DC UNIVERSE: LEGACIES DE LEN WEIN

Cover for DCU: Legacies (DC, 2010 series) #1 [Regular cover]

Mini-série en dix parties scénarisée par Len Wein (co-créateur de Swamp Thing et Wolverine, éditeur de Watchmen) et dessinée par un armada d’artistes tous plus prestigieux les uns que les autres, DC Universe: Legacies, en plus d’être une flamboyante lettre d’amour aux fans de l’éditeur, représente également le meilleur raccourci qui soit pour tout néophyte souhaitant plonger à pieds joints dans cet univers.

Comme pour le Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross (et publié chez Marvel donc), Legacies prend le point de vue d’un homme ordinaire pour raconter l’histoire de l’univers DC. A la place d’un photographe de presse, c’est un policier à la retraite qui, depuis son salon, nous raconte comment, depuis l’enfance, sa propre vie a résonné au diapason de celle des super-héros.

Commençant dans les années 40 (l’âge d’or de DC), on le retrouve avec son meilleur ami de l’époque (et frère de sa future femme) à un croisement de leurs adolescences respectives, les deux gamins étant sur le point de mal tourner de par leurs très mauvaises fréquentations. Se retrouvant pris au milieu d’une intervention de super-héros (The Sandman et The Atom) contre leur criminel de patron, les deux enfants vont devoir faire face à un choix qui décidera du reste de leurs vies.

Cover for DCU: Legacies (DC, 2010 series) #2 [Regular cover]

Assurant les deux premières pages de chaque épisode mettant en scène le narrateur, Scott Kolins donne une certaine constance à l’évolution du récit, aidé par la colorisation en couleurs directes de Mike Atiyeh. En ce qui concerne les équipes d’illustrateurs qui vont se succéder, elles ont la particularité d’êtres constituées, la plupart du temps, d’artistes ayant œuvré durant cette même période (Joe Kubert, par exemple, ayant commencé sa carrière dans les années 40), ce qui donne le charme évolutif de Legacies.

Pour ce qui est de l’histoire principale, c’est Andy Kubert (encré par son légendaire paternel Joe) qui dessine les deux premiers épisodes, le second mettant en scène la Justice Society of America (ancêtre de la Justice League), expliquant le pourquoi de sa disparition après la seconde guerre mondiale.

Illustré par José Luis Garcia-Lopez (Superman vs. Wonder Woman) et encré par Dave Gibbons (Watchmen), les deux épisodes suivants racontent cette période de transition qui amena le second avènement des héros entre la fin des années 50 et la fin des années 60.

Cover for DCU: Legacies (DC, 2010 series) #3 [Regular cover]

Survolant rapidement les années 70 (difficiles à raconter car souvent hors-continuité) pour arriver aux foisonnantes années 80, l’épisode suivant est dessiné par une des stars de cette époque, le fantastique George Perez, qui revient donc sur ses propres histoires, illustrant l’avènement des Teen Titans, ainsi que le crossover catastrophe Crisis On Infinite Earths, laissant la main pour la suite à Jerry Ordway (The Power of Shazam!) tout en l’encrant.

Ce dernier se charge d’illustrer les événements de Legends, les différentes incarnations de la Justice League of America, ainsi que le fait divers tiré de The Killing Joke, à savoir la tentative de meurtre du Joker contre Barbara Gordon (fille du commissaire de Gotham City et ex-Batgirl), la laissant paraplégique.

Pour les années 90, Jerry Ordway encre à son tour le dessin de Dan Jurgens (Booster Gold, Superman), ce dernier ayant la lourde tache d’illustrer la chute de Batman (Knightfall), ainsi que de revenir sur la mort de Superman, le retour des deux héros prenant presque tout le second épisode, laissant quand même un peu de place à la descente aux enfers de Hal Hordan, le premier Green Lantern du secteur 2814.

Cover for DCU: Legacies (DC, 2010 series) #5 [Regular Cover]

Arrivé à ce stade, je me dois de faire une petite constatation en forme de regret, car l’histoire en fil rouge du narrateur aurait certainement gagné à être étoffée, surtout après son départ tonitruant dans les années 40. Il se passe effectivement plein de choses pour lui, sa petite famille, ainsi que son ancien meilleur ami, devenu son beau-frère et ayant plutôt mal tourné, avant qu’une certaine forme de rédemption ne vienne le toucher à son tour (une révélation que je garderai secrète). Hélas, Len Wein, visiblement trop occupé à compacter sept décennies d’aventures en moins de 350 pages, laisse un peu ce personnage en périphérie des grosses manœuvres, rendant son histoire très secondaire.

