DOOM PATROL PAR GRANT MORRISON ET RICHARD CASE

 

 

Créée en juin 1963 par Arnold Drake (co-créateur de Deadman et The Guardians Of The Galaxy) et Bob Haney (co-créateur de The Teen Titans) pour DC Comics, Doom Patrol raconte les aventures extraordinaires d’une équipe bien étrange de super-héros menée par un leader en… chaise roulante, cela trois mois avant qu’une nouvelle série de Marvel comics scénarisée par Stan Lee ne voie le jour. Son titre? The X-Men (sous-titrée: The Strangest Super-Heroes Of All!) ! Inutile de dire qu’autant Arnold Drake que Bob Haney n’apprécièrent guère le geste de Stan Lee, ne manquant jamais de rappeler qui était là en premier dans leurs interviews futures. Hélas, internet n’existant pas à l’époque pour vérifier à coup sûr les trois mois d’écart entre les deux publications, bien peu se souviennent aujourd’hui de ce décalque malhonnête.

Nés d’une tragédie, chacun des membres de la Doom Patrol possède un pouvoir ou une particularité spécifique. Robotman est l’homme d’acier, Elasti-Girl à la capacité de grandir ou de réduire son corps, Negative Man est constitué d’une énergie qui lui permet de voler ou de passer à travers la matière, quand à The Chief, il est le scientifique de génie et cerveau de l’équipe. Ensemble, ils tentent de protéger le monde de super-criminels. Rejetés par une humanité qui ne les comprends pas, nos héros doivent également luter contre leurs propres démons, chaque membre prenant sa nouvelle condition comme une malédiction et non pas comme un don, ce qui occasionnera de graves troubles psychologiques chez chaque membre de l’équipe dans le futur.

Le titre s’arrêtera en 1968 avant de revenir en 1977 avec de nouveaux personnages à l’exception de Robotman. Le deuxième reboot intervient en 1987 avec la série dont je vais vous parler, mais cela se fera en deux temps. D’abord lancée comme une banale publication de super-héros, Doom Patrol se noie dans la masse des séries DC comics durant 18 numéros. Mais les choses changent en cette fin des années 80 et principalement grâce à certains auteurs anglo-saxons totalement décomplexés, tels Alan Moore, Neil Gaiman, Jamie Delano ou encore l’écossais Grant Morrison.

Cover for Doom Patrol (DC, 1987 series) #26

Auréolé de son passage sur Animal Man, Morrison va faire en sorte de retrouver l’esprit originelle de la série en y incorporant tout un tas de références surréalistes qui vont en faire à nouveau the world’s strangest heroes. Retrouvant l’équipe fondatrice, il y incorpore de nouveaux membres, dont Crazy Jane, Danny the Street et Flex Mentallo. Numéro après numéro, Doom Patrol va repousser les limites de l’étrange et du bizarre, Morrison pondant les histoires les plus invraisemblables de sa carrière, créant une nouvelle gamme d’ennemis totalement improbables dont les motivations profondes semblent aussi approximatives que leurs costumes. Sans oublier quelques épisodes bien barges parodiant la concurrence avec des versions à peine déguisées du Punisher ou de X-Force. En comparaison, les quelques interactions avec le DC Universe paraissent bien factuelles pour ne pas dire banales.

Cover for Doom Patrol (DC, 1987 series) #33

Mais si l’on devait se rappeler d’une seule chose dans cette nouvelle version de Doom Patrol, c’est bien la couche que tient chaque personnage de l’équipe. Ces gens représentent le cauchemar ultime de la psychothérapie, car leur but est quand même d’aider leurs prochains alors qu’ils sont totalement incapables de s’aider eux-mêmes, leurs pathologies s’aggravant même pour certains épisode après épisode. On en arrive même à des extrémités improbables ou nos héros affrontent des criminels plus sains d’esprit qu’eux!

Cover for Doom Patrol (DC, 1987 series) #37

Pour l’aider dans cette démarche artistique hautement risquée, notre scénariste peut compter sur l’aide de Richard Case, un estimable artiste aujourd’hui retiré des comics et qui laissa son empreinte sur quelques titres Vertigo de DC ainsi que chez Marvel avant d’aller travailler comme illustrateur pour Ubisoft. Case accompagnera Morrison sur tout son run, ne s’absentant que rarement de son poste d’illustrateur en chef des délires psychédéliques de l’écossais dément.

Cover for Doom Patrol (DC, 1987 series) #44.

Autre appui de taille cette fois, celui de Simon Bisley (Lobo, Slain) qui va peindre des dizaines de couvertures toutes plus iconiques les unes que les autres, créant un écrin de luxe autour des dessins parfois un peu ternes et sans génie de Richard Case. Cette tradition de donner la couverture d’un comic à un autre illustrateur que celui présent sur le récit est une habitude qui s’est popularisée dans les années 90 avec l’arrivée de publications destinées à un lectorat plus adulte et plus exigeant. Cela servait surtout à vendre des histoires qui étaient bien mieux scénarisées que dessinées. Et le lecteur semblait y trouver son compte, ayant de bonnes histoires avec une belle couverture et un dessin secondaire.

Cover for Doom Patrol (DC, 1987 series) #57

Quittant la série au numéro 63 (sous une belle couverture dessinée par Richard Case pour l’occasion), Grant Morrison laissa son lectorat sous le choc d’une révélation finale plutôt difficile à avaler, remettant en perspective les fondations-mêmes de l’entièreté de la série. Après son final quelques années plus tôt à l’épisode 25 de Animal Man, il ne pouvait décemment pas en faire autrement avec Doom Patrol.

Cover for Doom Patrol (DC, 1987 series) #63

La série continuera encore quelques années son chemin sous la bannière Vertigo (Richard Case quittant le titre quelques mois après Grant Morrison). Puis le titre s’arrêtera en 1995 avant de renaître en 2001, 2004 et 2009, hélas à chaque fois en mode super-héros mainstream et jamais pour très longtemps. Aux dernières nouvelles, Gerard Way (ancien chanteur de My Chemical Romance et scénariste de la très populaire Umbrella Academy pour Dark Horse Comics) serait sur le point de lancer une nouvelle série chez Vertigo, mettant un terme à leur politique de ne publier exclusivement que des titres appartenant à leurs auteurs.

Le run de Grant Morrisson et Richard Case a été collecté au travers de six trade paperbacks (avec de magnifiques couvertures de Brian Bolland comme celle de l’introduction de cet article), ainsi que d’une intégrale cartonnée que je vous recommande chaudement si vous désirez lire quelque chose de complètement fou et définitivement malsain.

Publicités

2 réflexions sur “DOOM PATROL PAR GRANT MORRISON ET RICHARD CASE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s