JOHN LYDON : ANGER IS AN ENERGY

Après une première autobiographie (Rotten: No Irish, No Blacks, No Dogs) publiée en 1996 et écrite pour mettre un terme à toutes les contre-vérités et idées reçues sur les Sex Pistols, John Lydon nous revient une seconde fois (à 18 ans d’intervalle, comme le premier livre l’était de son contenu) afin de nous raconter la même histoire (en plus long), revue et corrigée par un homme proche de la soixantaine et qui a depuis réactivé son second groupe légendaire: Public Image Limited.

Faisant près de deux fois la longueur du précédent bouquin, ce gros pavé de plus de 700 pages reprend tout depuis le début, renonçant au règlement de comptes de l’époque (les diffamations de l’ancien manager Malcolm McLaren, de sa femme Vivienne Westwood, ainsi que des membres de ses deux anciens groupes) pour raconter une histoire à peine différente mais bien plus intéressante. S’en tenant cette fois exclusivement aux faits et gardant sa colère pour ceux et celles qu’il avait oublié la première fois, John Lydon se révèle bien plus pertinent et intéressant que dans son premier bouquin, nous révélant enfin toute la vérité sur le mouvement punk qu’il a largement contribué, si ce n’est à créer, du moins à faire perdurer.

Mais avant de tout reprendre par le début, il convient de rappeler d’où vient celui qu’on appellera un jour Johnny Rotten.

Fils d’immigré irlandais, né et élevé dans un quartier pauvre du nord de Londres, John Joseph Lydon, de par la proximité du stade de foot de l’équipe de Arsenal,  devient un supporter dès l’âge de quatre ans, appartenant à un gang de quartier et contractant à l’âge de sept ans la méningite en jouant dans la rue, le contact des flaques d’eau contaminées par les rats ne lui laissant aucune chance. De pas sa maladie, il se rapprochera de sa mère, elle aussi régulièrement souffrante mais pour d’autres raisons. La manière dont il en parle, ainsi que de son père, ayant bien plus de conflits avec ce dernier, trahit un fils aimant pour qui la famille n’était pas une vague notion, bien au contraire, comme on l’apprendra bien plus loin dans le livre.

Durant son adolescence, il découvrira Alice Cooper, Captain Beefheart ou encore Iggy and the Stooges. Quelque peu asocial, il prendra très mal le fait que sa mère puisse également apprécier (comme lui) des artistes tels que Gary Glitter ou T-Rex, les infériorisant pour se démarquer d’elle. Viré de l’école à quinze ans, il rencontrera un certain John Simon Ritchie au collège, qui deviendra Sid Vicious quelques années plus tard. Cet ami unique, dont John a quelque part scellé le destin en faisant la connerie de lui présenter Nancy Spungen, reviendra à plusieurs reprises dans le bouquin. Ne prenant pas de pincettes avec ce dernier, il n’arrive pourtant pas à camoufler la profonde amitié qu’il semble toujours lui vouer.

Même chose, à un différent degré avec Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, son futur manager et la patronne de la boutique SEX, le couple maléfique qui a vendu le punk au monde. Lydon ne les épargnent pas, énonçant quelques vérités indiscutables et ne se gênant pas pour en rajouter une couche, presque admiratif de l’incompétence du premier et de l’inhumanité de la seconde. Et pourtant, malgré tout ça, il ne peut s’empêcher de les respecter.

Tout comme il respecte les autres membres de son boysband: Steve Jones, Paul Cook et Glen Matlock (ce dernier ayant été remplacé par Sid Vicious), des mecs qui l’ont pourtant tout de suite prit de haut, le surnommant Rotten à cause de ses dents pourries (le douloureux passage sur la réparation de ces dernières des décennies plus tard est d’ailleurs édifiant) et ne l’ayant jamais soutenu tout le long de leur aventure commune. Une attitude qui se reproduira d’ailleurs lors des reformations du groupe.

Deuxième autobiographie aidant, nous avons enfin droit à l’histoire complète de Public Image Limited, totalement fascinante car racontant la métamorphose de Johnny Rotten en John Lydon. Un John Lydon, féru de reggae et qui va partir en Jamaïque pour signer quelques noms légendaires pour le président de Virgin Records, Richard Branson, puis produire sa propre musique, signant deux tubes planétaires au passage.

La constatation qui ressort de ces deux aventures en plusieurs temps (PIL s’étant arrêté à cause de pressions autant professionnelles que familiales avant de recommencer deux décennies plus tard), c’est qu’au travers des différents changements d’époques et de personnels (seul la position du garde-du-corps, manager et ami Johnny Rambo Stevens demeurant constante), John Lydon s’est avéré une personne conciliante au possible, un vrai mec arrangeant, bien loin du connard no-future que l’on a dépeint si souvent.

On parle quand même d’une punkstar légendaire qui vit depuis quarante ans avec Nora, une femme vingt ans plus âgée que lui, qui a mit sa carrière en veille pour élever les jumeaux de sa belle-fille (Ari Up des Slits) et qui a connu deux fois la gloire planétaire avec deux groupes totalement différents, une partie du public ne faisant toujours pas le lien entre les deux!

Voila un homme qui a toujours vécu avec une constante curiosité du monde qui l’entoure, refusant le cloisonnement social pour embrasser la diversité ethnique. Collaborant avec des artistes de tous les horizons, participant à des émissions de télé-réalité, soutenant des associations caritatives et humanitaires, présentant des émissions musicales et animalières, John Lydon n’a jamais eu peur d’être incompris, l’étant depuis toujours. Comme lorsqu’il accepta de tourner une publicité pour une marque de beurre anglais, faisant grimper ses ventes de 85%. Et, bien sûr, il lui fallut encore une fois s’expliquer devant des connards de sois-disant punks qui n’étaient même pas nés lorsqu’il leur permit de porter les docks qu’ils ont aujourd’hui aux pieds.

Rempli d’anecdotes sidérantes et de moments de franchise qui font parfois froid dans le dos, Anger is an Energy s’avère au final le grand livre que la scène et le mouvement punk attendaient depuis quarante ans. Grace en soit rendue à John Joseph  »Johnny Rotten » Lydon, sans l’ombre d’un doute notre roi à toutes et tous.

http://www.johnlydon.com/jlhome.html

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