Le niveau graphique baisse hélas d’un niveau avec Jesus Saiz et Tom Derenick, chargés d’illustrer l’arrivée du nouveau Green Lantern, Kyle Rayner, ainsi que ce qui faillit être la fin du monde avec The Final Night, occultant au passage la mort de Hal Jordan dans Zero Hour mais ne manquant rien de son retour, le narrateur y assistant même en personne.

Enchaînant sur les pires moments du DC Universe (Identity Crisis et Final Crisis), le récit de Len Wein prend un peu l’eau en même temps qu’il se termine, laissant notre narrateur à ce qui semble être la fin de sa vie, la dernière case montrant la fameuse carte signée par The Atom et le remerciant de lui avoir sauvé la vie une nuit dans les années 40.

Cover for DCU: Legacies (DC, 2010 series) #7 [Regular Cover]

Heureusement, DC Universe: Legacies, que votre serviteur à découvert en une seule fois via un lourd trade paperback, ne se termine pas ainsi dans cette édition, chaque épisode publié ayant eu droit à une back-up story de huit pages et ici appelée snapshot. Et elles sont au nombre de dix!

Au menu, un bon nombre de héros n’ayant pas pu être intégrés à l’histoire principale pour de simples raisons pratiques, ou simplement parce que leur illustrateur attitré ne pouvait pas assurer un épisode entier dans le délai imparti (Brian Bolland par exemple).

On y retrouve donc des hommages appuyés à l’univers mystique (The Spectre, Dr. Fate et Zatara par J.G. Jones), aux outsiders oubliés (The Seven Soldiers of Victory par J.H. Williams III), aux aventuriers de l’extrême (Challengers of the Unknown, Sea Devils et Cave Carson par Dave Gibbons), aux héros de guerre (Sgt. Rock, Unknown Soldier et Losers par Joe Kubert),  aux champions de l’espace (Adam Strange, Captain Comet et Space Ranger par Walter Simonson), à la police du futur (The Legion of Super-Heroes par Keith Giffen et Al Milgrom), aux héros médiévaux (Camelot 3000, The Shining Knight et The Demon par Brian Bolland), aux créations de Jack Kirby (The New Gods par Frank Quitely), aux personnages de Fawcett (The Marvel Family par Bill Sienkiewicz), ainsi qu’au plus grand héros de Charlton (Blue Beetle par Gary Frank).

Cover for DCU: Legacies (DC, 2010 series) #8 [Regular Cover]

DC Universe: Legacies s’avère peut-être un projet un peu trop ambitieux pour les épaules de Len Wein, d’autant que l’équipe artistique qui lui a été attribué souffre, même dans ses plus grands noms, de trop grandes différences de style, les snapshots concluant chaque épisodes s’avérant pour la plupart bien plus satisfaisants que l’histoire principale, gigantesque résumé de plus de sept décennies d’aventures mensuelles filtrées au travers de plusieurs milliers de comic-books.

A la décharge de Len Wein, qui venait de passer le cap de la soixantaine au moment de l’écriture de Legacies, il se dégage quand même beaucoup d’émotions des périodes qu’il connait le mieux (les années 40 à 80), les ayant vécues en tant que jeune lecteur de comics, puis en tant que jeune scénariste vite devenu superstar du genre. Qu’il s’avère incapable de rendre passionnantes les deux dernières décennies n’est pas entièrement de sa faute, loin de là.

En effet, il s’est passé bien plus d’événements marquants depuis les années 90 que durant toute la première période, la faute à une concurrence éditoriale farouche et à de nouvelles manières d’accrocher le lectorat, à coups de reboots, de crossovers et autres techniques racoleuses qui n’en finissent plus de lasser les lecteurs les plus endurcis.

Pour en terminer, le véritable miracle de DC Universe: Legacies, c’est que les trois quarts de son contenu soient tout simplement d’excellente qualité. Une raison suffisante pour lire ce petit pavé sentant bon la nostalgie et le travail (majoritairement) bien fait.

Cover for DCU: Legacies (DC, 2010 series) #9 [Regular Cover]

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