STAN LEE (CONCLUSION)

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Avant de parler des apparitions de Stan Lee dans les films Marvel, je me suis amusé à me rappeler de ses dernières créations les plus significatives entre les années 90 et aujourd’hui. En effet, je me suis rendu compte, à la relecture des précédents chapitres, que j’avais quelque peu occulté ces dernières décennies, tout simplement parce qu’elles n’étaient guère intéressantes ou qu’elles n’apportaient pas grand chose à l’héritage de ce dernier. Et si notre homme aura continué à plagier son monde jusqu’à la fin, il demeure quelques œuvres qui méritent d’êtres découvertes, dont une en particulier qui ne manquent pas de piquant.

Au début des années 90, Marvel Comics avait lancé une ligne futuriste se passant en 2099. On y retrouvait des personnages-maison tels Spider-Man, The X-Men, Doom ou encore The Punisher.  Avec Ravage 2099 (dessiné par le regretté Paul Ryan), Stan Lee signait non seulement son retour sur une série mensuelle mais en plus la création d’un personnage original, ce dernier n’étant pas une version futuriste d’une héros connu.

Enfin, pas un personnage Marvel en tout cas, Paul-Phillip Ravage étant la copie conforme de Grimjack, un héros post-apocalyptique crée en 1983 par John Ostrander et Timothy Truman pour First Comics. Totalement culte pour bon nombre de fans de comics indépendants, Grimjack aura été une des dernières victimes du système Stan Lee chez Marvel.

Pour la petite histoire, c’est Steve Ditko qui aurait dû être le dessinateur de Ravage 2099. En effet, bien que fâché avec Stan Lee depuis deux décennies, le co-créateur de Spider-Man (qui revenait épisodiquement chez Marvel pour dessiner des titres tels que Machine Man, Captain Universe ou encore Speedball) avait accepté de rencontrer son ancien acolyte pour discuter d’une nouvelle collaboration, refusant finalement ce projet qu’il considérait comme problématique.

Avec la mini-série The Sentry de 2000, racontant le retour d’un super-héros oublié (et totalement pompé sur Superman), Stan Lee se voit complice de l’une des plus jolies manipulations de l’époque, le scénariste Paul Jenkins (avec son autorisation et sa participation) créant de toutes pièces un super-héros vintage en le faisant passer pour une création perdue de Stan Lee! Une imposture qui ne manque pas d’ironie et qui montre bien le côté intouchable de la superstar de Marvel, sa propre compagnie jouant avec le mythe de ses  »créations » passées.

Mais cette bonne blague atteint son paroxysme en 2001 quand rien de moins que DC Comics (visiblement très amusé par The Sentry) décide d’engager Stan Lee, l’homme qui leur a tout emprunté depuis 1961, afin de scénariser une série de comics sobrement intitulés: Just Imagine: Stan Lee. Cette opération montra bien à quel point personne n’était dupe chez DC et surtout combien cela était accepté et assimilé depuis le temps.

Véritable bizarrerie éditoriale, les 13 volumes de Just Imagine (dessinés par quelques pointures tels Walter Simonson, Jim Lee, John Byrne, Dave Gibbons, Joe Kubert ou encore John Buscema) nous donnent à penser que Stan Lee ne s’est pas trop foulé dans l’ensemble, transformant Catwoman en Black Widow ou encore Green Lantern en Dr. Manhattan.

Ironie de la chose, ce monde alternatif, une fois devenu obsolète, sera totalement annihilé quatorze ans plus tard dans le crossover Convergence, l’ensemble de ses héros se faisant massacrer en l’espace de deux cases. Stan Lee ne fera aucune remarque à ce sujet.

On imagine bien certaines discussions d’exécutifs et d’artistes au cours des décennies, autant chez DC que chez Marvel, ce qui pourrait donner quelque chose comme:

 »Stan Lee n’a jamais rien inventé de sa vie! » –  »C’est un génie de la communication et du marketing! » –  »Ce n’est qu’un recycleur des idées des autres! » –  »La belle affaire… qui se souvient d’eux?! » –  »Il s’est approprié des personnages qui ne lui appartenaient pas!! » –  »Peut-être, mais il les as sublimés comme personne! » –  »Ce n’est qu’une marque!! » –  »Tout ce qu’il touche se transforme en dollars!! » –  »Ce qu’il fait n’est pas très éthique!!! » –  » On s’en fiche, ce ne sont que des comics et le monde entier l’adore!!! »

Pardon, je ne fais ici que spéculer sur des choses qui n’ont peut-être jamais existé. On va dire que c’était ma petite récréation après toutes ces heures d’écriture. Surtout que la suite fait un peu mal à la tête.

