LA RENAISSANCE DE DC COMICS

Le 26 mars dernier, DC Comics donnait une conférence de presse exceptionnelle à la WonderCon de Los Angeles afin de présenter à la presse le projet Rebirth dont tout le mode parlait depuis les premières images teaser publiées en début d’année sur les comptes Twitter de ses principaux instigateurs.

Présenté par Tiffany Smith (DC ALL Access), Dan Didio et Jim Lee (les deux co-éditeurs de DC Comics) et orchestré par Geoff Johns (je ne sais pas comment traduire chief creative officer), DC Comics Rebirth représente l’un des plus grand paris de l’éditeur américain. Mais d’abord, un peu d’histoire et de mise en contexte.

Pas besoin de s’y connaître en comics pour savoir que DC est à Marvel ce que Coca-Cola est à Pepsi, à la nuance près que Pepsi serait devant Coca-Cola depuis les année 60, DC étant l’éditeur fondateur qui a tout lancé, se faisant copier ses idées et personnages par Marvel depuis des décennies.

Éditeur parfois trop classique et beaucoup moins commercial que son concurrent direct, DC a toujours essayé de proposer quelque chose de différent à son lectorat. Que ce soit au travers de ses titres d’horreur dans les seventies, ses revisitations de ses classiques dans les eighties, la création du label vertigo dans les nineties (consécutive à la british invasion de la décennie précédente), DC a su faire évoluer son catalogue sans trop se soucier d’être numéro 1 des ventes.

Mais l’érosion vertigineuse du marché des comics a obligé DC à prendre des décisions, autant pour se sauver que sauver l’industrie toute entière. La première fut de lancer The New 52 en 2011, un reboot de leur catalogue, recommençant tout à zéro avec une nouvelle chronologie et 52 mensuels étalés sur plusieurs semaines. Le triomphe fut total. Redevenant numéro un du marché, DC réussit à faire revenir dans les comic shops plusieurs dizaines de milliers de lecteurs, en attirant encore plus auprès de ses concurrents, faisant remonter les ventes générales de l’industrie de plus de 10%. Cinq ans plus tard, le marché, bien que de nouveau en déclin, ressent encore les effets bénéfiques de The New 52. Car la difficulté à gérer la synergie de tant de titres se passant dans le même nouvel univers se transforma rapidement en cul-de-sac éditorial, l’aventure s’arrêtant avant l’heure après moins de quatre ans, créant la colère d’une bonne partie du lectorat.

DC Comics, alors en plein déménagement (quittant New York pour Burbank)  tenta de redresser la barre avec Convergence, un crossover dont découla tout une nouvelle fournée de titres ambitieux et disparates. Sous la bannière DC You, ces titres fortement personnalisés et originaux  ne connurent pas le succès escompté, l’éditeur payant toujours la facture pour l’avortement de son grand projet de 2011.

Ce qui nous amène à DC Comics: Rebirth.

Profondément peiné par la réaction négative et le désaveu du lectorat face aux efforts collectifs de DC Comics, Geoff Johns est donc arrivé un jour devant Dan Didio et Jim Lee avec une idée de génie, une idée toute simple: redonner un sens à ces cinq dernières années. Une refonte totale de l’histoire générale, mais pas en recommençant tout à zéro comme ce fut le cas avec The New 52, en poursuivant l’histoire là où elle s’est arrêtée, ainsi qu’en faisant revenir ce (ceux?) qu’il manquait.

Comme le dit si bien Dan Didio au début de la conférence de presse (ci-dessus) en commentant le générique de l’événement, il y a une timeline, celle où il a commencé à lire des comics et celle où il est arrivé chez DC Comics, découvrant avec excitation et fierté tout ce matériel fascinant (il venait de Marvel à la base), puis produisant de nouveaux comics, de nouvelles histoires, autant pour lui que pour le lectorat. Jusqu’au moment où, et c’est là qu’il nous met dans sa poche, DC s’est quelque peu perdu en route, se déconnectant au passage de son public. Et c’est de ça qu’il est question avec Rebirth, quelque chose manque et il est temps que cette chose revienne à sa place initiale.

A l’heure où j’écris ces lignes, les lecteurs de comics du monde entier sont en train de découvrir ce qu’il manque, s’étant procuré le DC Comics: Rebirth Special de 80 pages scénarisé par Geoff Johns et dessiné par Ivan Reis, Gary Frank, Phil Jimenez et Ethan van Sciver. Je l’ai d’ailleurs commandé et l’attend avec impatience pour le chroniquer sur cette page. Mais les révélations ne s’arrêtent pas à ce comic, elles se poursuivent dans tous les nouveaux titres publiés par DC Comics et, d’après ce que j’ai pu déjà lire, l’éditeur a gardé quelques surprises phénoménales, la plus grande étant peut-être l’incorporation au DC Universe de la plus improbable des équipes, ou plutôt des personnages du titre le plus improbable qui soit.

Il se passe quelque chose d’assez fascinant avec DC Comics depuis cette conférence de presse (et la courte vidéo de Geoff Johns incluse ici), c’est que toute la communauté comics (les fans de Marvel, DC, Image, Dark Horse, IDW, Boom, etc.) semble avoir abandonné toute velléité de s’en prendre gratuitement à l’éditeur comme elle le faisait encore quelques jours auparavant. C’est comme si un nouvel espoir venait d’embraser toute cette communauté et que tout le monde se sentait concerné par Rebirth. Il y a quelque chose de profondément religieux dans cette acceptation (comme pour The New 52) de la proposition de DC Comics d’arranger les choses. Comme si en réparant sa locomotive, DC allait pouvoir (par extension) tirer les wagons de toute l’industrie avec lui. Et je crois que c’est exactement ça. Les fans de Marvel refuseront de l’admettre, mais au fond d’eux, c’est aussi ce qu’ils espèrent.

Rebirth s’étalant jusqu’au mois d’août, on peut s’attendre à passablement de révélations et réactions d’ici là. N’achetant plus de comics mensuels (ayant fait une exception pour le titre éponyme), je ne chroniquerai que le début de cette audacieuse aventure afin de pouvoir déjà donner un premier avis. Pour ce qui est de l’histoire globale, ce sera probablement en 2017 avec la sortie des premiers trade paperbacks. D’ici là, certains d’entre-vous se seront probablement mis à la lecture de comics, même s’ils ne le savent pas encore.

http://www.dccomics.com/

https://en.wikipedia.org/wiki/DC_Rebirth

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