GREEN ROOM DE JEREMY SAULNIER

Vendu (façon de parler, sa distribution américaine ayant été un fiasco total) comme un film d’horreur hardcore d’un côté et comme le film d’une seule performance de l’autre, Green Room, au final, n’est rien de tout cela. Il est beaucoup plus.

C’est d’ailleurs un peu le souci de ses différents trailers, qui semblent nous vendre, d’un côté, un énième slasher éliminant son jeune casting comme dans un jeu de massacre, de l’autre, un thriller coup de poing centré sur la supposé estomaquante performance d’acteur de Patrick Stewart. Et même si, quelque part, Green Room tient effectivement toutes ses promesses, ces éléments de marketing sont loin d’être les raisons principales qui font de ce film une telle réussite.

Le véritable coup de génie de Green Room, c’est de nous raconter, non pas les dernières heures d’une poignée de futurs macchabées entre 20 et 30 ans (on a déjà donné, merci) mais bien l’histoire d’un groupe de punk hardcore nommé The Aint’s Rights.

Se réveillant au petit matin dans leur van au milieu d’un champ de maïs, le quatuor (Pat, Sam, Reece et Tiger) doit trouver de l’essence pour repartir. Partant en vélo en direction d’un parking, deux de ses membres finissent par siphonner à l’ancienne le réservoir d’une voiture, avant de retrouver le reste de la bande pour rejoindre leur prochaine concert, créchant chez un fan également fanzineur. Ce dernier leur ayant trouvé une date merdique dans un Diner, il tente de s’amender en leur en trouvant une seconde, cette fois dans un véritable festival au milieu des bois. Seul hic, la salle est tenue par des skins pas commodes.

The Aint’s Rights étant un groupe super, ils démarrent leur set avec le  »Nazi Punks Fuck Off » des Dead Kennedys, provoquant l’ire du public avant de se le mettre dans sa poche avec le reste de son set. Empochant son cachet et sur le point de quitter les lieux, le groupe se retrouve malgré lui témoin d’un meurtre backstage, le staff le retenant dans la pièce qui donne son titre au film, attendant l’arrivée du patron de la salle et la solution à ce problème sans précédent.

On a beaucoup écrit et radoté sur la performance extraordinaire de Patrick Stewart et il faut mettre deux ou trois choses à plat. Malgré tout son talent, cet acteur de 75 ans à la carrière spectaculaire (Dune, Excalibur, les franchises Star Trek et X-Men) n’est pas Anthony Hopkins. La seule surprise dans Green Room, (surtout après toutes ces années en capitaine Piccart et professeur Xavier) c’est de le voir dans la peau de Darcy, un homme rongé par la haine, l’anti-sémitisme et la peur de l’autre. Alors oui, Stewart joue son personnage avec beaucoup de justesse, lui donnant même une certaine humanité dans sa dernière scène, mais sa performance est tout au plus factuelle, le scénario et les dialogues ne lui permettant pas non plus de percer l’écran.

Les véritables performances d’acteurs dans Green Room sont définitivement celles des quatre acteurs jouant les membres de The Aint’s Rights. Il y a d’abord Anton Yelchin, le plus punk de la bande. Son personnage souffre un peu d’une écriture maladroite (surtout l’histoire avec son bras tailladé au cutter et raccommodé au scotch). Alia Shawkat, seul membre féminin de The Aint’s Rights est quand à elle un parfait exemple de cet état de fait, ne souffrant aucune misogynie de la part de ses amis et ayant autant droit au chapitre qu’eux; c’est d’ailleurs un peu le leader invisible ou en tout cas celle qui a le plus de bon sens. Joe Cole et Callum Turner, bien que très présents, ont des rôles un peu plus factuels, ce qui ne nous empêche pas de nous attacher à eux, mais différemment des deux autres.

Et puis il y a Imogen Poots, pièce rapportée du film dans le rôle de Amber, une jeune femme qui en sait beaucoup plus qu’elle ne veut le dire et dont l’importance est capitale pour le déroulement de l’intrigue. Mais je n’en dis pas plus.

J’ai remarqué une chose assez étonnante avec Green Room, c’est que bien que le film démarre véritablement avec la découverte du cadavre backstage et le confinement du groupe dans les loges, la partie qui m’a le plus fasciné est tout ce qui se passe avant.

Ecrit et réalisé par Jeremy Saulnier, Green Room est un film qui sait de quoi il parle, citant ses références avec une justesse qui inspire le respect, montrant le quotidien d’un groupe de punk hardcore sans compromis qui tourne en van sans se soucier d’alimenter un quelconque réseau social.

Que le film soit un survival, c’est un fait, mais au final, il raconte surtout les derniers instants d’un groupe fabuleux et attachant nommé The Aint’s Rights et c’est probablement pour ça que la scène finale laisse le spectateur sur les rotules, les larmes aux yeux et avec une douleur creuse dans l’estomac.

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