Revenons à 2001, année de création de POW! (Purveyors Of Wonder), société co-fondée par Stan Lee (avec Gill Champion et Arthur Lieberman) après la débâcle Stan Lee Media. Développant des films live (Lightspeed) et animés (The Condor, Mosaic) directement en vidéo, mais aussi de la télé-réalité (Who Wants to Be a Super-Hero?), POW! sera également le berceau de la franchise Mighty 7, une équipe de super-héros totalement indigeste qui, après bien des tractations infructueuses, termina sa trajectoire au bout de trois comics et d’un épisode animé d’une heure, le tout sortit en 2012.

Bien que totalement oubliée par l’histoire, Mighty 7 n’en demeure pas moins un énième plagiat de Stan Lee, les personnages principaux étant des copies évidentes de membres célèbres de Legion of Super-Heroes, une série légendaire de DC Comics.

Entre-temps, POW! se sera associé à Boom! Studios en 2010 pour lancer trois séries de super-héros (Soldier Zero, Starborn et The Traveler) guère originaux mais très agréables à lire. Crédité en tant que créateur, Stan Lee sera pourtant assisté par de véritables scénaristes (Paul Cornell, Chris Roberson et Mark Waid) sur les trois titres qui dureront douze épisodes chacun.

Malgré avoir été condamnée par la Court Fédérale de Los Angeles en 2009 pour avoir transferré illégalement des fonds bloqués de Stan Lee Media pour lancer POW!, la société continue de nos jours à créer du contenu original et multimédia, s’associant aux quatre coins du monde pour des projets divers et la plupart du temps à court terme.

Afin de recentrer au maximum sur Stan Lee, j’ai volontairement omis de parler de toutes les plaintes, escroqueries et autres poursuites judiciaires qui émaillent l’histoire de Stan Lee Media et POW! La raison principale est qu’elles sont juste trop nombreuses et donnent un peu trop l’impression d’avoir affaire à une bande de mafieux tentant, maladroitement, de se faire passer pour de véritables businessmen. Le meilleur exemple étant la tentative (infructueuse, vous vous en doutez bien) des ayant-droits de Stan Lee Media d’extorquer des millions de dollars à Marvel Comics pour la co-création de leurs plus fameux personnages. On ose à peine imaginer l’embarras de Stan Lee face à cette situation ridicule et embarrassante.

Que Stan Lee puisse avoir de mauvaises fréquentations professionnelles n’est pas véritablement intéressant en soi. Ce qui l’est plus par contre, c’est de savoir que Marvel lui verse un salaire annuel de plus d’un million de dollars sans que personne ne sache vraiment pourquoi.

J’en arrive donc enfin au cinéma.

Inaugurée en 2000 avec le film X-Men, la carrière de figurant de Stan Lee commença par un rôle de vendeur de hot-dogs sur la plage. Elle se poursuivra dans Spider-Man (sauvant Mary-Jane sur le balcon), puis Daredevil (Matt Murdock le sauvant à son tour d’un accident) et Hulk (Stan Lee parlant à Lou Ferrigno!). Dans Fantastic Four, il jouera le facteur Willie Lumpkin, alors que dans Iron Man, ce sera Hugh Heffner, son vieil ami de Playboy. Pour Thor, il sera l’infortuné conducteur désirant déplacer son marteau enchanté, tandis que pour Captain America, il jouera un vétéran de l’armée. Joueur d’échecs dans The Avengers, vieux dragueur dans Guardians of The Galaxy, il apparaît même dans Big Hero 6, histoire de rappeler que ce film d’animation était une adaptation (très libre) d’un comic Marvel. Plus récemment, on l’aura vu barman dans Ant-Man et surtout patron de strip-club dans Deadpool (son meilleur rôle!), sans compter toutes les suites que la majorité de ces franchises ont connues.

Commencée comme un hommage à leurs co-créateur, cette tradition s’est depuis étendue à des franchises auxquelles Stan Lee n’a pas contribué (Guardians of The Galaxy, Big Hero 6, Deadpool), sans oublier Captain America, création de Joe Simon et Jack Kirby s’il fallait encore le rappeler.

Au total, Stan Lee n’aura traversé l’écran qu’une dizaine de minutes durant ces seize dernières années, devenant rien de moins que le caméo le plus célèbre du cinéma, des millions de spectateurs exultant à chaque film Marvel dès qu’ils le voient. Le fait qu’il soit producteur exécutif de la grande majorité de ces films (depuis 1990 et la sortie directement en vhs du premier Captain america) laisse également peu de doutes sur la nature spontanée de l’entreprise.

Cette image rassurante de vieux monsieur détenteur des clés de l’univers Marvel est aujourd’hui confortée par un plébiscite universel qui se rapproche dangereusement du culte de la personnalité, Stan Lee possédant sa propre convention de comics (Stan Lee’s Comikaze Expo), sa propre oeuvre de charité (The Stan Lee Foundation), des figurines articulées et des statues à son effigie, ainsi que son propre comic! Il est référencé ou apparaît dans toutes les nouvelles séries télévisées Marvel et on peut jouer son personnage dans plusieurs jeux vidéos célèbres. De Big Bang Theory aux Simpsons en passant par Heroes, Stan Lee continue à récolter, par procuration, les fruits du travail de dizaines d’artistes (Kirby et Ditko en tête), pour la plupart oubliés du grand public.

