KIM GORDON: GIRL IN A BAND

Sortit trois ans après la fin de Sonic Youth,  »Girl In A Band » n’est pas une auto-biographie très gaie. D’abord parce que Kim Gordon la démarre avec le dernier concert de son groupe (en 2011), ensuite parce qu’elle ne nous nous épargne rien du malaise qui régnait alors entre elle et son mari adultère, ce dernier semblant revivre alors que celle qu’il avait aimée durant trois décennies touchait le fond.

Pour tout fan de Sonic Youth qui se respecte, cette introduction par la fin est des plus difficiles. D’abord parce qu’elle rend définitive la fin d’un groupe unique et terriblement attachant qui nous aura, pour la plupart, accompagné plus de la moitié de nos vies. En effet, il semble désormais impossible qu’une reformation voie le jour, la mariage (littéralement en miettes) de Thurston Moore et Kim Gordon était les fondations et le ciment de Sonic Youth. Ensuite, parce que le couple Moore/Gordon était devenu une sorte d’icone intouchable du rock alternatif américain, une constante rassurante par rapport à des couples tragiques comme Sid Vicious et Nancy Spungen, Kurt Cobain et Courtney Love et, dans une moindre mesure, Jack White et Meg White ou encore Tim Armstrong et Broddy Dalle. Aussi bête que cela puisse paraître aujourd’hui, Thurston Moore et Kim Deal, autant sur les photos que dans les vidéos de Sonic Youth, incarnaient une forme de stabilité rassurante pour les fans d’alternatif.

Passé cette introduction par la fin, Kim Gordon nous emmène dans ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, qui prennent un bon tiers du bouquin. On y apprend tout de sa famille, de son père et de sa mère, ainsi que de son grand frère, Keller, ainsi que de la maladie de ce dernier (la schizophrénie) qui n’allait pas tarder à dégénérer. Le grand frère de Kim nous est présenté avec beaucoup d’amour par se petite sœur, même si cette dernière ne se retient pas de citer le petit enfer que fut son enfance à ses côtés, le turbulent Keller façonnant, encore plus que leurs parents, le comportement futur de Kim, se cachant derrière un rideau de timidité et de froideur avant de montrer sa véritable personnalité à ceux et celles qui auront passé ce test.

Élevée à Los Angeles, avant de revenir sans sa ville natale de New York, celle qui fut la compagne de Danny Elfman durant leurs années de lycée, passa quelques années à survivre de petit boulots (aidée par un miraculeux chèque de son assurance-auto) tout en passant de groupe en groupe (croisant le punk et la no-wave), avant de rencontrer celui qui allait devenir l’homme de sa vie, le père de leur fille (Coco, née en 1994), ainsi que le guitariste d’un groupe fondé pour redéfinir la notion même de bruit selon ce dernier.

La partie qui suit (des années 80 au début des années 2000) est véritablement la plus jouissive, les chapitres s’égrenant au  rythme des albums de Sonic Youth et des rencontres avec leurs idoles (William S. Burroughs, Iggy Pop entre autres), tandis que le groupe aligne des albums importants qui vont lentement mais surement lui assurer la reconnaissance de ses pairs et d’une partie de la profession, se constituant une fan-base des plus fidèles en même temps.

Lee Ranaldo (guitariste) et Steve Shelley (batteur), membres historiques de Sonic Youth, bien que présents dans la biographie, sont relativement peu cités et racontés par Kim Gordon. Une volonté qui n’est pas expliquée par cette dernière et qui demeure l’un des petits mystères de  »Girl In A Band ».

Avec les années 90, c’est toute la période Major qui est racontée (le groupe étant signé par Geffen), ainsi que la rencontre avec Niravana, Kim développant une forte amitié avec Kurt Cobain, tout en essayant de gérer la présence de Courtney Love (qui va le faire produire le premier album de Hole), bien plus délicate à supporter que Lydia Lunch dans les années 80. Période de créativité musicale fabuleuse pour Sonic Youth, les années 90 seront également synonyme de joies intenses et de peine immenses (la naissance de Coco et la mort de Kurt la même année).

Les années 2000 commencent un 11 septembre 2001 pour Sonic Youth, la moitié du groupe se retrouvant séparé par les attentats, leurs studio d’enregistrement se trouvant en plein milieu de Murray Street, ce qui donnera naissance à l’album du même nom l’année suivante. Les années qui vont suivre, Sonic Youth va devenir une sorte d’institution pour le rock alternatif, le groupe ayant survécu à toutes les modes musicales et semblant désormais totalement intouchables, ses albums étant à chaque fois de petits événements.

Bien sûr, Kim Gordon ne se focalise jamais longtemps sur l’évolution de son groupe, privilégiant les rencontres, les amitiés et les collaborations, ainsi que ses innombrables incursions dans le monde de la mode et de l’art, ces deux disciplines semblant même parfois prendre l’ascendant sur sa participation à Sonic Youth, Kim s’y étant révélée aussi productive que géniale, exposant avec succès aux quatre coins du monde et ayant même fondé une ligne de vêtements qui perdure encore aujourd’hui au Japon.

Les dernières années arrivant à grand pas avec les dernières cinquante et quelques pages du bouquin, je n’ai pas résisté à la tentation d’écrire cette chronique alors que je n’avais pas terminé la lecture. J’y reviendrai peut-être demain (ou après-demain) pour ajouter ma conclusion. Ou peut-être que je laisserai le tout en l’état, en ayant déjà bien assez dit sur cette bio de l’une des femmes qui m’a le plus impressionné depuis que je suis en âge d’écouter de la musique bruyante et intellectuellement supérieure à toute la merde qui passe sur les ondes depuis que le rock existe.

Sonic Youth est mort. Vive Kim Gordon.

http://www.spinheadsessions.com/

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