SOUVENIRS D’UN COMIC SHOP: AU PARADOXE PERDU

AVANT PROPOS

Entre 2015 et 2016, je me suis lancé dans une rédaction de mes souvenirs de client du comic-shop genevois Au Paradoxe Perdu qui était sur le point de fermer. Couvrant près de vingt-cinq ans de souvenirs, mes treize chroniques furent publiées sur ce blog de manière quelque peu aléatoire (l’épilogue ayant été écrit en avril 2016). C’est donc la première fois que le texte intégral est disponible en une seule fois. j’espère qu’il vous plaira.

 

 

Le début des années 90… Une période étrange pour moi qui n’avait pas encore vingt ans, qui venait de perdre la femme qui l’avait élevé et qui vendait des couleurs, vernis et autres produits de beaux-arts dans un petit magasin d’une petite boutique d’une petite ville.

Amoureux de comics, d’anime, de pop anglaise et de cinéma fantastique, n’y connaissant vraiment pas grand chose aux filles et cherchant à s’échapper de sa solitude à travers ses passions, il ne me manquait qu’un endroit pour être totalement dans mon monde. Hélas pour moi, il ne se trouvait pas dans ma petite ville.

Par contre, il y avait BD-Chu, une librairie BD tenue par un personnage haut en couleurs, Gérard Schursch, ainsi que de sa femme. L’homme étant un bon vivant aimant le dialogue et connaissant sa came comme le pro qu’il était, je suis vite devenu l’un de ses meilleurs clients, une partie de mon salaire partant toutes les semaines chez lui.

Il faut dire qu’à l’époque, je carburais à tous les genres possibles, franco-belge, indépendant, mangas et comics, sans compter ces maudits produits dérivés dont il ne me reste rien aujourd’hui. Mais je demeurais un fan de comics avant tout, ayant appris tout petit à lire avec les traductions des éditions Lug, Aredit-Artima et Sagedition que ma grand-mère m’achetait à chaque fois que l’on passait près d’un kiosque, ce qui était plus que fréquent.

A force d’en parler (surtout que j’avais mis la main sur un lot de Captain America originaux de John Byrne dans une braderie d’un centre commercial), mon libraire avait décidé de m’amener en virée à Genève pour me faire découvrir une boutique pas comme les autres.

Je ne suis plus trop certain de la chronologie exacte car je commandais déjà des comics par correspondance (à Dangereuses Visions, un comic-shop de Lille) autour de cette période. Sans oublier que par ricochets, j’avais découvert le fanzine Scarce (une pub récurrente dans Mad Movies) et grâce à ce dernier j’étais rentré en contact avec mes deux futurs nouveau amis, Olivier Toublan et Stéphane Germann, rédacteurs d’un autre fanzine sur les comics (Suisse celui-là), Swof, dont j’allais vite devenir l’un des piliers et ce durant plus d’une décennie.

Mais si l’ordre de ces événements se bouscule dans ma tête, un seul truc demeure inchangé, c’est bien Gérard Schurch qui m’a amené dans sa voiture pourrie pour la première fois au Paradoxe Perdu.

Après avoir garé sa voiture n’importe comment et repoussé du pied (qu’il avait sandalé) l’incroyable merdier qui se trouvait à l’intérieur, mon ami libraire me guida donc en direction de la rue des Étuves en se réjouissant d’avance de ma réaction à venir.

Passant devant un cinéma porno, dont Gérard semblait très au fait, pour nous engouffrer dans une rue étroite, nous passâmes devant un autre endroit culte de Genève, la librairie Cumulus de Christine Wagnières, mais ceci est une autre histoire…

Quelques mètres plus loin, nous y étions. La main sur la poignée de la porte, s’apprêtant déjà à entrer, Gérard se retourna sur moi et compris qu’il allait devoir m’attendre, mes yeux étant fixés sur la boutique comme si je venais de voir la femme de ma vie.

Difficile de décrire cette vision mais disons que des vitrines comme celle du Paradoxe Perdu il y a vingt-cinq ans, ce n’était pas très courant. Si je devais faire une comparaison actuelle avec un autre commerce toujours en activités, ce serait les vitrines de Nice People à Lausanne, remplies de trucs tous plus extraordinaires les uns que les autres. Et probablement Movies 2000 à Paris.

En vrac dans cette vitrine et la plus petite un peu plus loin, je me souviens d’un livre sur H.R.Giger (peut-être le Necronomicon), d’un autre sur Philippe Druillet (probablement La Nuit), des quelques comics mensuels posés ici et là (les trade paperbacks n’étaient pas encore la norme, on achetait donc religieusement ses séries chaque mois et c’était bien), quelques magazines américains, genre Fangoria, Starlog, des paquets de trading cards (les Panini de notre communauté), des romans de science-fiction, des badges divers (Batman, Watchmen) et ces saloperies de pins qui étaient tellement hype à l’époque.

Je me rends compte que je commence à inventer des souvenirs qui sont en fait des réminiscences des toutes les fois où je me suis arrêté devant le Paradoxe Perdu avant d’y entrer, toujours avec la ferme intention d’y claquer fièrement le maximum d’argent possible. Pas grave, tout est vrai mais dans le désordre. Je continue.

Le truc qui m’avait frappé devant cette vitrine, c’était à quelle point elle était chargée. Franchement, il y avait de quoi devenir dingue. J’imaginais les gens qui s’arrêtaient en pleine nuit dans cette rue un peu glauque et qui tombaient sur ce déferlement de goodies (ce qui m’arriva d’ailleurs quelques années plus tard, faisant un détour spécial en dehors des heures d’ouvertures pour y récolter ma dose nécessaire en attendant le prochain fix).

Pour en terminer, même si je ne me souviens plus trop de son contenu (il y avait probablement des figurines Star Wars et Aliens, des cds de musiques de films, quelques action figures de super-héros et certainement deux ou trois boites de maquettes, les mêmes que je découvrirai une décennie plus tard dans la cave du second Paradoxe Perdu, une centaine de mètres plus loin, mais j’y reviendrai…), c’est tout le vécu qu’elle semblait dégager, comme si tout ce bordel culturel pour geeks avait été arrangé avec une certaine sorte d’ordre, une logique précise. Oui, c’était chargé, trop chargé, mais quelle merveilleuse invitation à pénétrer à l’intérieur, la meilleure bande-annonce du monde!

Et donc, j’entrai pour la première fois de ma vie Au Paradoxe Perdu…

C’est avec le sourire aux lèvres mais néanmoins aussi un peu d’appréhension que je pénètre pour la toute première fois à l’intérieur de la boutique.

Une lumière jaune et chaude m’accueille en même temps que cette délicieuse odeur de papier, de carton et de plastique qui est la marque de ce genre d’endroits spécialisés. L’endroit est minuscule, à peine trente mètres carrés remplis de matos tellement cool que ma rétine en est agressée d’office. Quelques clients lèvent la tête brièvement en ma direction avant de replonger leur nez dans les bacs de comic books sous plastic bags (parce que c’était fragile une fois rangés comme des disques). Ça y est, je suis dedans. Je suis vraiment dedans.