Véritable incarnation du rêve américain, Stan Lee, au même rang que Steve Jobs, mérite probablement un certain crédit pour le travail qu’il a exécuté mais, au final, son héritage est plus au niveau marketing qu’artistique, l’homme s’étant montré génial dans sa ré-appropriation du travail des autres, collaborant avec des génies graphiques pour recycler des idées qui n’étaient pas les siennes, les remodelant pour en faire des succès commerciaux sans précédent.

A la décharge de Stan Lee, il est probable que, même sans avoir été copiées, Doom Patrol, The Fly et Chalengers of The Unknow ne seraient jamais devenues des séries ultra-populaires, ayant perduré jusqu’à aujourd’hui sans faire trop de vagues, tout comme le Daredevil des années 40, récupéré par un éditeur indépendant (Dynamite) ou ce pauvre Salomon Grundy, confiné aux apparitions épisodiques dans les revues DC.

Pourtant, quand on y regarde de plus près, qu’on part à la recherche de tous ces personnages originaux, pour la plupart toujours en activités, on se rend compte d’une chose stupéfiante, c’est que ce sont une magnifique bande de losers, de formidables outsiders, dépossédés de leur hypothétique succès populaire mais pas de leur originalité. C’est un peu leur victoire d’avoir survécu à de  »meilleures versions » d’eux-mêmes.

Pour ce qui est des artistes, tout comme Bill Finger (75 ans pour lui accorder la co-création de Batman avec Bob Kane!), le temps se chargera de rétablir certains mérites, à défaut de vérités, imprimées depuis longtemps et désormais indélébiles. Les fantômes de Jack Kirby, Jack Binder ou encore Arnold Drake attendent tranquillement ce jour de reconnaissance.

On pourrait imaginer que le devoir de réserve qu’affiche Stan Lee depuis des années (le cachant vraiment très mal dans le documentaire In Search of Steve Ditko) finisse par tomber après sa mort, mais il ne faut pas trop se bercer d’illusions, le contrat qui le lie avec Marvel doit certainement avoir des clauses restrictives qui affecteraient durement ses survivants en cas de révélations scandaleuses.

Le seul espoir serait que des bouches se délient enfin, que Steve Ditko, toujours en vie, sorte de sa mystérieuse réserve ou que des anciens employés survivants de Marvel fassent valoir leur droits. Mais c’est hautement improbable, surtout en ce moment, l’industrie des comics étant dans une position des plus délicates, perdant des lecteurs tous les mois et n’arrivant plus à fidéliser sa base à l’heure de la dématérialisation des supports.

Et puis, d’un autre côté, il y a ce vieux monsieur de 93 ans qui reçoit honneur sur honneur, se faisant anoblir et accoler par le tout-Hollywood, répondant à plus d’interviews et signant plus d’autographes que Lady Gaga, dédicaçant jusqu’à sa propre auto-biographie illustrée (véritable objet de propagande par Peter David et Colleen Doran) que lui tendent du bout des doigts des fans en pleurs pour qui c’est le plus beau jour de leur vie.

Comment luter contre autant d’amour aveugle? C’est bien simple, on ne peut pas. Enfin si, on peut. Moi, je l’ai fait en écrivant ce texte. Il est d’ailleurs terminé et c’est comme si je venais de retirer un poids de mon corps. On ne m’y reprendra plus. Stan Lee, c’est mort pour moi, depuis longtemps. Quand je le vois dans un film Marvel, je souris jaune mais ça me fait toujours plaisir de constater que cette vieille fripouille est encore là. Impossible de détester Stan Lee, parce que c’est quand même un peu grâce à lui qu’on a tout ce merdier Marvel aujourd’hui.

Niveaux articles de fond (façon de parler, si j’étais payé pour ça, ce serait moins personnel et bien plus référencé), je comptais en pondre un nouveau sur Bob Kane, mais je vais attendre un peu; il est même possible que je ne l’écrive jamais. Là, ce qui me plairait, c’est d’écrire plein de petites chroniques sur des artistes fabuleux que j’adore (Michael Golden, Jim Steranko, Steve Ditko, Al Plastino, Joe Kubert, Jack Kirby, etc.).

Bref, merci de m’avoir lu. Si vous avez des questions ou que vous n’avez pas compris quelque chose, n’hésitez pas à laisser un message dans les commentaires, je me ferai un plaisir de vous répondre (ou de vous envoyer péter, selon le niveau de ce que vous croyez être la vérité).

Afin de boucler la boucle, je me permet d’emprunter à ce vieux Stan sa si fameuse expression pour vous quitter, vous disant donc: Excelsior!

Mais le mot de la fin restera au roi:

 »I’ve never seen Stan Lee write anything. »

Jack Kirby (1990)

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