STAN LEE (PREMIÈRE PARTIE)

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C’est en 1922 à New York que Stanley Martin Lieber voit le jour dans une famille juive d’immigrés roumains. Amateur de littérature et de cinéma dès l’enfance, il se rêve en écrivain, composant avec le quotidien en attendant son heure. A l’adolescence, il se retrouve à rédiger des nécrologies et des bulletins de presse, faisant également le livreur de sandwichs, le garçon de bureau ou encore le vendeur de journal par abonnement.

Recommandé par son oncle, le jeune Stanley (16 ans) intègre Timely Comics en 1939, se faisant engager par l’éditeur Joe Simon (co-créateur avec Jack Kirby de Captain America en 1941).

Timely (qui deviendra Atlas avant de devenir Marvel) était la propriété de Martin Goodman. Ce dernier, de quatorze ans l’aîné de Stanley, étant le mari de sa cousine, Stanley devint donc en quelque sorte le cousin du patron.

Garçon à tout faire de Timely Comics, Stanley exécute toutes sortes de taches dans le studio, allant du remplissage des encriers à la distribution des repas aux artistes vissés à leurs tables de travail. N’ayant pas abandonné son idée de devenir un jour célèbre, il finit par participer à l’élaboration de certains comics, accomplissant d’abord des taches ingrates en effaçant les crayonnés après encrage. Début 1941, il assurera le lettrage d’un épisode de Captain America de Simon et Kirby, signant pour la première fois de son pseudonyme Stan Lee (qui ne deviendra son véritable nom que des années plus tard) en plein cœur du Golden Age des comics.

A partir de l’été 1941, Stan Lee va grader de façon spectaculaire. Les raisons ne sont pourtant pas dues à la découverte de son talent spontané (comme semblent en témoigner ses premières créations de héros, du jamais vu pour un scénariste débutant) mais bien à la volonté de son cousin par alliance de le récompenser en lui offrant un double-emploi, à savoir un statut de créateur lui permettant désormais d’espionner en douce le studio et de lui rapporter les discussions syndicales du personnel. Avant de blâmer le jeune Stan Lee, il faut se mettre un peu à sa place. Trois ans à faire le larbin en pleine seconde guerre mondiale pour un patron légèrement parano qui commençait à voir des ennemis partout. Du haut de ses 18 ans, le jeune Stan Lee s’est sans doute persuadé qu’il le faisait pour rendre service à Martin Goodman.

Ce qui est encore plus flou, ce sont ses premières créations de personnages qui vont arriver immédiatement. En effet, s’il est convenu que Stan Lee a co-créé The Destroyer, Jack Frost et Father Time en compagnie de quelques artistes-maison (bien plus âgés que lui), il n’a jamais pu préciser l’identité du co-créateur graphique du plus connu des trois (le premier qui plus est), à savoir The Destroyer. Il est bien étonnant que Stan Lee, avec sa légendaire mémoire d’éléphant (ses anecdotes sur plusieurs décennies le prouvent), ne soit pas capable d’affirmer s’il s’agit de John  »Jack » Binder ou bien de Alex Schomburg, tout deux impliqués sur The Destroyer mais jamais crédités à ce jour.

Fin 41, Joe Simon et Jack Kirby (locomotives de Timely Comics mais exploités comme les autres) s’engueulèrent une ultime fois avec Martin Goodman, claquant la porte pour de bon. Stan Lee profita de l’aubaine, son cousin le bombardant éditeur par intérim à l’âge de 19 ans. Devenant rapidement éditeur en chef et directeur artistique, poste qu’il occupera durant les trois décennies suivantes (Goodman lui cédant son poste d’éditeur en 72).

Durant les années 50, la fièvre des super-héros étant retombée, Timely, devenue Atlas, poursuivit son chemin en publiant des comics abordant des thèmes aussi divers que la romance, l’humour, le western, la science-fiction, le fantastique ou encore l’horreur. Scénarisant tout un tas de titres sans vraiment y trouver son compte et en ne produisant rien de véritablement mémorable, Stan Lee songea sérieusement à mette un terme à sa carrière, ne pensant même plus à sa carrière avortée de grand écrivain.