Je ne vois pas tout de suite le grand gars derrière son comptoir et en train de servir quelqu’un. Une fois seul, Gérard ne manque pas de l’aborder pour lui signaler qu’il lui a amené un nouveau client prometteur (il ne croyait pas si bien dire, j’ai dépensé je ne sais combien de salaires dans ce lieu depuis 25 ans). Avec son flegme, qui s’avouera légendaire par la suite, celui qui s’avère être le patron des lieux acquiesce avec bienveillance et décide tout de go de m’accueillir en me faisant une visite guidée express du magasin. Je n’en demandais pas tant.  Mais ça part d’un bon sentiment commercial et même si je sais exactement ce que je veux, je ne vais pas refuser ma première interaction avec ce Jérôme… Pirlouit.

Ouais, foutez-vous de moi… Il m’a fallu des années pour me mettre dans la tête son véritable nom qui est Piroué.

Une fois le tour terminé, je retrouvais brièvement mon ami libraire de Martigny pour lui offrir mes premières impressions, le laissant fouiner dans un coin à la recherche de posters et autres portfolios, tandis que de mon côté je me frayais un passage entre les clients et le mobilier bondé de matos (des pins encadrés, des trading cards dans des boites en plexiglas, des collectors de tous les genres en haut des étagères, de la maquette de Dracula version Bela Lugosi au gadget improbable de Star Trek), menaçant de nous tomber dessus au moindre faux pas dans ce pseudo passage décidément beaucoup trop étroit et encombré (ah oui, il y avait aussi plein de cartons remplis de stuff au sol!) pour la taille des lieux.

Quelle galère pour se baisser afin de voir les back-issues (les vieux comics donc) dans les caisses coulissantes sous les tables, soit ton postérieur frappe les étagères derrière toi, soit tes genoux se claquent contre les tables ou les caisses. Dans tout les cas, tu te fais mal. Et pour peu que quelqu’un essaie de passer derrière toi ou de t’enjamber… Bref. Mais bon sang que cette boutique à de la gueule!

Je me rend compte que la lumière du jour passe à peine à travers les vitrines, recouvertes de posters et cachées par d’autres étagères avec plein de truc dessus, des boites de maquettes, des emballages d’action figures, des statues. Il pourrait faire nuit dehors que ce serait pareil, ce qui donne des airs de cave aux trésors au Paradoxe Perdu en ce début des années 90.

Autre détail qui a son importance, le bleu verdâtre des étagères et des autres meubles qui est en fait à une peinture métallisée (et donc normalement pour métal, genre une barrière ou une porte d’ascenseur) directement appliquée sur le bois, donnant un cachet des plus particuliers à la boutique. Tellement unique que ces meubles seront conservés jusqu’à aujourd’hui. On y voit encore le patron faire le fanfaron devant sur les photos récentes.

Pour ce qui est de mes achats, je n’en ai pas un grand souvenir. Je me souviens quand même avoir acheté Omac de John Byrne, The Adventures of Captain America par Fabian Nicieza et Kevin McGuire, ainsi que des comics de Ghost Rider et du Punisher (oui, j’étais pro Marvel à l’époque). Ce qui me permet enfin de mettre une date sur l’année de ma découverte du Paradoxe Perdu: 1991.

Au total, mon premier achat aura été bien modeste. A peine une centaine de francs de comics. Encaissant mon argent, Jérôme ne se doutait probablement pas des dizaines de milliers de francs que j’allais laisser chez lui au cours du quart de siècle à venir.

Moi par contre, j’en avais totalement conscience.

Il me reste finalement assez peu de souvenirs de la boutique à la Rue des Étuves, probablement parce que je n’avais pas encore instauré ma routine d’y aller une fois par mois afin d’y dilapider mon salaire.

La seconde raison, c’est qu’en 1993, le Paradoxe Perdu à déménagé 150 mètres plus loin à la Place Grenus dans un local trois fois plus grand. Et sur le même trottoir que le fameux cinéma porno dont je parlais précédemment!

Un changement de taille, déjà par ses trois (ou quatre, celle de l’entrée étant coupée en deux) immenses vitrines et ensuite par la hauteur du plafond, l’ancienne activité ayant servi à exposer des luminaires il me semble. Surtout, le Paradoxe Perdu passait des ténèbres éclairées par des lampes à la lumière directe du soleil. Impossible, même avec la meilleure volonté du monde, d’obstruer les vitrines avec les marchandises de la boutique.

Je reviens sur les vitrines, car leur pouvoir de fascination n’a jamais cessé avec le déménagement. Au contraire, il a même augmenté. Tout d’abord il y avait celle de l’entrée, qui faisait dos au comptoir avec la caisse (comptoir rempli de trading cards, pins, badges et mini figurines en tout genres). C’était la plus spécialisée de toutes, affichant des magazines comme Starlog, Fangoria, Starfix, les romans de fantasy, horreur, SF, des calendriers et des art-books, ainsi que des jeux de rôles (cartes, dés, etc.), plus différents gadgets et objets non liés à l’univers des comics, genre des crânes sculptés ou des répliques d’objets futuristes. Quelque part, je l’ai toujours définie comme la vitrine sérieuse du Paradoxe, celle qui me fascinait sans que je puisse complètement identifier son contenu.

Les deux autres ( avec une séparation entre-elles, vu qu’elles couvraient toute la longueur de la boutique, étaient essentiellement remplies de figurines, de comics, et de statues imposantes enfin présentées dans toute leur gloire. Je pouvais facilement m’y arrêter cinq minutes avant de rentrer à l’intérieur.

Par souci technique, je me permet de mentionner une dernière vitrine (celle du coin au bout du trottoir) qui n’en était pas vraiment une, vu qu’elle était opaque et que seul le haut laissait apercevoir quelques emballages de statues et autres maquettes. Il s’agissait en fait de la petite salle tout au fond du magasin, celle où se trouvaient les tee-shirts, les posters, les peluches, ainsi que tous les trucs encombrants qui ne tenaient pas à l’avant de la boutique. On y trouvait une vitrine avec des statues et les murs étaient recouverts de planches originales et de cellos d’anime, ainsi que d’action figures, à l’époque principalement de McFarlane Toys (succès de Image comics oblige), plus les Marvel et un peu de DC. On y accédait par un petit escalier de quelques marches.

Personnellement, c’était l’endroit où j’allais poser ma pile de comics afin de recompter mes achats et trier ce que je n’allais pas acheter. Sauf que, bien souvent, j’y rajoutais encore des titres! Et puis cette petite salle était reposante, la majorité des clients de la boutique restant plutôt à l’avant pour discuter avec le boss et son personnel et profiter de la surface bien plus spacieuse, gorgée de comics, de vhs de films asiatiques, d’animation, de musiques de films, de mangas et d’art-books à profusion. En levant la tête, on pouvait admirer tout un tas de tee-shirts ultra cools, ainsi que des boites de maquettes de monstres de la Universal et j’en passe.

Me trouvant pour la première fois de ma vie au chômage, j’ai probablement ressenti à cette époque le besoin de me rapprocher de cette culture qui me définissait si bien, mes visites devenant enfin mensuelles tandis que mon anglais se perfectionnait à la lecture de mes chers comics.

