AKIRA DE KATSUHIRO OTOMO

Cover for Akira (Glénat Benelux, 2002 series) #1

Découvert en 1990 (j’avais 17 ans) grâce à l’édition française de Glénat, le manga de Katsuhiro Otomo reste pour moi un traumatisme sans égal.

Publié en français au moment ou le mangas se terminait au Japon (dans Young Magazine de 82 à 90), Akira arriva chez nous directement en couleurs, la version Glénat n’étant pas la traduction littérale de l’oeuvre japonaise mais la traduction de la traduction américaine de Epic (branche adulte de Marvel Comics) avec sa propre colorisation (par Steve Oliff). Une édition tronquée donc car colorisée pour ressembler à un comic et ainsi plaire à un public habitué à lire de la science-fiction en couleurs. Sans oublier le sens de lecture japonais inversé non reprit dans les éditions occidentales (avec nombre de pages laissées dans le sens original alors qu’elles auraient du être inversées pour le sens de lecture occidental).

Mais cela ne s’arrête pas là, le format proposé n’ayant non plus rien à voir avec celui d’un manga, Glénat reprenant le modèle américain de publication qui s’apparente à ce qu’ils appellent chez eux le prestige format, soit un gros comic d’un peu moins de soixante pages papier glacé avec une couverture cartonnée souple. Il aura fallu 38 volumes à Epic pour publier l’ensemble de Akira, Glénat abandonnant au 31 pour proposer au final 14 gros tomes cartonnés. Autre nuance de taille, alors que Epic utilisait des illustrations originales de la série pour ses couvertures, Glénat agrandissait des cases du mangas pour ses fascicules, technique qui sera reprise lors de l’édition cartonnée avec le gros logo Akira tracé en caractères japonais.

Cover for Akira (Glénat Benelux, 2002 series) #2

Ayant suivit religieusement la série incomplète en kiosques jusqu’à son annulation en 1992, je n’avais pas d’autre choix que de me diriger vers la seconde édition cartonnée, devant attendre l’année 96 pour enfin pouvoir lire la fin de l’histoire, cette dernière m’ayant été en partie spoilée par la sortie du film d’animation, sortit en 88 alors que le manga n’était même pas terminé (comme quoi, Game of Thrones n’a rien inventé).

Petite surprise, une partie du volume 13 et tout le volume 14 étaient en fait la traduction du art-book Akira Club reprenant toutes les couvertures originales, les versions internationales, ainsi que des tas d’illustrations de promotion, des designs et des fiches personnages. Une sorte d’édition bonus en somme et un moyen malin de la part de Glénat pour rallonger sa collection numérotée, sachant très bien que peu de lecteurs du manga allaient débourser de l’argent pour un art-book vendu individuellement.

j’ai gardé ces volumes une décennie avant de m’en débarrasser pour acheter la nouvelle édition en noir et blanc parue en 2002. Sauf que je ne l’ai pas fait au final, préférant me faire tatouer le logo Akira dans le cou. Ce n’est qu’en 2016 que j’ai enfin décidé de retrouver la série de mes vingt ans.

Cover for Akira (Glénat Benelux, 2002 series) #3

Commandant dans un premier temps les premiers volumes sur un site de vente par correspondance (mes librairies préférées étant mortes), terminant par des volumes en seconde main pour des raisons financières, je reçu enfin mes six volumes en noir et blanc. Toujours pas de sens de lecture original (annoncé pour 2017) mais au moins une nouvelle traduction directement de la version originale.

Les premières pages en couleurs directes (une tradition japonaise pour certaines séries) avec le champignon atomique ravageant Tokyo me plongèrent immédiatement dans le passé, retrouvant en quelques instants l’excitation et la fascination provoquées par la lecture d’Akira.

On le sait, Katsuhiro Otomo a été grandement influencé par les œuvres de Philip K. Dick, de Moebius mais aussi de Hergé (la ligne claire), ainsi que par des films comme 2001, A Space Odyssey et Blade Runner. Et tout cela se retrouve grandement dans Akira. On pourrait également citer le film Virus de Kinji Fukasaku et certainement les Mad Max de George Miller pour leur esthétisme post-apocalyptique et le comportement de masse dans de telles situations.

Cover for Akira (Glénat Benelux, 2002 series) #4

A la relecture, ce qui m’a vraiment choqué, c’est la vitesse incroyable à laquelle les événements se déroulent. De la bande de motards dirigée par Kaneda à l’accident de Tetsuo sur l’autoroute abandonnée jusqu’à l’arrivée de l’armée, puis tout les personnages secondaires qui apparaissent les uns derrières les autres (le Colonel, Kei, Ryû, Kaori, etc) jusqu’au moment ou Akira est enfin libéré, il ne se passe pas autant de temps que cela, le gros de l’histoire se passant après le deuxième accident.

C’est là que l’on se rend compte véritablement que le film d’animation, aussi merveilleux soit-il, ne représente qu’une fraction de l’histoire globale. En effet, si Akira est le fil rouge, c’est bien de Tetsuo et Kaneda, les deux orphelins devenus motards, dont il s’agit tout le long de ces presque 2400 pages d’aventures.

D’un côté, un éternel second couteau qui se voit transformé en demi-dieu et cherche à régler ses comptes avec le monde, de l’autre, un leader-né qui doit choisir entre sauver son meilleur ami ou une société qui lui a toujours craché au visage. Le tout dans le Neo-Tokyo d’après le second impact, la civilisation semblant s’être écroulée autour d’eux.

Cover for Akira (Glénat Benelux, 2002 series) #5

Evidemment, Akira ne parle pas que de ça, bien au contraire. Fortement revendicatif et politisé, la saga post-apocalyptique de Katsuhiro Otomo ne manque pas de tirer à boulets rouges sur la politique nippone, sur la faillite du système éducatif et social ou encore sur l’envahissante ingérence militaire des Etats-Unis, ces derniers désirant policer le monde en prétextant toujours la protection de leur propre pays. Inspiré également par ses propres souvenirs (les émeutes suite au traité de coopération entre le Japon et les USA, les jeux Olympiques de Tokyo, l’affaire du chalet Asama), le récit ne manque jamais de rappeler que son horreur n’est en fait inspirée que de la réalité.

Je ne raconterai pas la trame secondaire et finale, en ayant déjà assez dit et ne voulant pas spoiler Akira aux quelques chanceux qui ne l’aurait pas encore découvert depuis tout ce temps, mais il y a une chose que je peux dire sans prendre de gants, c’est que cette oeuvre n’a pas vieilli d’une seule case et que son puissant message d’alerte demeure encore aujourd’hui d’une actualité brûlante. Sans compter qu’il s’agit ici sans le moindre doute de l’une des plus importantes oeuvre de la bande dessinée mondiale.

En attendant une dernière version finale, cette fois enfin dans le sens de lecture original, je ne peux que vous recommander la lecture de ce véritable trésor culturel légué à l’humanité par le grand Katsuhiro Otomo. Un manga qui réussit l’exploit de rendre hommage à la culture occidentale (mais aussi indienne et africaine) en l’incorporant totalement à son mode d’expression, en faisant une oeuvre universelle.

Cover for Akira (Glénat Benelux, 2002 series) #6

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