THE SINISTER URGE DE ED WOOD

Sortit à la fin de l’année 1960, The Sinister Urge est un film assez sombre racontant les méfaits d’un tueur en série qui ne s’en prend qu’aux femmes, les attaquant seulement après avoir consommé du matériel pornographique.

Difficile de dire si le message du film tente de relier l’abus de pornographie avec une quelconque dépendance à la violence, ce qui est certain par contre, c’est que, malgré son exécution audacieuse, cela reste un film de Ed Wood avec les sempiternelles fautes de raccords qui semblent inhérentes à ses productions.

La scène d’introduction en est une preuve flagrante: alors qu’une femme, visiblement poursuivie par notre tueur en pleine forêt, tente d’utiliser une cabine téléphonique (!), avant de s’en faire brutalement éjecter et assassiner près de la rivière, sa robe disparaît comme par miracle durant l’agression, rendant la présence improbable de la cabine téléphonique presque secondaire. Du Ed Wood tout craché.

La suite du film ne démérite pas, le réalisateur réussissant à installer ses scènes pratiquement à la perfection avant de tout saborder avec des petits détails, des fioritures qui cassent le rythme de l’ensemble. Souvent des improvisations pour flatter son casting et qui s’avèrent au final tellement calculées qu’elles ne rentrent plus dans la dynamique de la scène.

Il y a par exemple toute une séquence dans un appartement servant à tourner des films pornographiques. Le plan met en scène quelques femmes splendides se faisant caster avant que ne débarque la police pour arrêter tout le monde et saisir des dizaines de bobines de pellicules. Jusqu’ici, rien d’anormal, sauf que pour le rôle de l’homme qui va mettre son engin dans ces demoiselles, Ed Wood a casté un acteur mexicain qui n’est pas naturel une seule seconde, souriant comme un pervers et semblant laissé en retrait, la scène ne lui donnant pas la moindre ligne de dialogue (ce qui ne l’empêchera pas de réapparaître plus tard).

Une autre scène de bagarre manque de peu d’être convaincante, les coups étant bien trop amortis. Et que dire du second meurtre? La rencontre est improbable, l’approche également, tout comme la raison nébuleuse qui pousse les deux protagonistes à rester muets du début à la fin (même chose avec les meurtres suivants). Sans compter les coupures dues à la censure de l’époque, certains coups portés étant littéralement absents en plein milieu de l’action, des demi-secondes manquant ici et là en même tant que l’habillage musical, ce dernier semblant encore plus malade que le film lui-même.

Et pourtant, comme tout film de Ed Wood, The Sinister Urge réussit à être passionnant. Les meurtres sont très visuels, le tueur (Dino Fantini) à une bonne tête de criminel, les femmes sont belles comme des cœurs et tout le casting semble vraiment faire de son mieux (certain(e)s plus que d’autres) pour que chaque dialogue compte. Surtout, il y a une véritable tentative de raconter une histoire complexe (le couple de pornographes, l’enquête de police, même la pseudo-psychologie du tueur) et de sublimer le genre. C’est un échec, certes, mais quelle tentative!

Au final, il manquait surtout un éditeur pour fixer les erreurs de continuité laissées (comme à chaque fois) en l’état par Ed Wood.

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