Et puis il y avait le fanzine Swof…

Mes années 90 ont été rythmées par trois choses pour le moins importantes. Premièrement, ma participation à Swof (Savage World of Fantasy, en hommage à l’anthologie comic en noir et blanc, Savage Sword of Conan), un fanzine sur les comic-books. Deuxièmement, une longue période de chômage qui m’aura poussé à devenir écrivain, fanzineur puis journaliste amateur. Troisièmement, mon déménagement sur Lausanne en 1998, près de mes amis, de mon fanzine et un peu plus près de Genève et du Paradoxe Perdu.

Ces souvenirs du Paradoxe Perdu n’ayant pas vocation à parler de ma vie privée, je me contenterai de coller au plus près à la thématique de base en rapprochant ma participation à Swof de la vie de la boutique spécialisée qui nous était chère (et qui fermera définitivement le 13 juin 2015 c’est officiel).

Fondé en 1990 par Stéphane Germann et Olivier Toublan (que je rejoignais en 1991), Swof était un fanzine inspiré par le Scarce français, ainsi que des revues comme Les Cahiers de la Bande Dessinée ou encore l’américain The Comics Journal. On y parlait donc de comic-books au travers d’articles, d’analyses précises ou encore d’interviews. Mais pas que. Il y avait au début des chroniques de films et de romans, même des disques, puis les mangas et surtout la bande dessinée franco-belge qui allait prendre plus de la moitié de la revue. Cette aventure dura jusqu’au début des années 2000, avant que des divergences éditorialistes et une certaine forme de lassitude ne termine de nous séparer en 2002. Il y aurait tant à raconter sur cette grande aventure que je vais en rester là, avant de verser dans le sentimentalisme.

Là où le Paradoxe Perdu intervient, c’est en sa qualité de revendeur de notre revue. A l’instar de Cumulus, L’Oreille Cassée, Papier Gras, Jeremiah et un ou deux autres sur Genève, Le Paradoxe Perdu faisait partie de ces quelques dizaines de librairies spécialisées qui avaient accepté de vendre notre bébé à sa clientèle.

Sur le bon vieux modèle du dépôt-vente, nous amenions donc notre nouveau numéro trois ou quatre fois par année (plus des anciens si besoin était) et le déposions au Paradoxe Perdu en faisant remplir une feuille attestant de la quantité apportée, puis nous comptions les exemplaires vendus depuis la dernière fois et nous faisions payer la différence par Jérôme ou l’un(e) de ses vendeu(ses)rs connaissant la procédure. Evidemment, il pouvait arriver que certains exemplaires aient été volés, voir donnés par inadvertance, mais nous étions payés quand même, les libraires, à quelques rares exceptions, ayant une politique de soutien assez forte pour ce genre d’entreprise.

Le fait d’être des clients réguliers de la boutique amplifiait encore ce sentiment d’appartenir à la même communauté (de plus Jérôme écrivait lui aussi dans une revue spécialisée dans le cinéma de genre) et je ne compte plus les longues discussions passionnées que nous avons pu avoir sur le contenu de notre fanzine ou les dernières publications du moment, tombant même parfois sur nos lecteurs dans la boutique. Oui, de grandes années de communication, les dernières avant l’avènement d’internet et son information anonyme disponible en quelques clics.

D’ailleurs, vu que nous avions des pages de publicité à l’intérieur de Swof, je me souviens que le Paradoxe Perdu, ainsi que bon nombres de librairies et de maisons d’éditions, avait fait sa pub dans nos pages. N’ayant plus ma collection de Swof, je ne peux hélas pas présenter ici de photocopies mais je me souviens que certaines étaient des montages pour le moins représentatives des années 90.

Au total, nous avons vendus plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires de notre fanzine durant sa douzaine d’années d’activités. Avons-nous vendu un millier d’exemplaires de Swof au Paradoxe Perdu? Je n’en ai pas la moindre idée. Il faudrait demander au boss.

Au début des années 2000, Lors de l’une de mes visites à Genève, je vis en passant la porte d’entrée un avis scotché sur la vitre comme quoi le Paradoxe Perdu cherchait un nouveau vendeur. C’est vrai qu’au fil des années, bon nombre de personnes étaient passées derrière le comptoir, certains avec plus ou moins de bonheur, d’autres moins, ne les ayant plus jamais vus par la suite alors que d’autres revenaient régulièrement. A ma décharge, le fait de venir une fois par mois ne m’a pas aidé à me rappeler d’eux, ainsi que de la fille du Paradoxe comme je l’appelais (celle qui est restée des années, puis qui a disparu avant de réapparaître). Leurs prénoms ont disparu dans les méandres de ma mémoire. Ne me reste plus que des visages, des sourires, quelques bribes de souvenirs et de discussions. Et donc, Le Paradoxe Perdu cherche un vendeur.

Tombant sur Jérôme, je lui soumet ma candidature sans trop réfléchir. Candidature qu’il accepte sans sourciller, me fixant un jour la semaine suivante pour faire un essai. En rentrant sur Lausanne avec mon sac de comics, j’étais sur un petit nuage. J’allais travailler au Paradoxe Perdu. Puis le jour J arriva. Évidemment je n’avais pas dormi de la nuit à cause de l’appréhension, comme d’habitude quoi. J’arrivai pour la première fois de ma vie avant l’ouverture de la boutique et rencontrai mon collègue pour la journée, Jérôme arrivant plus tard. Que dire de cette journée? Elle était étrange. Je crois qu’il faut une certaine forme de distanciation (qu’à l’évidence je ne possédais pas à l’époque) pour passer de client à vendeur de sa boutique préférée.

J’ai donc fait un arrivage, participé à une commande, servit des clients, utilisé la caisse enregistreuse et surtout posé plein de question à Jérôme tout en essayant de ne pas l’emmerder, ayant vite réalisé qu’il était de nature facilement irritable et pouvait être très cassant avec ses collaborateurs quand il avait le sentiment de ne pas être compris. Un sentiment que semblait partager son vendeur, en parlant le sourire en coin avec le petit air blasé du gars qui sait que son patron peut parfois être pénible, voir super chiant, mais que finalement ça fait partie de son charme.

Quelques années plus tard, un autre vendeur du Paradoxe Perdu, qui faisait partie de mes copains Lausannois, mais je ne dirai pas qui, m’avoua, excédé, avec un mélange étonnant d’affection et de colère pour Jérôme, qu’il avait souvent envie de l’assassiner quand ils travaillaient ensemble. Mais je digresse.

A la différence des gens de ma génération, Jérôme (le fait d’être patron de sa boutique aidant) était beaucoup plus désabusé que nous sur l’état du médium, le vomissant (à raison même si les années 90 étaient désormais terminées), ne supportant plus toutes ces séries de super-héros ridicules et préférant s’accrocher à ses vieux maîtres que sont Robert Crumb, Will Eisner, Joe Kubert et quelques autres. Pourtant, il lui arrivait encore de flasher sur des séries, affectionnant par exemple les comics Batman Adventures pour leur côté adulte dissimulé sous un graphisme rétro et enfantin inspiré par le dessin animé des années 90. Donc pour les discussions sur l’actualité, c’était un peu mort. Même si je le rejoignais en partie, étant fan de Will Eisner et à fond dans le label adulte de DC: Vertigo.

