STAN LEE (TROISIÈME PARTIE)

 

 

De 1961 à 1963, Stan Lee a donc fait feux de tous côtés pour lancer la révolution Marvel Comics, s’entourant des meilleures équipes possibles (Jack Kirby, Steve Ditko, Don Heck, Larry Lieber et quelques autres) afin de marquer un grand coup. Profitant des efforts de DC Comics pour raviver l’intérêt du public pour les aventures de super-héros, Marvel leur grillèrent lentement mais surement la priorité, récoltant bientôt à leur place les lauriers de la victoire.

Comme je l’ai dis plus tôt, tout cela était de bonne guerre, DC n’arrivant pas à sortir de son classicisme alors que Marvel faisait preuve d’une modernité rafraîchissante, les dialogues de Stan Lee (à défaut de ses histoires), ayant toujours su mettre le lectorat dans sa poche. Ce n’est pas pour rien qu’il commença à faire le modérateur dans le courrier des lecteurs, instaurant un véritable dialogue avec ces derniers. Le climax fut atteint en 1965 quand Stan Lee créa The Bullpen bulletins, des pages d’infos ultra personnelles censées annoncer des événements, des concours ou tout autre nouvelle capitale pour le lectorat. Au travers de son fameux Stan’s Soapbox, se terminant invariablement par l’expression  »Excelsior! », Stan Lee montait rien de moins que sa future armée de  »true believers ».

Autre innovation à mettre à son compte, la mise en valeurs du staff artistique. Bien sûr, la réalité était moins rose, niveau salaires et royalties mais, à la différence de la concurrence, chaque histoire citait par le détail le moindre de ses exécutants, du scénariste au dessinateur, sans oublier l’encreur, le lettreur et même le coloriste. Certes, une partie de ces artistes étaient quelque peu exploités mais, au moins, Marvel leur accordait une certaine forme de crédit!

Mais revenons aux dernières créations originales des années 60.

Retardataire de l’année 1964, Daredevil renoue une fois de plus avec l’emprunt à la limite du plagiat dont Stan Lee s’est fait le spécialiste, son justicier acrobate et sans véritable pouvoir étant une copie, jusque dans le nom du Daredevil de 1940 crée par un certain John   »Jack » Binder. Si vous avez lu la première partie, ce nom vous dira peut-être quelque chose, Binder étant le fameux artiste de Timely dont Stan Lee ne se rappelle pas s’il est ou pas le co-créateur de The Destroyer. Ce qui est certain, c’est qu’il s’est bien rappelé de son Daredevil et qu’il n’a pas hésité à l’utiliser (impliquant Bill Everett et Wallace Wood), son boomerang étant remplacé par le fameux lasso-cane que l’on connait.

Pour ce qui est de The Silver Surfer, crée dans les pages de Fantastic Four en 1966, la paternité en revient totalement à Jack Kirby mais, Stan Lee étant le scénariste attitré de la série, il récolta une fois de plus le copyright. Il lança une série en 1968, dessinée par John Buscema et finit par s’approprier le personnage (en l’absence de Kirby) durant les années 80, l’utilisant à plusieurs reprises pour des projets événementiels.

Pour ce qui est de Captain Marvel, publié en 1967, il convient déjà d’expliquer qu’il existait un autre Captain Marvel dans les années 40. Considéré par DC Comme un plagiat de Superman, Captain Marvel disparut comme son éditeur, ruiné par son procès contre DC, ces derniers récupérant le personnage mais ne pouvant plus l’appeler pareil, Marvel Comics ayant récupéré le nom pour son compte. Co-crée par Stan Lee et Gene Colan, ce personnage, vaguement inspiré de Adam Strange et Flash Gordon, demeure au final une véritable création originale, de Gene Colan s’entend.

C’est ainsi que se terminent les principales créations de franchises de Stan Lee pour l’époque. Il y aura bien évidemment des dizaines d’autres personnages qui seront crées au sein des séries en cours de publication, mais pratiquement aucune n’accédera à la popularité des caractères crées entre 61 et 67.

Surtout, avec le départ en 1966 (toujours inexpliqué à ce jour) de Steve Ditko, ainsi que celui de Jack Kirby en 1970 (pour exploitation de sa personne, dixit Jack), Stan Lee, abandonné par ses deux irremplaçables artistes, se retrouva incapable de créer quoi que ce soit de valable par la suite.

Ce qui nous amène aux années 70.

Toujours aux rênes de The Amazing Spider-Man, Stan Lee, via une histoire tournant autour de la drogue, contribua indirectement en 1971 à réformer le contraignant Comics Code Authority (institution de contrôle et de censure crée en 54 et emmerdant toute l’industrie depuis une chasse aux sorcières qui décima nombre d’éditeurs). Publiant son histoire (refusée par le CCA) sans le fameux seau d’approbation, Stan Lee, épaulé par Martin Goodman, tenta le diable par simple orgueil, créant un précédent qui valut à Marvel les louanges de la presse et de l’opinion publique.

