JOHN CARPENTER, LIVE AU THÉÂTRE DU PASSAGE, NEUCHATEL

On le sait depuis Ghost of Mars (2001) et The Ward (2010), John Carpenter a quelque peu perdu son mojo, usé par une industrie qui ne comprend rien à son cinéma et dépassé par une époque qui ne permet plus à son style old school de s’épanouir dans des conditions dignes de lui.

C’est pourquoi la sortie de  »Lost Themes » en 2015 et de  »Lost Themes II » en 2016 se sont avérées libératrices pour l’américain de 68 ans, ces musiques de films jamais utilisées (et réenregistrées pour l’occasion) s’avérant en tout point fascinantes et révélatrices de l’autre grand talent de John Carpenter, l’un des seuls réalisateurs à écrire et jouer ses propres scores.

Mais le plus incroyable dans cette histoire, c’est que Carpenter, accompagné de son fils Cody (qu’il a eu avec Adrienne Barbeau, son ancienne femme et égérie), de son filleul Daniel Davis (guitariste rock de haute volée et fils de Dave Davis des Kinks) et d’un vrai groupe, se sont embarqués depuis quelques mois dans une tournée mondiale pratiquement sold-out. Il suffit de voir les vidéos sur internet pour comprendre que cette aventure est en train de transformer le légendaire réalisateur en rockstar ultime, ce dernier ayant influencé bon nombres d’artistes electro durant les dernières décennies, de Kavinsky à M83 en passant par Scratch Massive, Perturbator, Double Dragon, Air ou encore Justice et Daft Punk, pour ne citer que les plus connus.

Mettant en pause sa tournée américaine (la date de Neuchâtel s’intercalant entre celles de Dallas et New York !) rien que pour le NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival), John Carpenter et ses boys viennent donc faire retentir le théâtre du Passage avec leurs compositions cinématographiques revisitées en mode rock’n’roll.

Déboulant sur scène à la suite de son groupe, John Carpenter (bras levé et signe du diable) s’installe devant son synthétiseur pour démarrer sur  »Escape from New York », un titre très rock qui prend tout son sens avec les images informatisées du générique qui apparaissent au fond de la scène sur l’écran géant, accompagnant le thème très rock et introduisant le concert de la meilleure façon qui soit.

 »Assault on Precinct 13 » arrive juste après, tout aussi percutant, mais peut-être plus par ses images que par sa musique, cette dernière s’avérant ultra efficace et bien dans la veine de la touche Carpenter que l’on connait. Ce dernier semble d’ailleurs plus en forme que jamais, jouant avec le public comme un gosse.

Tournant quand même pour promouvoir ses Lost Themes, le groupe va en jouer quelques-uns, nous invitant à découvrir des titres comme le léger et atmosphérique  »Vortex » ou encore le psychédélique  »Mystery », ce dernier semblant avoir été emprunté aux Goblins, groupe bien connu des scores des premiers films de Dario Argento.

Jamais fumée artificielle n’aura été aussi menaçante que celle qui s’élève de la scène durant le thème de  »The Fog », montant vers nous lentement (la salle étant fortement en pente) tandis que le piano de Cody Carpenter nous tétanise sur nos sièges.

Le thème de  »They Live » démarre et s’arrête presque aussitôt, les six musiciens prenant le temps de mettre leurs lunettes noires, tandis que les messages bien connus du film défilent sur l’écran géant. Un thème très western qui rappelle étrangement la musique de Angelo Badalamenti sur la série Twin Peaks.

Seul score écrit par un autre (en l’occurrence Ennio Morricone), The Thing nous installe immédiatement dans une ambiance inquiétante et froide, les images, gores au possible, semblant presque décalées par rapport à la musique. Pourtant, aucun autre score ne pourrait aussi bien retranscrire la paranoïa qui s’échappe de ce chef d’oeuvre du genre.

Autre extrait de Lost Themes II,  »Distant Dream », suivit par  »Big Trouble In Little China », le groupe venant nous rappeler à quel point la musique de cet hommage au cinéma chinois (et en avance sur son temps) était forte et dynamique, s’inscrivant dans les thèmes les plus reconnaissables du maître.

Autres Lost Themes joués,  »Wraith » et  »Night », dont un clip fut tiré pour ce dernier, montrant John Carpenter arborer un casque de réalité virtuelle pour évoluer dans une grande ville de nuit. Dommage que les images, à l’instar des extraits de films illustrant chaque thème, n’aient pas été projeté en même temps.

Pour introduire le prochain thème, Carpenter nous sort sa déclaration de foi, nous rappelant qu’il a toujours réalisé des films d’horreur, qu’il les a toujours aimés et que ces derniers seront toujours là, à jamais, ce à quoi la foule répond par des tonnerres d’applaudissements, ces derniers redoublant tandis que le thème de  »Halloween » résonne enfin, joué par Cody Carpenter, bientôt suivi par le reste du groupe. Le climax de la soirée pour les fans que nous sommes, les larmes n’étant pas loin.

Film quelque peu sous-estimé dans la filmographie de Carpenter,  »In The Mouth of Madness » n’en demeure pas moins une pierre angulaire de son cinéma, son thème principal s’avérant qui plus est terriblement efficace. Un film dantesque à réévaluer d’urgence pour celles et ceux qui ne seraient pas familiers avec.

J’en profite pour faire un petit aparté sur  Daniel Davis, filleul de John Carpenter et guitariste extraordinaire dont le jeu donne une dynamique totalement rock à l’ensemble. Le voir s’échiner sur les thèmes les plus endiablés de son parrain (et père de substitution) m’a rappelé pourquoi j’aimais autant le travail de ce dernier, son cinéma étant le plus rock’n’roll qui soit.

Le groupe quittant la salle sous un tonnerre d’applaudissements après une petite heure de concert, il semblait naturel qu’il revienne pour quelques rappels.

Plus lourd que dans ma mémoire, le thème de  »Prince of Darkness » vient rappeler à quel point le film baigne dans une ambiance morbide de menace permanente. Certainement la composition la plus sombre de toute l’oeuvre Carpenterienne.

L’extraordinaire  »Virtual Survivor » et l’éthéré  »Purgatory » seront les derniers Lost Themes joués ce soir, marquant bien la volonté de maestro de ne pas trop s’appesantir dans son glorieux passé, le futur lui tendant les bras.

Carpenter introduira l’ultime thème de la soirée par un message de prévention à toutes celles et ceux qui rentrent en voiture, car  »Christine » est dehors ce soir. Le public devient fou une fois de plus et le thème légendaire se met à résonner dans la salle, avant que des images de la Plymouth Fury n’apparaissent sur l’écran géant.

C’est fini, le triomphe est total, la salle est debout. John Carpenter nous salue une dernière fois du signe du diable et repart avec son groupe pour de nouvelles aventures. On ne peut qu’envier leurs prochains publics qui vont vraiment en prendre plein les yeux et les oreilles lors de la suite de leur tournée mondiale. Trop court, trop bon. Heil Carpenter!

http://www.theofficialjohncarpenter.com/

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