GAMERA CONTRE BARUGON DE SHIGEO TANAKA

Partant de l’idée que cinquante ans après, c’est pas du spoil de raconter le début d’un film (même si le début de ce dernier est la suite directe de la fin du précédent!), voici donc Gamera contre Barugon!

Exilé dans l’espace par un stratagème ingénieux l’ayant emprisonné dans une fusée pour la planète Mars, Gamera voit sa déportation quelque peu chamboulée par la rencontre frontale d’une météorite géante, le choc détruisant la prison volante et libérant dans le vide sidéral la tortue atomique. Cette dernière, en mode carapace volante, ne tarde pas à retrouver le chemin de la Terre, préparant sa descente telle une soucoupe volante préhistorique.

Pendant ce temps en Nouvelle-Guinée, de vils chasseurs de trésor se retrouvent confrontés à une tribu africaine (jouée par des comédiens japonais maquillés…) avant de se diriger vers un endroit sacré au cœur de la jungle, finissant par mettre la main (au prix de la mort de l’un d’eux) sur une opale géante. Seul souci, cette dernière se trouve être un œuf de Barugon. La suite est cousue de fil blanc, Gamera, après avoir été une menace pour l’humanité, marchera sur les pas de son illustre inspiration afin de sauver le monde de la destruction.

Sortit une année après le film inaugural, cette réalisation de  Shigeo Tanaka (Le Jour où l’Angleterre tombera) bénéficie d’une innovation de poids: la couleur! Résultat du succès colossal de 1965, cet ajout permet une scène d’introduction dans l’espace de toute beauté, l’explosion de la fusée contre le météore valant déjà le ticket d’admission dans la salle, tout comme l’apparition de la carapace tournoyante en feu de Gamera, absolument saisissante de splendeur.

La jouant un peu à l’économie par la suite, l’histoire de Nisan Takahashi (désormais seul au scénario) part dans l’aventure colonialiste chère aux films hollywoodiens, nous offrant une bonne demi-heure d’aventures dans la jungle avec un trio d’explorateurs odieux (dont un en particulier, joué par le possédé Kôji Fujiyama), sans oublier ces scènes tribales surréalistes qui viennent nous rappeler, s’il le fallait, que le cinéma américain n’avait pas l’exclusivité de ce sordide blackface.

Le second climax étant la naissance de Barugon et l’explosion du navire à peine de retour au port, il ne faut pas longtemps pour que la créature débarque sur terre et ne commence son travail de destruction de la civilisation. Et pendant que l’odieux explorateur est confronté pour son crime (tuant son accusateur au passage), Barugon ne tarde pas à s’en prendre à Gamera, les deux titans finissant par s’opposer dans une ville déjà en ruines.

Totalement grandiose dans son exécution et les moyens mis en œuvres à sa réalisation, Gamera contre Barugon est une surprise de taille, la Daiei ayant tout fait pour s’affranchir de la célèbre franchise dont elle s’est inspirée. Proposant un spectacle total avec des scènes de destructions qui ne prennent jamais le pas sur l’histoire fil rouge, le film réussit à être nettement plus adulte que son prédécesseur.

Le mérite en revient principalement au conflit moral qui oppose les deux explorateurs du début, le brutal et psychopathe Onodera (Kôji Fujiyama) et le repenti Keisuke (Kôjiro Hongô). La violence de leur relation (le premier ayant tenté de supprimer le second après la découverte de la supposée opale géante) atteignant son climax avec la résolution du film.

Film de kaiju oblige, je me dois de louer le combat entre les deux créatures géantes, l’idée géniale du scénariste étant d’opposer le feu atomique de Gamera aux projections glacées de Barugon, créant une scène dantesque dont le long dénouement (après l’apparente défaite de Gamera) s’avérera d’une tristesse inattendue.

Un film étonnant qui réussit à la fois à être divertissant tout en racontant une histoire qui tient debout et s’avère même relativement complexe pour ce genre de productions. Une véritable surprise pour qui s’attendrait à une série z décérébrée.

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