Ne perdant pas le nord, Stan Lee, en bon capitaliste et fin stratège qu’il a toujours été, décida de rebondir sur cette victoire, profitant de l’engouement du moment pour traiter dans ses comics du racisme, des discriminations et autres injustices dont la société américaine des années 70 semblait être le théâtre. Ce coup de poker se révéla décisif pour la suite, 1972 marquant la fin de sa carrière de scénariste pour devenir éditeur à part entière, succédant enfin, après 33 ans de bons et loyaux services à Martin Goodman, le patron fondateur de Timely Comics et son cousin par alliance.

Cette époque marqua également la création du personnage de Stan Lee, ce dernier devenant une sorte de rockstar (voir photo) dans les conventions américaines de comics, baladant sa coollitude absolue aux quatre coins du pays, fumant le cigare et narguant son vieil ami Bob Kane (co-créateur crapule de Batman) quand il le croisait au gré d’un repas mondain.

En 1975, approché par le superviseur publicitaire de Lucasfilms, Stan Lee déclina la proposition d’adapter ce qui allait devenir le premier Star Wars en comics. C’est finalement Roy Thomas, éditeur en chef de l’époque, qui réussit à convaincre Stan Lee de revenir sur sa décision, sauvant au passage Marvel Comics qui était au bord de la faillite.

D’un point de vue scénariste, Stan Lee reviendra épisodiquement pour des projets éphémères et exceptionnels, retrouvant une dernière fois Jack Kirby en 1978 pour une aventure du Silver Surfer qui est considérée comme le premier graphic novel publié par Marvel.

En 1980, il co-créa avec John Buscema The Savage She-Hulk, scénarisant le premier épisode d’une série purement mercantile qui, des années plus tard, allait créer toute une flopée de personnages dérivés de héros originaux, produisant par ricochets des vagues de nouvelles licences on ne peux plus lucratives, contribuant également à rendre de plus en plus floue la barrière entre comics, dessins-animés et jouets.

Durant les années 80, il reviendra à plusieurs reprises sur des histoires du Silver Surfer, collaborant avec des artistes tels que John Byrne, John Buscema ou encore le français Moebius, ce dernier ouvrant, sans le savoir encore, la voie à de nombreux artistes francophones pour les décennies à venir, les années 80 étant quelque peu fermées à ces derniers, malgré la volonté (jamais mise en pratique) de Stan Lee d’accueillir des artistes du monde entier.

Mais le seul combat que l’on aurait aimé qu’il mène à cette époque, c’est celui de son historique partenaire Jack Kirby, ce dernier bataillant depuis des années avec Marvel Comics, non pas pour de l’argent ou un minimum de reconnaissance, mais simplement pour récupérer ses putain d’originaux! Lié de trop près avec Marvel, Stan Lee ne leva pas le petit doigt pour épauler le King, laissant le soin à d’autres (Neal Adams et une partie de l’industrie) de l’aider dans ses démarches. Jack récupérera finalement 2000 (sur environ 12000) planches en 1987.

Quand à son ancien acolyte, il terminera les années 80 en faisant sa première apparition dans une production Marvel, jouant un petit rôle dans le téléfilm intitulé The Trial Of The Incredible Hulk, énième suite de la série diffusée entre 77 et 82 avec Bill Bixby et Lou Ferrigno.

Stan Lee passera les années 90 à incarner le rôle qu’on lui connait aujourd’hui, animant des documentaires sur les comics, introduisant les héros Marvel dans leurs séries animées respectives sur le petit écran et commençant à jouer son propre rôle dans des fictions (cinéma et télévision) indépendantes de Marvel. On le retrouvera par exemple en 1995 dans le Mallrats de Kevin Smith (réalisateur geek de Clerks et patron de comic shop).

En 1998, Stan Lee et Peter F. Paul fondèrent Stan Lee Media, la société se retrouvant en faillite trois ans plus tard par la faute de l’ancien avocat et entrepreneur, reconnu coupable de détournement de fonds, de fraudes diverses, ainsi que de trafic de drogue.

Seul véritable héritage créatif de cette période trouble pour Stan Lee, The 7Th Portal, une série animée (22 épisodes) mettant en scène une équipe de super-héros déshumanisée et décalquée sur celles de l’éditeur Image Comics.

Toujours en 1998, le succès de Blade allait enfin pousser les studios à adapter les héros Marvel au cinéma, le début d’une nouvelle forme de reconnaissance pour Stan Lee, dont la participation, au départ en forme de clin d’œil, allait prendre des proportions pour le moins démesurées.

 

TO BE CONCLUDED…

 

 

 

 

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