Bref, pour des raisons personnelles, je n’ai pas souhaité poursuivre l’essai après ma première journée. J’ai proposé à Jérôme de me payer avec les trade paperbacks qui étaient soldés au fond du magasin et nous nous sommes quittés sans rancune au terme de cette journée. Dans le train qui me ramenait chez moi, je repensai à cette journée ratée en me disant que j’avais été vendeur au Paradoxe Perdu durant une dizaine d’heures. J’étais un peu triste mais je crois que je n’aurai pas été heureux sur le long terme. La magie des lieux ne fonctionnait plus à partir du moment où j’y travaillais. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai pu bosser à la librairie Glénat durant trois ans, parce que ce n’était finalement qu’une librairie de bandes-dessinées comme j’en connaissais plein. Le Paradoxe Perdu, lui, était unique.

Une chose qui était appréciable au Paradoxe Perdu, c’était ses tables de soldes et de liquidations en tout genres. Et même si cette déclaration peut paraître déplacée à moins de deux jours de sa fermeture définitive, il convient de s’expliquer sur ce sujet.

Quand on a prit l’habitude de claquer plus ou moins 500.- à chaque passage dans cette boutique en achats de marchandises importées des States (et au début des années 2000, le taux du change n’était de loin pas aussi bas qu’aujourd’hui, on était plutôt proche de 2.- le dollar!), eh bien avoir l’illusion de faire quelques économies (parce qu’au final on dépensait juste encore plus!) en achetant des trade paperbacks à la moitié, voir au quart du prix indiqué, c’était quand même super appréciable.

Si je ne me souviens pas exactement du moment où la table de soldes a fait son apparition devant l’entrée du magasin, je me rappelle parfaitement de l’endroit où se trouvaient les premières liquidations à l’intérieur du magasin, dans la petite salle du fond!

Ce meuble massif et visiblement transformable (à la Rue des Bains, il a été séparé pour tenir le long de la mezzanine) se contournait tant bien que mal, vu qu’il y avait souvent des cartons par terre et du mobilier tout autour. Le haut était creux, ce qui permettait d’y poser des livres debout, ainsi que des figurines. Il était également creux à la hauteur des genoux, les bouquins y étant disposés sur la tranche, mais là je ne crois pas que c’était des soldes, simplement du stock, en tout cas au début.

Selon les venues, ce meuble débordait de comics mensuels, de trade paperbacks, d’action figures et de boites de maquettes poussiéreuses. On y trouvait même parfois de véritables mangas en japonais, ainsi que tout un tas d’art-books et des versions hardcovers de titres Marvel et DC principalement.

Et puis il y avait une quantité de productions indépendantes dont je n’avais aucune idée, des séries et des éditeurs qui ne me disaient absolument rien. Je me demandais qui pouvait bien acheter ces titres, souvent en noir et blanc et au graphisme souvent torturé. Visiblement personne.

Le choix était vraiment hétéroclite au possible et il m’est arrivé à quelques reprises de revenir carrément une semaine plus tard exprès pour finir de vider les titres que j’avais repérés dans ce meuble, car je n’arrivais pas à porter tout mes achats en une seule fois!

A force de toujours aller jeter un coup d’œil au fond du magasin à chacune de mes visites, ce qui a finit par se remarquer, j’ai fini par demander à Jérôme s’il avait encore plus de titres soldés qui n’étaient pas forcément en magasin, genre planqués derrière le comptoir ou dans le bureau en attente que la place se fasse dans le meuble.

Ma question lui semblant très drôle, il s’est mit à ricaner avant de me répondre en souriant par une autre question qui faisait à peu près ça:

– Tu voudrais voir ce que j’ai à la cave?

Et me voila donc à l’extérieur de la boutique en compagnie de Jérôme, ce dernier faisant quelques pas sur le trottoir en direction d’une porte qui donne à l’intérieur du bâtiment principal. Je le suis dans le couloir et nous finissons par descendre à la cave jusqu’à une porte qu’il finit par ouvrir avec une clé sortie de sa poche, m’invitant à entrer avec lui.

Et là… j’ai compris pourquoi ma question l’avait fait rire.

Le local devait bien faire une bonne vingtaine de mètres carré et était rempli jusqu’au plafond de comics et autres goodies! Carrément un second Paradoxe, pour le coup vraiment Perdu!

Après un petit tour des lieux, Jérôme me laissa la clé pour que je puisse fouiller à mon gré et remonta gentiment à la boutique. Je dois dire que cette marque de confiance m’a beaucoup touché, surtout en sachant la valeur de ce qui se trouvait autour de moi. J’aurai très bien pu remplir mes poches de pins et d’autres petits objets collector sans que personne ne s’en aperçoive. Évidemment je ne l’ai pas fait. Quel idiot ferait ça?

Seul au milieu du silence de cette cave, je passai la première demi-heure à tourner dans ce local, enjambant un nombre incalculable de cartons et de bordel en tout genres pour faire le tour de cet invraisemblable bordel organisé, butant ici et là sur des trésors plein de poussière.

En vrac, je découvris des boites de trading cards encore scellées, des années de catalogues Previews, ainsi que des tas de collectors Star Wars, Star Trek, Doctor Who et X-Files, certain de ces trucs étant même signés! Il y avait des maquettes de la Batmobile, de l’Enterprise, des quantités de mangas et de magazines anglophones, du matériel de jeux de rôles, des figurines en vrac et des jouets improbables qui auraient fait le bonheur de passablement de geeks.

Pour vous donner une idée générale de l’agencement des lieux, l’ensemble consistait essentiellement à deux énormes étagères de trois mètres sur trois adossées l’une à l’autre au milieu du local, tandis que deux des quatre murs étaient également constitués d’étagères qui les recouvraient entièrement.

Il y avait carrément de quoi ouvrir une seconde boutique dans cette cave! Et l’idée d’acheter le tout pour ouvrir ma propre enseigne sur Lausanne m’a bien effleuré un instant. Il y avait de quoi faire.

Classés alphabétiquement, les comics se trouvaient dans de longues boites en cartons prévues à cet effet. Et il y en avait au moins une centaine! Des milliers de comics (pas beaucoup de trade paperbacks, ce n’était que le début de cette ére) qui, pour la majorité, recouvraient la totalité des années 90. Beaucoup moins de comics des années 80, mais il y en avait quand même. Bon sang, une partie de ce stock devait dater du premier magasin…

En regardant la prolifération de titres Image, Valiant, Marvel et DC, je repensai à toute la spéculation des comic book shops de la décennie précédente qui les avait mené à leur perte. Trop de nouvelles séries, trop de numéros 1 faussement historique, trop de gadgets (couvertures qui brillent, métallisées, découpées ou en 3D et j’en passe) qui promettaient des bénéfices sur le long terme et qui ne valaient plus rien ou presque aujourd’hui. Combien de faillites de comic book shops à cause de ce stockage ruineux?

Heureusement, le Paradoxe Perdu, de par sa diversification et l’étendue de son choix, avait survécu à ce naufrage généralisé.

Après quelques heures à remplir une long box de mensuels, je remontai enfin, les mains noires de crasse. Jérôme me fit un prix de folie pour l’ensemble et je repartis chez moi avec le sourire, portant mes dix kilos de comics tant bien que mal jusqu’à la maison.

Une semaine plus tard, je retrouvais la cave, cette fois accompagné de mes amis Olivier et Stéphane ainsi que d’une voiture! Ensemble, tels des gamins dans une salle aux trésors, nous avons passé un après-midi mémorable qui restera gravé dans nos mémoires jusqu’à la fin de nos vies.

