THE MAN WHO FELL TO EARTH DE NICOLAS ROEG

La force de mon auto-suggestion aidant, je m’étais persuadé que j’avais déjà vu ce film quand j’étais plus jeune, l’ayant quelque peu oublié tout en étant capable de le résumer lorsque j’en parlais. Son visionnage récent à la Cinémathèque m’a fait réalisé l’affreux mensonge que je me racontais depuis depuis des années, découvrant par la même occasion un film terriblement daté.

L’histoire d’abord. Ayant survécu à un crash au Nouveau Mexique (donnant son titre au film), un homme mystérieux (David Bowie) à la chevelure rousse nous apparaît dans une forme de prologue qui le voit vendre une à une un stock d’alliances pour se constituer un énorme pactole. On le retrouve visiblement des années plus tard en train de proposer des brevets révolutionnaires (sous l’identité de Thomas Jerome Newton) à un avocat qui va devenir son bras droit, créant ainsi la toute puissante société World Enterprises Corporation. S’amourachant d’une femme de chambre (Candy Clark) d’un motel miteux dans lequel il s’est arrêté, il va en faire progressivement sa compagne, couchant et buvant de l’alcool avec elle alors qu’il semblait il y a peu incapable de toucher qui que ce soit et ne buvait que de l’eau. Quelque peu excentrique et mystérieux, Newton décide un jour que toutes les ressources de sa société doivent désormais se concentrer sur la recherche spatiale.

Il est temps de faire une petite pause dans la narration pour analyser le film de Nicolas Roeg. Tout d’abord, il faut admettre une vérité cruelle, ce film de 1976 accumule toutes les fautes de goûts visuelles de l’époque. Que ce soit d’un point de vue architectural, vestimentaire ou je ne sais quoi encore, rien ne nous est épargné. C’est comme si en faisant les repérages du film, quelqu’un avait décidé d’aller filmer dans les endroits les plus moches qui soient, en prenant bien soin de s’attarder sur le mobilier, la décoration et tous les trucs dégueulasses qui se trouvaient là. On a droit à du papier-peint imitation forêt, à des rideaux multicolores, ainsi qu’à d’affreux tapis suspendus aux murs, sans oublier une quantité d’accessoires qui semblent tout droit sortis d’une vide-grenier. Il se dégage de l’ensemble une sensation de misère qui fait penser à ces vieilles séries télévisées de l’époques, désormais irregardables tant elles font mal aux yeux.

Que dire des flashbacks de la famille extra-terrestre de notre héros? Visuellement, ils sont fascinants, les maquillages et les combinaisons vendent totalement l’idée que l’action se passe sur un autre monde. Mais encore aurait-il fallu raconter quelque chose et ne pas s’arrêter en surface avec un numéro de mimes, (visiblement instauré par David Bowie pour rendre hommage à son mentor Lindsay Kemp). Sans compter que l’ensemble est plombé par le vaisseau spatial le plus z qui soit, une sorte de wagon sur monorail dont la production (s’inspirant peut-être de Dune) n’arrivera jamais à cacher la misère.

Malheureusement, la liste des horreurs artistiques du film de Nicoas Roeg ne s’arrêtent pas là. Passe encore que l’on nous serve des enregistrements de baleine pour nous décrire le vide intersidéral des séquences spatiales, mais cette bande-son… Rien ne nous est épargné. Je rappelle juste que le film a comme acteur principal l’une des plus grandes stars de l’histoire de la pop music et, au lieu de se servir de sa musique (problèmes de droits à l’évidence), elle nous balance de la musak dégueulasse, des trompettes de mariachis et des instrumentaux dignes de films érotiques! Entre les morceaux de Stomu Yamasha et de John Phillips, ainsi que deux emprunts navrants à Steely Dan, rien ne vient faire sens dans l’habillage sonore de ce film.

Revenons à l’histoire du film. Comme on l’a compris, Newton a amassé une fortune pour sauver les siens sur sa planète. Pour cela, il a réussi à emmagasiner de l’énergie dans une sorte de sphère qu’il compte amener sur sa planète (au dernier stade de la désertification) à bord d’un vaisseau spatial. malheureusement, sa naïveté et son innocence, ainsi que l’intervention du gouvernement américain, vont mettre à mal sa volonté de sauver son peuple. Kidnappé par les services secrets et rapidement démasqué, Newton, retenu dans une propriété secrète, devient un cobaye de laboratoire, n’échappant à leur vigilance que de nombreuses années plus tard.

Je me rend compte que résumé comme ça, l’histoire du film (adapté d’un roman de Walter Stone Tewis en 1963) apparaît comme passionnante. Mais à l’exception du Bowie de 1976 (un effet spécial à lui tout seul), le traitement de l’ensemble est tellement mauvais que rien ne passionne vraiment, si ce n’est le plaisir d’admirer Bowie sous tous les angles et de le suivre dans cette longue mésaventure boiteuse.

En vieux lecteur de comics que je suis, cela m’a amusé de voir les hommages au film fait par Alan Moore dans Watchmen. Il semble évident que Thomas Jerome Newton n’est autre que Adrian Veidt (Ozymandias), comme le prouve les scènes avec les sept puis douze téléviseurs, ainsi que le sort funeste de son avocat, balancé au travers de la baie vitrée, comme The Comedian au début de Watchmen.

La scène finale de The Man Who Fell To Earth est à l’image de l’ensemble du film. On retrouve Newton sur une terrasse des années plus tard, toujours aussi jeune et noyant son désespoir dans l’alcool, n’ayant pu au final qu’enregistrer un disque dans l’espoir que sa bien aimée (morte avec ses enfants depuis longtemps) ne l’entende un jour au travers des ondes radios terrestres qu’il lui arrivait de réceptionner sur sa planète.

Le film se termine abruptement, laissant la salle circonspecte et presque amusée. Je me demande bien comment un tel film a pu devenir aussi culte. Ma seule conclusion, c’est que la majorité des personnes qui en parlent, tout comme moi deux heure auparavant, ne l’ont simplement pas vu ou, pire, croient l’avoir vu et en parlent comme d’un classique.

The Man Who Fell To Earth n’est pas un classique, c’est un nanar sidéral, un film aussi raté que laid. Le scénario, lui, est génial, donnant envie de lire le roman de Walter Stone Tewis (d’ailleurs…). Et je pense qu’il est grand temps de réaliser un remake digne de ce nom (on oublie le téléfilm de 1987, personne ne l’a vu) pour enfin raconter cette histoire comme elle le mérite.

Visiblement, David Bowie s’est montré très satisfait de ce film à l’époque, recyclant trois de ses photos pour les pochettes des albums  »Low » et  »Station To Station » ainsi que le single de  »John, I’m Only Dancing (Again) ». S’identifiant totalement à Thomas Jerome Newton (sorte de Major Tom tombé du ciel), il cultivera cette ressemblance durant un temps avant de passer à autre chose.

Le film, malgré ses qualités discutables, créera une imagerie puissante et persistante jusqu’à nos jours, faisant beaucoup pour l’aura mystérieuse de son interprète principal. Une merveilleuse imposture au final et qui n’a que bien peu d’importance au regard de l’héritage autrement plus passionnant que nous a laissé David Bowie.

En attendant, on recommandera la vision du Under The Skin de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson, un film totalement sous influences de The Man Who Fell To Earth.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s