DÉGRADÉ DE TARZAN ET ARAB NASSER

Les jumeaux Nasser sont de sacré numéros pour qui les as vus à Cannes l’année dernière, deux espèces de rock stars ultra maquillées venant de Palestine et aussi rock n’roll que leur film peut l’être. Et pourtant, il n’y avait pas de quoi rire à la base.

Dans un premier temps Dégradé raconte l’histoire d’un petit salon de coiffure (dans la bande de Gaza) tenu par une expatriée russe prénommée Christine (Victoria Balitska). Avec son assistante Wedad (Maisa Abd Elhadi, poignante en jeune femme fragile amourachée d’un mafieux qui la traite comme de la merde), Christine rend ses clientes belles pour toutes les occasions.

Elle sont d’ailleurs plusieurs (accompagnées de leurs amies ou famille) en cette fin d’après-midi et toutes pressées. On retrouve Efthikhar (Hiam Abbass, l’actrice de Satin Rouge et Paradise Now), une femme divorcée courant après sa jeunesse, Safia (Mana Awald), une femme battue qui n’a pas sa langue sans sa poche, son amie ultra-religieuse Zeinab, Sawsan ou encore  Salma (merveilleuse Dina Shebar) que l’on coiffe et maquille pour son mariage.

Dans cette variation palestinienne du Mari de la Coiffeuse (un film de 1990 par Patrick Leconte), le salon de coiffure doit hélas cohabiter avec une famille mafieuse dont l’un de ses membres, Ahmed (joué par Tarzan Nasser, l’un des deux réalisateurs), en plus de torturer au téléphone la pauvre Wedad, a également volé le lion du zoo de Gaza, provoquant la colère du Hamas qui ne cesse de patrouiller dans le quartier en cherchant à récupérer ce qui lui appartient.

Le film vit d’ailleurs au rythme de cette dichotomie, passant allègrement de la rue barbare et masculine au salon de coiffure rempli de fiel féminin. Car elles en ont gros sur le cœur (surtout Safia), les femmes de Gaza, autant sur le fait de devoir débattre cosmétique enfermées derrière un rideau de fer que de vivre dans ce monde d’hommes qui ne savent parler qu’une arme à la main.

Evidemment, la situation ne va pas tarder à dégénérer dans la rue, un premier contact virulent entre la famille mafieuse et le Hammas montant rapidement en escalade pour se terminer en véritable guerre civile, laissant les occupantes du salon piégées à l’intérieur de ce cauchemar crée par leurs propres hommes.

Directement inspirés par l’exact fait divers de 2007, les frères Nasser y ont simplement ajouté le salon de coiffure afin de donner la parole aux femmes, faisant de Dégradé un véritable film pro-féministe, une gageure dans un conflit comme celui qui oppose depuis si longtemps le peuple Palestinien à l’état d’Israël.

Osant la comédie pour raconter l’horreur, les frères Nasser réussissent haut la main (à l’inverse de l’échec du film de 2015, Nous Trois Ou Rien de Kheiron) à nous transporter dans l’absurdité de la guerre, nous faisant décoller de notre siège pour atterrir dans les canapés défoncés du salon de coiffure de Christine afin de prendre ces femmes dans nos bras et de les serrer fort, très fort.

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