THE INVADERS, THE COMPLETE COLLECTION PAR ROY THOMAS

Cover for Invaders Classic: The Complete Collection (Marvel, 2014 series) #1

 

C’est avec une nostalgie énorme que j’ai relu pour la première fois depuis mon enfance (la série était publiée chez nous dans le mensuel Titans) les quelques 1000 pages de ces deux volumes des Envahisseurs. Bien que la série datait de la deuxième moitié des seventies , l’action se déroulait durant la deuxième guerre mondiale et mettait en scène les premiers super-héros des années 40. The Invaders fut la première tentative de l’éditeur new-yorkais (mais surtout de Roy Thomas, éditeur, scénariste et sauveur de Marvel avec l’achat de la licence Star Wars) de rendre hommage à ses héros du golden age.

Cover for The Invaders (Marvel, 1975 series) #1

Crées au début des années 40 chez Timely Comics (qui deviendra Marvel Comics au début des années 60), Captain America, Bucky, The Human Torch (l’androïde, pas Johnny Storm des Fantastic Four), Namor the Sub-Mariner, Miss America et quelques autres (de cette période charnière pour le genre), n’allaient pas tarder à devenir des héros de propagande américaine pour l’effort de guerre, les comics étant envoyés aux troupes pour remonter le moral des soldats. A l’époque, certains titres tiraient à plus d’un million d’exemplaire et il était commun de voir des enfants lire des comics en bande et de se les échanger.

Combattant chacun de leurs côtés les  »forces du mal » et n’étant la plupart du temps réunis que l’espace d’une image, ces héros patriotiques n’eurent jamais l’occasion de former une véritable équipe. Le genre étant encore nouveau, le fait d’allier des personnages de différents titres était bien trop ambitieux pour l’époque. En général, ils étaient représentés sur la couverture mais restaient en solo à l’intérieur du comic, chacun vivant sa propre aventure de son côté. La deuxième guerre mondiale allait quelque peut bouleverser cette habitude mais jamais jusqu’au point de créer une véritable équipe de super-héros, en tout cas pas avant l’année 1946 et le très éphémère comic All-Winners Squad, véritable ancêtre de ce qui serait un jour The Invaders.

Cover for The Invaders (Marvel, 1975 series) #6 [25c Variant]

Trois décennies plus tard, Roy Thomas décida de remédier à cette occasion manquée, y ajoutant quelques personnages un peu plus obscures, voir carrément oubliés. C’est donc par un beau jour de l’été 1975 que The Invaders prirent leur premier envol, d’abord au travers d’un one-shot géant, puis, deux mois plus tard, avec leur propre série qui dura trois ans et demi. Une année de trop comme on va le voir plus bas.

Scénarisé par Roy Thomas (Conan The Barbarian), secondé par Archie Goodwin (éditeur consultant) et principalement dessiné par le légendaire Frank Robbins (Johnny Hazard, Batman) et encré par Frank Springer, The Invaders raconte avec une naïveté des plus rafraîchissantes les combats de ce groupe de super-héros contre les forces du Troisième Reich et de sa clique de super-villains fascistes, tels U-Man, Baron Blood ou encore Warrior Woman. Le style très rétro de Robbins fait des merveilles, épaulé à quelques reprises par un autre monstre sacré en la personne de Don Heck. Cerise sur le gâteau, le roi Jack Kirby et le très classieux Gil Kane s’invitent à la fête au travers de quelques couvertures stupéfiantes d’énergie.

Les lecteurs comme moi nés dans les années 70 apprécièrent énormément ce retour dans le passé, car il avait le pouvoir de nous faire vivre des aventures que nous n’avions jamais vécues, la seule guerre que nous connaissions étant celle qui venait de s’achever au Vietnam. Je viens d’ailleurs de réaliser que seuls ceux qui avaient mon âge actuel à cette époque ont dû  retomber en enfance à la lecture de cette série qui reprenait leurs héros.

 

Cover for Invaders Classic: The Complete Collection (Marvel, 2014 series) #2

Le volume 2 de cette intégrale (la précédente édition comportait quatre volumes plus fins) termine le run initial de Roy Thomas et son équipe sur la série. Il est également plus variable au niveau de la qualité, Thomas se faisant épauler au scénario par le fanboy Don Glut, tandis que Frank Robbins quitte définitivement l’aventure une année avant sa conclusion.

C’est d’ailleurs là que le bas blesse, le style dynamique, élégant et superbement old school de Robbins étant véritablement la signature de The Invaders. J’adore Roy Thomas mais en voulant faire à tout prix aussi désuet qu’à l’époque, ses histoires ne réussissent qu’à êtres inconsistantes et téléphonées, le pire étant les dialogues qui semblent tout droit sortis de vieux serials. Et sans Frank Robbins, tout s’écroule comme un château de cartes, The Invaders redevenant une de ces séries standards des années 70 publiées par Marvel.

Cover for The Invaders (Marvel, 1975 series) #26

Alan Kupperberg reprend le graphisme comme il peut, l’encrage de Frank Springer )lui aussi bientôt sur le départ) sauvant un temps les apparences. Heureusement, Don Heck signe quelques rares épisodes, redonnant brièvement cette touche retro perdue avec le départ de son dessinateur vedette. Mais il est hélas trop tard pour sauver la série, Roy Thomas n’étant plus que son éditeur, laissant à Don Glut le soin de signer son chant du cygne, la série s’achevant péniblement en 1979.

Revival oblige, Marvel sortit une mini-série en quatre parties en 1993. Bien que scénarisée à nouveau par Roy Thomas, cette aventure de 1942 est dessinée par un certain Dave Hoover qui, en plein boum Image Comics, cumulait toutes les tares graphiques de cette terrifiante décennie. Muscles hypertrophiés, décors inexistants et hachurages omniprésents terminent de transformer ce retour en une vaste blague bien à l’image de cette triste époque où tout le monde dessinait sur le même modèle.

Cover for The Invaders (Marvel, 1975 series) #34

Le pardon arrive en 2005 avec une bien trop courte nouvelle histoire de Roy Thomas, cette fois secondé au dessin par l’excellentissime Lee Weeks, ce dernier sublimant une aventure qui voit The Invaders porter secours aux présidents Churchill et Roosevelt menacés par deux soldats nazis gigantesques en mode mission suicide. 16 pages de bonheur qui rachètent haut la main la centaine de pages de 1993 dont il aurait mieux valu utiliser à la présentation de quelques histoires des années 40, histoire de proposer une expérience complète.

Dernier cadeau de cette intégrale, la réédition de What If The Invaders had stayed together after World War Two? datant de 1977 et ultime occasion de retrouver le trio magique Thomas, Robbins et Springer sur une variation historique de leur fameuse série.

Comme pour le premier volume, les dernières pages font office de bonus avec quelques dessins promotionnels, des pin-ups, des pages de courrier des lecteurs et des planches en noir et blanc.

A nouveau publiés depuis une décennie, The Invaders n’en finissent plus de convoquer les fantômes et autres vieux démons du passé.

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