CHOCOLAT DE ROSCHDY ZEM

 

Très librement inspiré par le livre  »Chocolat, clown nègre », ce film français de Roschdy Zem souffre des mêmes problèmes que le fameux biopic sur Edith Piaf: La Môme, à savoir de très grandes libertés par rapport à la réalité historique et une volonté de raconter une grande histoire du siècle passé en s’affranchissant quelque peu des réalités historiques pour mieux coller au public de notre époque, partant du principe que ce dernier est incapable de se mettre à la place de personnages évoluant et s’exprimant comme il y a un siècle en arrière.

Difficile pourtant de critiquer une telle entreprise de réhabilitation, il est quand même ici question de Rafael Padilla, le premier grand artiste noir et, même si son histoire ne s’est pas déroulée ainsi, elle est suffisamment juste pour mériter d’être suivie et appréciée. Il faut juste se dire que ce qui nous est montré à chaque scène était certainement moins glamour à l’époque. Pour cela, il suffit de se rappeler que Miles Davis risquait sa liberté à chaque fois qu’il conduisait une voiture de luxe, et ce n’était pas il y a un siècle!

Parlons maintenant de l’acteur principal, le grand Omar Sy (d’ailleurs bien deux têtes plus grand que Rafael Padilla). Chocolat est certainement son plus grand rôle depuis Intouchables (On oubliera sa sous-exploitation dans X-Men: Days of Future Past), donnant de sa personne comme jamais au travers d’une performance d’acteur qui dépasse de loin ses rôles précédents, Intouchables y-compris.

Mais malgré ces efforts louables, la personnalité de l’acteur, ainsi que sa voix, ses mimiques et son background, sont bien trop ancrées dans notre époque pour que l’on puisse croire vraiment à son personnage. Il semble presque jouer son propre rôle, ne devenant Rafael Padilla que dans les moments les plus sérieux et sombres du film, ce qui est un peu dommage car il n’y a rien de pire que ce côté on-off chez certains acteurs.

A l’inverse, son acolyte James Thierrée (George Foottit, le clown blanc) est bien plus réaliste et semble vraiment tout droit sortit de l’époque où se passe le film, son jeu ne ressemblant à rien de ce que l’on peut voir dans les fictions contemporaines. Dans le rôe du clown Foottit, il représente bien la dureté des hommes de cette époque, s’acquittant de ses représentations comme un ouvrier émérite mais un ouvrier quand même.

L’ellipse narrative finale, aussi frustrante qu’inutile, termine d’enterrer le film dans le pathos le plus absolu, nous laissant spectateurs d’une finalité presque aussi abjecte que celle du film sur Edith Piaf. Un manque de tact et de bon sens narratif qui n’aura pas empêché Chocolat d’être un grand succès populaire, recyclant au passage une certaine forme de racisme colonialiste pour en arriver là.

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