Mons seul regret, avoir oublié la magnifique enseigne lumineuse DC Comics qui se trouvait dans un coin et qui aurait fait une magnifique décoration pour ma bibliothèque. Je devais discuter de son prix avec Jérôme mais j’ai fini par oublier où je l’avais posée, accaparé par mes cartons remplis de comics…

Bordel, ce qu’on a pu ressasser cette journée autour de nous depuis, en parlant toujours avec des étoiles dans les yeux à nos amis et autres connaissances, fascinés bien que ne comprenant pas vraiment notre délire dans cette cave.

A un moment, Jérôme a même proposé de nous vendre le contenu total de la cave. On a bien hésité avant de décliner l’offre, contactant finalement une librairie belge qui s’est fait une joie de se ramener quelques temps plus tard avec une camionnette vide.

Je me souviens de mon retour chez moi, amassant mes cartons (remplis de centaines de comics) dans l’ascenseur avant de les poser dans ma chambre. M’asseyant sur le parquet pour souffler un peu, je vis que mes mains, bien que lavées dans une fontaine près du Paradoxe, étaient toujours un peu sales… et douloureuses. Je m’étais à plusieurs reprises coupé avec le papier. Ça m’a fait sourire. J’étais heureux.

Le milieu des années 2000 marque une période de changement dans ma fréquentation du Paradoxe Perdu, y passant plus aléatoirement du fait des événements de ma vie privée.

La fin de ma participation au fanzine Swof, la perte d’un emploi auquel j’avais consacré toute mon énergie et ma passion, ma première relation amoureuse qui s’était terminée dramatiquement, tout comme la suivante, l’avortement de mon projet d’ouvrir une boutique comics à Lausanne, ça plus le fait que je traversais ma petite crise de la trentaine, toutes ces choses ont fait que j’ai un peu mis de côté ma passion des comics pour me consacrer à ma vie privée.

Bien sûr, je n’avais pas complètement abandonné mes visites au Paradoxe Perdu, mais il y a bien eu des années où je n’y suis pas retourné. Du coup, à chaque fois que je franchissais la porte du Paradoxe, c’était comme des retrouvailles avec Jérôme et la boutique, retrouvailles qui reprenaient de vieilles discussions abandonnées et qui se terminaient irrémédiablement par un achat massif de comics.

Internet devenant un véritable magasin ouvert sur le monde, je commençais à y commander des comics de plus en plus souvent, y trouvant une alternative pour les fois où je ne pouvais me permettre mes coûteux voyages à Genève.

Et puis en 2009, je me suis mis en couple et ai emménagé chez ma compagne qui partage ma vie aujourd’hui. Comme elle était disquaire et libraire de profession, je n’ai eu aucun mal à intégrer mon univers au sien, lui faisant partager ma passion des comics au travers de récits qui terminèrent de la convaincre de s’y mettre à son tour.

En quelques mois, elle dévora Watchmen, The Sandman, The Killing Joke et quelques autres titres sélectionnés sur le volet. Elle se découvrit même une véritable passion pour Daredevil dont elle entreprit de lire le maximum de volumes.

Ce retour de flamme me redonna la passion de ce médium que j’avais quelque peu enterré. Recommençant durant un temps à commander des comics sur internet, je finis par retourner au Paradoxe Perdu tout naturellement pour reprendre vraiment contact avec ma passion.

Rien n’avait changé, sauf que cette fois, j’y allais avec mes nouveau ami(e)s et que le Paradoxe Perdu n’était plus notre seule centre d’intérêt. On s’arrêtait à Maniak et Antishop pour les fringues, à Tanigami pour les mangas, chez Aker pour les films et à deux ou trois autres endroits ciblés. Les retours en train étaient le moment le plus chouette, celui où on se montrait nos acquisitions de la journée. Je me souviens de l’exquise bienveillance de nos amies filles devant nos délires autour des comics.

Je suis même retourné dans la cave du Paradoxe avec deux d’entre-eux une fois. Elle était à nouveau pleine, plus comme avant mais quand même… L’occasion d’y trouver quelques classiques et de leur faire des cadeaux, ces deux-là, une fille et un garçon (encore un peu indécis à l’époque mais curieux), possédant aujourd’hui une belle collection de comics qui ferait bien des envieux.

Ainsi se termina ma fin des années 2000, entouré de mes super ami(e)s et de la femme que j’aime.

Et puis un beau jour d’avril 2011, le Paradoxe Perdu déménagea une seconde fois…

Une grande liquidation suivit l’annonce, le nouveau local à la Rue des Bains étant trop petit pour accueillir la quantité de matos qui se trouvait dans l’ancien, ainsi que dans sa cave.

Pour je ne sais quelles raisons (mais je pense qu’elles étaient financières, ayant toujours été un flambeur), je n’ai pas pu me rendre une dernière fois à la place Grenus (en fait c’est De-Grenus, mais comme pour le Au du Paradoxe, on ne le dit pas) pour participer à cette grande liquidation. Je me suis donc contenté d’assister à tout cela via internet au travers de la page Facebook du Paradoxe Perdu.

Au vu de certaines photos, ce fut une véritable razzia, de nombreux clients repartant avec d’énormes sacs remplis à ras-bord, d’autres remplissant carrément le coffre de leurs voitures. Et j’ai même entendu des anecdotes sur certains fanatiques qui revenaient chaque jour pour faire le plein. Il semblerait que parmi les clients hardcore, quelques-uns se soient même vidés de leurs économies pour acheter un maximum de trucs.

Je suis presque ravi de ne pas en avoir fait partie car, me connaissant, je n’aurai certainement pas été raisonnable très longtemps.

Moins glamour, quelques vautours jamais vus dans la boutique ne se sont pas privés d’acheter et de marchander un maximum afin d’aller ensuite revendre le tout sur internet. Mais bon, l’argent n’a pas d’odeur et il fallait vraiment qu’une partie du stock disparaisse pour emménager sans se prendre la tête à jouer à Tetris avec la marchandise.

Le reste de la marchandise dont personne ne voulait, même pour quelques francs, a été encore baissé, puis donné je crois. Il y avait d’ailleurs passablement de trucs gratuits, principalement des comics mensuels. Il ne me semble pas que quoi que soit ai été jeté ou abandonné sur le trottoir, mais encore une fois, je n’étais pas là. Je sais par contre que du matos à fini aux Puces et qu’une partie du mobilier a été embarqué par la Voirie.

D’après les retours que j’en ai eu (un ami y étant allé un jour), tout cela s’est passé dans une bonne ambiance. Même si Jérôme et son staff semblaient un peu stressés par le déménagement en cours, ils n’en ont rien montré et ces quelques jours de liquidation, en plus de remplir la caisse enregistreuse, furent propices à de belles discussions et même à quelques retrouvailles, certains anciens clients ayant retrouvé le chemin du magasin pour l’occasion!

Bon, j’arrête de broder, j’étais pas là.

Finalement, le Paradoxe Perdu rouvrit un 27 avril 2011 en organisant un concours de cosplay. Et je n’étais pas là. Il m’a fallu quelques temps pour revenir, ma vie étant un peu compliquée à cette période.

