KOYAANISQATSI DE GODFREY REGGIO

L’été arrivant à grands pas, les cinémas de quartier réapparaissent ici et là avec leurs programmations souvent assez pointues, comme le prouve la projection du film expérimental Koyaanisqatsi (premier d’un trilogie) de l’américain Godfrey Reggio, assisté par Ron Frickle aux images.

Datant de 1982, Koyaanisqatsi (Life Out Of Balance) est un film documentaire qui nous montre diverses images filmées des Etats-Unis, montées de manière thématique (au ralenti ou en accéléré) et sublimées par la musique hautement immersive et parfois fort inquiétante de Philip Glass.

Démarrant par des peintures primitives dans une grotte, suivies d’un plan rapproché de décollage de fusée (avec le thème musical principal et son titre répété tel un mantra annonciateur de malheur), Koyaanisquatsi bifurque rapidement sur des vues aériennes montrant la beauté des reliefs américains, passant des montagnes à la mer et au désert, entrant dans des grottes ou survolant les nuages.

Ces visions de paradis laissent la place à des scènes de destruction et d’exploitation mettant en scène des bulldozers. La suite nous montre l’empreinte de l’homme et de l’industrie moderne, la destruction du paysage par toutes sortes de constructions, allant des tours électriques en plein désert aux centrales nucléaires, barrages, oléoducs, raffineries et autres usines.

En quelques minutes, nous assistons au meilleur résumé qui soit des ravages de la révolution industrielle, le moment le plus glaçant étant cette plage dégueulasse avec une mère se reposant au soleil avec son enfant  avec en arrière-plan une usine monstrueuse avalant tout le paysage.

La suite du film nous montre la civilisation américaine dans ses grandes largeurs, passant des auto-routes géantes aux villes remplies de buildings et cachant des quartiers déjà en décomposition sociale. On a même le droit à un gigantesque quartier (ville?) abandonné, une triste spécialité des pays les plus industrialisés. Puis des destructions d’immeubles, les unes derrière les autres. Détruire pour reconstruire et détruire à nouveau.

Le film n’oublie jamais de s’arrêter sur la population, filmant bon nombre de personnes, principalement dans la rue ou sur leur lieux de travail, parfois à leur insu, parfois en faisant la pose, longuement, comme ce pilote de chasseur de l’armée ou ces employées de casino, nous rappelant que dans ces villes effrayantes et ce monde qui va trop vite, il y a des humains.

Toute la société américaine de ce début des années 80 nous est balancé en plein visage et sans prendre de gant, passant des chaines de montage de voiture aux salles d’arcade noires de monde en faisant un détour par le métro embouteillé, les aéroports réglés comme du papier à musique, l’effervescence de la vie de bureau ou encore cette usine, parmi tant d’autres, débitant des saucisses par kilomètres.

Pourtant, c’est définitivement ces images de publicités en accéléré qui donnent le tournis, montrant à quel point toute cette société de consommation est aliénante. Ce qui est d’ailleurs paradoxal, votre serviteur et sa copine regardant parfois des compilations de ces vieilles pubs des années 80 (les trouvant fascinantes) en prenant leur petit-déjeuner!

La fin de Koyaanisqatsi reprend un élément du début, le décollage d’une fusée (Saturn V) étant remplacé par l’explosion d’une autre vingt ans plus tôt (Atlas-Centaur), sa chute, semblant sans fin, étant filmée au téléobjectif.

La fin nous traduit en langage Hopi la signification de Kayaanisqatsi, qui signifie, images du film à l’appui, la perte du sens de la vie, son effondrement par une forme de corruption. Les prophéties Hopi développant encore plus loin ce raisonnement, parlant de l’exploitation de la Terre comme d’un désastre en marche et annonciateur d’apocalypse imminente. Des prédictions auxquelles nous ne pouvons que souscrire.

Encore un mot sur le phénoménal soundtrack de Philip Glass, tellement populaire que le musicien a carrément tourné dans le monde avec un Ensemble afin de le jouer pendant que le film passait sur écran géant derrière eux. On en retrouve deux extraits dans le film Watchmen, ainsi que dans des séries comme Scrubs, Gilmore Girls ou encore Les Simpsons. Les amoureux de musique contemporaine minimaliste qui ne connaissent pas encore cette oeuvre pourront se faire plaisir avec le lien ci-dessous.

 

http://www.qatsi.org/

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4 réflexions sur “KOYAANISQATSI DE GODFREY REGGIO

  1. Trè bien. Mais plutôt qu’une dénonciation, je le vois comme une parabole: l’humanité, à vouloir toujours plus, plus vite, plus haut, court inévitablement à sa perte. Et, à la,fin, elle explose en vol, littéralement

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