Pendant cette période de transition, le leader du marché, DC Comics, en plein renouveau créatif, donnait naissance au Silver Age avec de nouveaux titres sensationnels nommés The Flash ou encore Justice League of America, ces derniers venant épauler les toujours très populaires Batman et Superman.

Pressé de réagir par son cousin de patron, ainsi que par sa propre femme Joan, Stan Lee décida avec pragmatisme de s’inspirer directement du succès de DC Comics en leur empruntant quelques idées ici et là. En fait, il leur emprunta un peu plus que quelques idées, beaucoup plus même comme nous allons le constater.

Première création sous le nouveau nom d’édition de Marvel Comics, The Fantastic Four vit le jour en 1961. Racontant les origines de quatre cosmonautes survivant à un crash pour devenir des aventuriers-explorateurs dotés de super-pouvoirs, la série n’est en fait qu’un vulgaire décalque de la distinguée concurrence (joli terme très hypocrite inventé par Marvel pour ne pas citer DC explicitement).

Challengers Of The Unknown, publié en 1957, présentait déjà à l’époque un quatuor d’aventuriers avec les mêmes personnalités, subissant un accident similaire auquel ils n’auraient pas dû survivre, portant le même uniforme (violet au lieu de bleu) et vivant le même genre d’aventures scientifiques. Même le dessinateur est identique, ramené à la maison-mère (après sa rupture avec la distinguée concurrence) afin de mettre en images les  »idées » de Stan Lee. Et ce n’est pas de n’importe qui dont il s’agit, l’artiste en question étant un certain Jack Kirby.

A l’évidence, une petite parenthèse s’impose.

Jack  »King » Kirby mériterait sa propre biographie, tant son importance s’est avérée capitale, autant pour Marvel et DC que pour toute l’industrie des comics. Plus qu’un simple exécutant, cet homme était un créateur de mondes, un illustrateur de génie qui rendait ses planches en avance et la plupart du temps scriptées ou annotées, ne laissant à ses rares scénaristes que la tache d’insérer leurs dialogues.

A l’exception de Joe Simon, qui fut un véritable collaborateur du King, Stan Lee passa près d’une décennie à remplir des bulles sur les planches du maître, quand il ne s’ingéniait pas à le faire redessiner des cases et des pages entières ou à noyer son dessin sous un mauvais encreur. Cette vérité, incontestable car prouvable (il suffit de lire The Jack Kirby Collector), demeure encore aujourd’hui occultée par bon nombres d’historiens des comics.

Fin de la parenthèse.

Pour ce qui est de la création de The Amazing Spider-Man en 1962, l’inspiration vient à nouveau de Kirby, ce dernier (avec Simon) ayant crée pour Archie Comics une série similaire en 59 intitulée The Fly (qui sera une seconde fois plagiée en 76 pour en faire un ennemi de… Spider-Man). Désireux de reproduire le fructueux copier-coller de Challengers Of The Unknowm, Lee demande à Kirby de s’y atteler. Hélas, le design du King ne colle pas, le personnage ressemblant bien trop à une version modifiée de son Captain America.

C’est l’intervention miraculeuse de Steve Ditko qui donnera véritablement naissance au fameux super-héros bleu et rouge que nous connaissons. Devenant le dessinateur-vedette de la série, Ditko se voit pourtant refusé la couverture du premier épisode, Lee privilégiant celle de Kirby, considérée comme plus vendeuse. Reconnue comme la grande oeuvre de Stan Lee, Spider-Man doit pourtant tout autant, si ce n’est plus, au travail de Steve Ditko, ce dernier (de par son background artistique et sa fibre philosophique) ayant insufflé dans Spider Man passablement du réalisme social que l’on attribue en général exclusivement à Stan Lee. A noter qu’après le départ de Ditko trois ans plus tard, Stan Lee fera effacer toute référence de lui dans le courrier des lecteurs, refusant de lui faire la moindre publicité, ne l’évoquant que par le terme d’autre ou ancien artiste et censurant même les lettres de ses true believers.