Le moment venu, je m’y rendis en compagnie d’un ami pour lui faire découvrir ce lieu qui avait tant compté pour moi. Le sachant fan de Mad Movies, de culture geek et de Buffy en particulier, je sentais qu’il allait y trouver de nouveaux centres d’intérêt. Et le temps me donna raison.

Passant par Plainpalais avant de nous arrêter à Virtual Dreams pour y trouver quelques jeux vidéos, nous continuâmes notre chemin derrière le bâtiment pour nous retrouver enfin sur la Rue des Bains et marcher sur le nouveau Paradoxe Perdu.

Nous approchant du numéro 23, mon sentiment était que cette rue était bien peu propice à y faire du commerce, qui plus est spécialisé, étant bien trop éloigné du centre-ville et de ses commerces grand-public. Il n’y avait pas de gigantesque centre commercial dans le coin pour attirer le chaland comme c’était le cas à Grenus… Seule consolation, une ligne de bus s’arrêtait droit devant la boutique. C’était déjà ça.

Une fois de plus, empêchant mon ami de rentrer de son pas décidé, je restai un instant à contempler la désormais seule et unique vitrine de la boutique. J’y vis quelques statuettes Kotobukiya et les objets habituels que je m’attendais à trouver dans une vitrine du Paradoxe Perdu. Tout était comme avant, l’endroit avait simplement changé de place mais rien n’avait vraiment changé.

Et je rentrais enfin dans le troisième Paradoxe Perdu (Oui, je sais, ça ferait un super titre de bouquin).

La mémoire étant parfois une ennemie, je ne peux dire si Jérôme était là cette première fois. Comme dans le passé, il m’arrivait de le croiser une fois sur deux, parfois même une fois sur trois. Il m’est également arrivé d’être là en train de fouiller dans les étagères ou les bacs et, l’entendant arriver (avouez que personne n’a la même voix que lui et que quand il parle on sait que c’est lui et pas un autre!), me disant que j’allais bientôt lui dire bonjour, j’arrivais finalement trop tard car il venait de repartir pour faire une course. Bref, je ne sais plus s’il était là.

Même chose pour Clara, sa chienne. je ne saurai dire si je l’ai caressée ce jour-là, comme toute les autres fois où je l’ai vue.

Ma première impression, une fois la porte passée, c’est que, effectivement, le nouveau Paradoxe Perdu était plus petit. Et que, encore plus que par le passé, on en avait plein les yeux où qu’on les braquent. Aaaa… la première boutique était quand même pire.

D’une profondeur respectable, le local disposait d’un petit escalier en son milieu pour accéder au fond de stock, l’avant étant réservé aux nouveautés, à quelques vitrines remplies de statues, ainsi qu’à la caisse, à nouveau dos à la vitrine. Il y avait de la place pour passer malgré quelques cartons d’arrivages au sol.

Déambulant dans la boutique à mes côtés, je vis mon ami particulièrement intéressé par des art-books consacrés à des jeux vidéos récents, ainsi qu’à la pléthore d’adaptations de l’univers de Buffy par Dark Horse Comics. Le regardant compulser tout ces ouvrages dont il ne soupçonnait  pas l’existence, je souris, le sachant ferré comme je l’avais été vingt ans plus tôt.

Lorgnant sur les superbes statues Batman black & white, je finis par en acheter une, la première d’une longue série après avoir arrêté pendant presque une décennie l’achat d’objets en relations avec ma passion des comics.

Me décidant à monter l’étroit escalier qui montait à la mezzanine, faisant craquer les marches sur mon passage, je me retrouvai à ce second étage au plafond trop bas pour moi, m’obligeant à me baisser pour avancer, ce qui m’amusait beaucoup.

Totalement émerveillé par la paroi d’action figures que je venais de longer et par les quantités d’autres qui se trouvaient devant moi, je découvris également une quantité d’objets fabuleux qui, heureusement pour moi, n’étaient plus de mon âge.

Les quelques comics que j’y trouvais, principalement des liquidations, me donnèrent une bonne excuse pour aller me vautrer dans le canapé qui se trouvait là, passant devant l’écuelle de Clara et shootant dans une balle en caoutchouc qui devait être sa meilleure amie après Jérôme.

Prêt à partir, chargé d’une bonne quantité de trade paperbacks et de ma statue Batman, je demandais comme souvent à acheter un Previews au sympathique vendeur. Ce dernier, vu la somme que j’avais dépensé, décida de me l’offrir. Je le remerciai, évitant de préciser qu’on me l’offrait toujours. Pas besoin de se vanter non plus pour un simple catalogue de vente. Mais c’est vrai que j’ai toujours trouvé cool qu’on puisse me l’offrir après usage, même s’il coûtait cinq dollars.

Dans le train, mon ami me l’emprunta pour le feuilleter en long et en large, totalement fasciné par le fait que cet annuaire en couleurs richement illustré puisse sortit tout les mois. Quelques jours plus tard, j’ai finis par le lui donner.

Ayant prit le pli de venir accompagné au Paradoxe Perdu (les années m’ayant transformé en animal social), il m’arrivait encore d’y aller seul quand l’humeur s’y prêtait, m’y faisant même une fois déposer en voiture par ma belle-maman après avoir déposé ma copine à l’aéroport. Mais ces deux dernières années, j’avais pris l’habitude d’y aller avec mon ami fan de Buffy, ce dernier ayant commencé à se monter une petite collection de comics, y incluant les anthologies Aliens Omnibus ainsi que Hack & Slash, une série d’horreur dont il avait carrément acheté les cinq premiers tomes d’un coup.

M’accompagnant une nouvelle fois en décembre de l’année dernière, nous nous y rendirent (sans vraiment le savoir) pour célébrer les 32 ans du Paradoxe Perdu autour d’un apéro et d’une mini exposition.

Le Paradoxe Perdu y présentait les œuvres de Paul Lançon, un artiste créant d’étranges créatures qui semblaient sorties tout droit des cauchemars de H.R. Giger, John Carpenter et Clive Barker réunis! Intitulé Metamycologie et disposant même d’un documentaire monté de toutes pièces (un documenteur donc), ce projet pour le moins troublant tentait de nous faire croire à l’existence de créatures hybrides vivant dans la nature depuis l’aube des temps. je dois bien avouer qu’après la vision de la vidéo en question (appuyant cette entreprise de falsification avec maintes interviews truquées et témoignages loufoques de pseudo scientifiques), j’avais soudain un doute… D’autant plus que ces affreuses choses se trouvaient exposées dans les vitrines de la boutique et qu’elles étaient criantes de vérité.

Événement oblige, de nombreux fidèles s’étaient donné le mot pour être présent ce jour-là. Mais la meilleure surprise (en plus de rencontrer enfin Tiinna, la compagne du boss) fut de tomber sur mon vieil ami Patrick Bertholet, ancien gérant de la librairie Glénat où j’avais travaillé, mon ancien boss de Naville  à Saint-François quand je m’occupais du sous-sol et, surtout, l’un des trois membres fondateurs du Paradoxe Perdu.

Alors que nous étions partagés entre l’idée de rentrer avec nos achats et celle de continuer à discuter avec tout ces merveilleu(ses)x inconnu(e)s que j’avais certainement croisé des tas de fois dans le passé sans vraiment leur prêter attention, les heures passaient et la nuit était déjà tombée depuis un bon moment.

