la scène dans le film Man of Steel), sauver Lois Lane, affronter un savant fou, des monstres mécaniques, un géant arctic, un télescope magnétique ou encore un volcan en éruption! Le tout en utilisant les méthodes les plus innovantes de l’époque, comme la rotoscopie (ancêtre de la motion capture) qui rendait les personnages si vivants.

Les épisodes, je l’ai déjà dit, furent accueillis par un public à l’unisson, récoltant nombre de nominations et de prix et acquérant rapidement un statut d’exception qui résulta à leur diffusion permanente jusqu’à nos jours, tout le monde (ou presque) ayant vu un jour ou l’autre à la télévision l’un de ces dix-sept épisodes mythiques, leur souvenir étant aussi indélébile que le premier Tom and Jerry ou le premier Droopy.

Bien que les huit derniers épisodes soient techniquement toujours des cartoons Fleischer, ils sont surtout des productions Paramount, le studio ayant racheté l’affaire et éjecté les deux frangins récalcitrants.

Le résultat de cette procédure quelque peu sèche donnera une toute autre dynamique à la seconde série, la science-fiction et la fantasy laissant la place à des aventures tournant autour de la seconde guerre mondiale et sentant bon la propagande. Bien que toujours aussi beaux, on est légitimement en droit de préférer les neuf épisodes des frères Fleischer à ces productions quelque peu racistes et surfant sur des valeurs qui n’ont jamais été celles de l’homme d’acier.

Et oui, ce sont bien ces neuf épisodes qui ont massivement influencé la série animée Batman de 1989, puis la série Superman de 1996. On pourrait encore parler de Hayao Miyazaki via Lupin III et le Château dans le Ciel ou encore de Kerry Conran et de son fascinant Sky Captain and the World of Tomorrow. Et faut-il encore citer The Iron Giant de Brad Bird?!

Massivement distribuée en vhs, dvd et maintenant blu-ray, la série Superman originale est pourtant loin d’avoir été éditée dans les règles de l’art. De par le fait qu’elle est tombée dans le domaine public, à peu près n’importe qui s’est sentit obligé de se faire de l’argent sur son dos, l’éditant n’importe comment et sans se soucier de sa valeur inestimable. C’est pourquoi on la retrouve sous des packagings d’une laideur repoussante  et ne correspondant pas à son contenu (le design pour les kids est tellement inapproprié), que certaines éditions sont des copies de formats inférieurs (genre vhs passée en dvd ou encodages internet), que certains épisodes sont censurés ou simplement manquants.

Mais le plus grand souci, dans nos pays francophones, c’est la quasi-impossibilité de trouver ces cartoons autrement qu’en français!  Même Bach Films, pourtant spécialiste de ce genre de réédition, n’a pas été fichu d’obtenir les versions originales (désormais payantes car appartenant à Warner Bros), préférant éditer les épisodes en français, ceux qu’on trouvent dans les hyper-marchés pour cinq euros. Un crime artistique qui sera, je l’espère, un jour réparé.

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