Autre création du duo Lee-Kirby de 1962, The Incredible Hulk est quand à lui une variante à peine déguisée du Frankenstein de Universal, la créature ressemblant même à Boris Karloff, Kirby ayant également dupliqué ses expressions et poses les plus fameuses.Quand à son alter ego scientifique, Bruce Banner n’est qu’une version moderne du docteur Frankenstein, désirant lui aussi éliminer sa créature, considérée comme une abomination.

Le prestige de cet emprunt en cache pourtant un autre (moins connu mais d’une évidence indiscutable une fois les comics sous les yeux), DC possédant depuis 1944 un monstre fort semblable à la créature du Frankenstein de 1931, connu sous l’identité de Solomon Grundy et passant également la plupart de son temps à fuir ou s’énerver face aux hommes qui le traquent.

Toujours en 1962, The Mighty Thor s’avère un cas des plus particuliers. Tout d’abord, le personnage (ainsi et son entourage et le monde dans lequel ils vivent) viennent de la mythologie nordique, ce que tout le monde sait et reconnait.

Ensuite, son incorporation aux comics Marvel est à nouveau un emprunt à DC, Jack Kirby ayant dessiné en 1957 une histoire courte dans Tales Of The Unexpected mettant en scène le dieu du tonnerre et son marteau volant déclenchant pluie et tonnerre. Bien que le King (féru de mythologies) revendiquera sa création par la suite, c’est bien Lee qui l’emprunta pour la resservir à sa sauce chez Marvel avec le concours de son créateur.

Finalement, notre scénariste-vedette s’avérant incapable de maîtriser la somme d’informations autour du personnage (surtout dans les back-up stories de Tales Of Asgard qui s’inspirent directement des récits mythologiques), c’est Larry Lieber, son jeune frère, qui vint lui prêter mains fortes, Lee refusant d’abandonner la série entre les seules mains de Kirby. Aujourd’hui, bien des années après sa mort, Jack est enfin reconnu (officieusement) comme le véritable et unique créateur de The Mighty Thor. Mais si on lit la préface de Stan Lee dans le volume 1 de The Mighty Thor Masterworks, il n’est fait aucune référence à Jack Kirby, Stan préférant citer Larry Lieber et Robert Bernstein, son co-scénariste providentiel.

Je termine l’année 1962 avec le personnage de Ant-Man, version Hank Pym. Tout comme pour The Mighty Thor, Ant-Man traitait, en tout cas dans sa première histoire (un peu moins par la suite), d’un sujet totalement inconnu de Stan Lee, à savoir la myrmécologie (l’étude des fourmis). Un sujet que maîtrisait à l’inverse son jeune frère Larry

Une seconde parenthèse s’impose.

Retrouver ici la participation de Larry Lieber n’est pas une coïncidence, le petit frère de la star des comics s’étant avéré d’une aide providentielle tout en restant le plus souvent dans l’ombre de ce dernier, mettant en mots les idées de Stan Lee (quand il ne faisait pas le travail à sa place), comme le démontrent son travail sur The Mighty Thor, Iron Man ou encore Ant-Man. Artiste sans véritable ambition, travaillant pour le même éditeur depuis presque aussi longtemps que Stan Lee, Larry Lieber est la personnification-même de l’artiste doué mais bridé (scénariste et dessinateur de Rawhide Kid sera son seul titre de gloire personnel). Il suffit de fouiller un peu dans ses interviews pour comprendre qu’il ne s’est jamais plaint et qu’il a même essuyé l’attitude condescendante de son grand-frère bien aimé sans jamais chercher à le remettre en questions. Un bel exemple de sacrifice familial qui participera également à la couverture de déclarations futures de Stan Lee concernant la revendication de crédits ne lui appartenant pas totalement et, ironie du sort, étant parfois à mettre au crédit de son petit frère.

Fin de cette parenthèse, un peu triste du coup.

A SUIVRE…

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