Au final, nous sommes restés, et une fois qu’il était vraiment temps de fermer la boutique, nous sommes allés manger dans un restaurant avec la quinzaine de personnes encore présentes. Ce fut un très chouette moment, rythmé par de grandes conversations, ainsi que de grandes déclarations d’amour au Paradoxe Perdu.

Grand prince, Jérôme nous a offert à toutes et tous le repas. Mon ami était scié par une telle générosité. Étant un gros cynique, je me suis simplement dit que c’était un bon rabais de fidélité pour mes deux décennies et demie d’achat! Non, je déconne, j’étais sur le cul aussi.

A propos de déclaration, celle que j’ai faite à Jérôme, en sortant du restau,valait d’ailleurs son paquet de cacahuètes, mais je crois que j’avais besoin que ça sorte, il fallait que je saisisse l’occasion de dire à cet homme à quel point sa boutique avait compté pour moi durant cette période qui couvrait la moitié de ma vie.

Il a eu la gentillesse de m’écouter jusqu’au bout et, sachant que j’étais sans emploi depuis peu, m’a invité à lui envoyer une offre d’emploi, au cas où.

Nous quittant sur le trottoir, nous rejoignîmes Patrick et son fascinant ami (un gars qu’il désirait me présenter depuis des lustres) pour partir en direction de la gare afin de rentrer sur Lausanne. Le trajet de retour fut la suite logique de cette soirée, chacun ressassant ses souvenirs tout en partageant sa culture personnelle comme on raconte sa vie.

A un moment le Previews s’est invité hors de mon sac et l’ami de Patrick s’est chargé de le lire en commentant avec beaucoup d’humour les choses invraisemblables qui s’y trouvaient.

Il allait de soi que des invitations Facebook allaient êtres envoyées dès nos ordinateurs allumés.

Mon téléphone sonna quelques jours après l’anniversaire des 32 ans du Paradoxe Perdu. C’était Jérôme. Il me proposait de remplacer au pied levé une de ses vendeuses qui venait de démissionner pour des raisons personnelles.

Noël arrivait en avance cette année…

Je répondis bien évidemment par l’affirmative et une date fut fixée pour commencer, genre un ou deux jours plus tard. Ce fut la joie durant des heures, l’euphorie presque, car j’avais quand même beaucoup d’appréhension, surtout après cet essai raté une décennie plus tôt.

Mais la vie avait décidé de me jouer un tour. Si je n’avais plus de travail, c’était parce que j’avais fait un burn-out trois mois plus tôt. Je pensais naïvement être remis. J’avais tort. Je n’étais pas aussi fort que ça.

Célébrant la veille la nouvelle à la maison avec ma copine et un peu plus tôt deux de mes amies, je ne me rendis compte que trop tard que, à l’intérieur de moi, mes nerfs commençaient à se tendre comme des câbles. Je commençais à montrer des signes inquiétants de raideur dans la jambe droite mais ne pris pas la peine de m’en inquiéter comme il aurait fallu. Un mal de dos me donna ensuite toutes les peines du monde à me coucher. Évidemment, le sommeil n’arriva pas rapidement.

Mon réveil fut brutal et douloureux.

M’obstinant à nier ce qui était en train de m’arriver, je me levai pour me préparer à sortir de chez moi dans le but d’aller prendre le train pour Genève. Une fois dehors, je réussis à marcher cinq-cent mètres avant que ma jambe ne me fasse crier de douleur.

Alors je suis resté là au milieu du trottoir, me demandant ce que j’allais faire. Je pouvais peut-être quand même y aller et passer la journée à boiter en essayant de travailler… Oui. Allez!

Dix minutes plus tard, je prenais le bus pour rentrer chez moi, incapable de remonter les cinq-cent mètres qui me séparaient de ma porte.

J’ai téléphoné pour expliquer le problème à Jérôme, tombant sur son vendeur. Il a semblé comprendre, transmettant ma proposition de venir le lendemain à son chef. Mais entre-temps, un autre coup dur tombait sur Jérôme et il me rappela le soir afin de m’annoncer qu’il ne pouvait plus se permettre de s’offrir un second vendeur, me souhaitant au passage un bon rétablissement.

Je me rendormis afin d’oublier. Après une semaine à attendre comme un con que ma douleur disparaisse par magie, ma copine, excédée par ma souffrance, m’obligea à me rendre aux urgences avec elle en pleine nuit. Au bout du compte, on me diagnostiqua une hernie discale. Joyeux Noël!

Je ne revins jamais au Paradoxe Perdu.

Le 27 février, Jérôme annonçait la fermeture prochaine de sa boutique.

Je fis une rechute deux semaines plus tard.

C’est donc le 27 février dernier que Jérôme annonça sur Facebook la fermeture à venir du Paradoxe Perdu.

Les explications sont sur sa page, je ne reviendrai pas là-dessus, c’est un peu le sort commun de tout les petits commerces spécialisés. Pour ce qui est des raisons, tout le monde a sa petite théorie également et je pense que cette discussion n’aura jamais de fin. Le Paradoxe Perdu si, hélas.

La boutique de Jérôme ne fêtera donc jamais son 33ème anniversaire et ça c’est moche.

Et tandis que tout ce précieux stock se retrouve soldé, la date fatidique de fermeture se rapprochant à vitesse grand V, Jérôme continue d’assurer le suivi de ses commandes clients, des abonnements en cours et des arrivages de nouveautés commandées avant la déchirante annonce.

Et moi qui ne viens toujours pas… qui n’arrive pas à m’imaginer franchir le seuil de son entrée pour aller parler à Jérôme et lui dire à quel point je suis désolé que cet endroit ferme ses portes. Juste le truc qu’il doit entendre cinquante fois par jour!

Pire, l’idée même de venir faire les soldes du Paradoxe Perdu m’horrifie. Savoir qu’après ces dernières liquidations, il n’y aura plus rien. Qu’avec toutes ces marchandises bradées, je ne pourrai pas acheter une statue à plein tarif ou quelques nouveautés plein pot qui fassent gagner de l’argent à ce commerce.

En fait c’est ça. Alors que des connards viennent se répandre à la suite d’articles parus dans la presse annonçant la fin du Paradoxe Perdu, balançant des commentaires comme quoi il faudrait être idiot pour payer 40% de plus dans un boutique spécialisée alors que les même articles sont disponibles sur Internet, moi, je veux faire gagner de l’argent à cette boutique!!! Parce que quand elle disparaîtra, il ne restera plus qu’internet. Et cette simple idée, qui m’est pourtant économiquement favorable, m’est également totalement insupportable!

Alors j’y vais pas. Je râle dans mon coin, je refuse d’accompagner mes amis qui finissent par y aller sans moi. Par contre je n’oublie jamais de leur demander de me raconter comment ça s’est passé. Si Jérôme avait le morale, s’il n’y avait pas trop de mecs louches qui dévalisaient la boutique, ce genre de trucs…

Je suis également la page Facebook avec les photos qui sont ajoutées régulièrement, les bustes et autres statues bradées, des trade paperbacks incroyables vendus pour une thune… Fuck, ça me rappelle quand je bradais des Bowie et des Dylan dans mon centre commercial…

La photo du divan à vendre qui se trouvait dans la mezzanine est également un crève-cœur. Même cette connerie de vitrine en métal que je connais depuis toujours! A Grenus, elle était au fond du magasin, parce qu’elle faisait pas assez moderne. J’espère que celui ou celle qui l’a achetée n’ira pas la revendre aux Puces. Une vitrine comme ça, tu la place au milieu de ton salon et ensuite tu fais bien gaffe à mettre que des trucs cool à l’intérieur.

Le mois de mai arrivant, l’idée de retourner une dernière fois présenter mes hommages au patron du Paradoxe Perdu se fit à nouveau sentir. Mais je n’y arrivais pas.

A force d’en parler à mes amis, et principalement à Patrick Bertholet, l’un des trois membres fondateurs du Paradoxe Perdu, l’idée de rédiger une chronique commença à germer dans mon esprit.

Le seul problème, c’est que j’avais arrêté d’écrire depuis des lustres. Je n’écrivais plus dans Daily Rock et ma page WordPress, après presque une décennie d’écrits, était à l’abandon depuis plusieurs mois!

C’est le départ de Suisse de mon ami Olivier Toublan, un de mes collègues du fanzine Swof (qui fut disponible jusqu’en 2003 au Paradoxe Perdu) qui m’a véritablement donné l’élan qui me manquait.

Et voilà où nous en sommes en ce samedi 13 juin 2015. Treize chroniques (et une hors-série car un peu trop personnelle) plus tard. Il est cinq heures du matin, je n’ai pas dormi de la nuit car il fallait que j’écrive cette dernière chronique.

Dans quelques heures, Au Paradoxe Perdu va ouvrir ses portes pour la toute dernière fois de son histoire. La boutique sera probablement noire de monde et les derniers comics seront liquidés pour une bouchée de pain.

Il y aura David Tang, un homme qui participa brièvement à l’aventure il y a de cela plus de deux décennies avant de repartir à Singapour. Hier, il est revenu exprès pour Jérôme, ignorant que le magasin allait fermer ses portes. Il sera à nouveau là pour ce dernier jour. Peut-être même derrière le comptoir… qui sait?

Même moi je serai là.

On m’a obligé à venir.

J’ai pas eu le choix.

En y réfléchissant, l’ai-je vraiment eu?

Bon, il est où le Champagne, j’ai soif, mon verre est vide…

Au Paradoxe Perdu est mort. Vive Le Paradoxe!

THE END

FRAN  CLIENT 1991-2015

 

 

EPILOGUE (2016)

En compilant ces 13 chroniques (et un hors-série) pour cette intégrale (rajoutant des photos pour remplacer celles ayant disparu depuis), je me suis rendu compte que je n’avais jamais vraiment terminé ces souvenirs du Paradoxe Perdu, occultant cette dernière journée d’ouverture à laquelle je m’étais rendu en compagnie d’un couple de mes amis. C’est d’ailleurs grâce à l’insistance de Daniel que je suis finalement revenu sur ma décision initiale, désirant garder une image absolue de mon comic shop préféré.

Nous sommes donc arrivés en début d’après-midi à  Genève. Il faisait beau pour ce dernier jour. Nous avons traversé la rue pour arriver sur le trottoir, apercevant quelques personnes en train de fouiller les bacs de comics devant la boutique, dont une jolie jeune fille dans le lot. Reconnaissant le fameux David Tang, assis sur un banc avec sa femme, je ne résista pas à l’envie d’aller lui parler quelques instants, découvrant un homme sympathique et visiblement aussi ému qu’étonné d’être reconnu de la sorte.

Rentrant enfin au Paradoxe Perdu, pour la première fois depuis je ne sais combien de mois (mais surtout pour la dernière fois), je découvris une petite foule qui me rappela l’effervescence de la boutique dans les années 90-2000. Saluant Jérôme en lui apportant une bouteille de vin, ce dernier me rappela (tout en acceptant la bouteille) que les années lui avaient appris une chose, à savoir que la clientèle du Paradoxe n’était pas branchée alcool. Il alla poser la bouteille au fond du magasin où se trouvait le petit apéro monté pour l’occasion, puis repartit vaquer à sa clientèle, tout le monde semblant désirer s’approprier le patron en cette dernière journée.

Pour ma part, je finis évidemment pas me laisser tenter par les bacs de soldes, les trade paperbacks étant descendus à 2.- Et c’est ainsi que je dépensa mon dernier billet de 50.- dans la pile de comics qui se trouve ici représentée, achetant également un journal intime estampillé Green Lantern qui me sert depuis comme wantlist ultime, y ayant référencé tous mes comics manquants, ainsi que mes mangas, bandes dessinées et même mes cds!

Retombant sur nombre de visages connus, je discutai avec quelques anciens vendeurs, ainsi que l’entourage proche de Jérôme, à savoir sa compagne, son ancienne comptable, ainsi que de vieux amis (certains se rappelant mieux de moi que moi d’eux), sans oublier quelques clients, récents ou anciens, reprenant avec l’un d’eux une discussion entamée dans les années 90! Je réussis même à m’accaparer le patron pour quelques précieuses minutes, tandis que la boutique continuait de se vider (les vitrines s’éloignant sur le trottoir…).

A un moment, Jérôme fit un petit speech d’une sobriété exemplaire, nous remerciant toutes et tous d’avoir participé à cette aventure à un moment ou un autre.

Je ne me souviens plus de tout ce qui s’est dit, je me rappelle surtout d’avoir traversé la boutique à plusieurs reprises durant ces deux ou trois heures, montant à l’étage au moins deux fois pour finir par me retrouver à discuter (un verre à la main) avec un des derniers vendeurs (et un client) dans la petite cour donnant derrière.

Et puis nous sommes finalement partis, saluant un maximum de personnes avant de repartir à la voiture avec nos achats, la femme de mon ami ayant littéralement pillé ce qui restait du stock de musiques de films du Paradoxe Perdu.

David Tang était de nouveau assis sur le banc un peu plus loin sur le trottoir, ce qui me permit de le saluer en dernier.

De retour chez moi plusieurs heures plus tard, j’allai sur la page Facebook du Paradoxe pour voir les quelques commentaires et photos postées, ce que je fis également les jours suivants, lisant quelques anecdotes savoureuses de cette dernière journée (la discussion se transformant en vol involontaire!)

Quelques temps plus tard, des nouvelles inattendues nous firent espérer à une résurrection du Paradoxe Perdu. Bien sûr, nous savions que Jérôme maintenant son système d’abonnements pour ses clients, mais il ne s’agissait pas que de ça, une librairie semblant sur le point d’accueillir le Paradoxe en son ceint.

Les semaines passèrent, puis les mois, jusqu’à-ce que l’on apprenne finalement que cela ne se ferait pas, les raisons véritables important peu.

Au Paradoxe Perdu était bel et bien fermé et ne rouvrirai pas.

Mais quelle belle aventure ce fut.

THE END FOR GOOD

 

 

 

 

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Une réflexion sur “SOUVENIRS D’UN COMIC SHOP: AU PARADOXE PERDU

  1. Une fois de plus, cet article a perdu ses nombreux commentaires… c’est entièrement de ma faute, ayant changé plusieurs fois sa présentation et place dans mon blog. Ce sera la dernière fois, cette version étant finale à mon sens. Désolé pour vos messages, j’espère qu’ils reviendront.

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