BEFORE WATCHMEN

 

Comme beaucoup de jeunes gens de la fin des années 80, j’ai découvert Watchmen avec la traduction française de Jean-Patrick Manchette pour les éditions Zenda. Le comic de Alan Moore et Dave Gibbons m’a laissé un sale goût dans la bouche, comme de la rouille mélangée avec du sang et un peu de sperme. Jamais plus je ne verrai les super-héros de la même façon. Et en effet ce n’était que le début… Depuis, j’ai relu Watchmen un nombre incalculable de fois.

Trois décennies plus tard, DC Comics décide de relancer Watchmen sans l’aval de Alan Moore mais avec la crème de la crème de ses artistes. On allait voir ce qu’on allait voir… Eh bien j’ai lu toutes ces nouvelles histoires et voici mon humble avis, résumé brièvement titre  après titre.

 

Cover for Before Watchmen: Minutemen (DC, 2012 series) #3

MINUTEMEN

Fascinante et trop courte incursion dans cette équipe des années 40 représentant l’âge d’or des super-héros. Darwyn Cooke joue la carte de la nostalgie et ça fonctionne, tant avec son histoire, belle et sordide à la fois, qu’avec son dessin rétro qui séduit dans un premier temps pour mieux nous emmener dans une direction totalement inattendue l’instant d’après. Du très grand art de la part d’un artiste au top de sa créativité.

Cover for Before Watchmen: Silk Spectre (DC, 2012 series) #1

SILK SPECTRE

Tribulations psychédéliques sans véritable intérêt pour la fille du Comédien. L’histoire se perdant dans les affres de l’adolescence la plus banale. Darwyn Cooke, pourtant excellent avec sa propre histoire,  semble ici totalement perdu avec son script tronqué. Quand au style  »à la Dave Gibbons » de Amanda Conner, il ne colle pas du tout avec l’histoire, l’ensemble donnant l’impression de lire du Archie Comics un peu hardcore sur les bords.

Cover for Before Watchmen: Nite Owl (DC, 2012 series) #3

NITE OWL

Passation de pouvoir, partenariat et amour impossibles. L’occasion surtout de retrouver une dernière fois l’immense Joe Kubert, encrant le dessin de son propre fils Andy et d’oublier une histoire des plus convenues de J. Michael Straszynski, ce dernier plombant quelque peu Rorschach mais donnant de l’ampleur au Hibou en donnant enfin vie à cette contrepartie féminine à peine esquissée dans l’oeuvre originale d’Alan Moore. 

Cover for Before Watchmen: Dr. Manhattan (DC, 2012 series) #1

DR. MANHATTAN

Et si l’accident qui créa le plus puissant être de l’humanité n’avait pas eu lieu? Géniale idée de Straszynski (permettant au récit de se mettre au niveau de son personnage principal) qui permet également de contempler le trop rare Adam Hugues à l’oeuvre sur plusieurs épisodes à la suite. Du très bon travail qui s’intercale parfaitement.

Cover for Before Watchmen: Moloch (DC, 2013 series) #1

MOLOCH

Éclairage bienvenu sur un triste et pathétique criminel dont Watchmen ne nous montrait que l’après. Straszynski et Eduardo Risso font des étincelles et signent un bijou dont le dénouement restera pour toujours dans les mémoires, sublimant le travail original en lui apportant cette petite touche non désirée et désormais impossible à occulter.

Cover for Before Watchmen: Comedian (DC, 2012 series) #5

COMEDIAN

Voyage beaucoup trop prévisible au bout de l’enfer du Vietnam pour notre psychopathe préféré. Brian Azzarello n’ose étonnamment pas aller trop loin et sert un récit tiède que mêmes les dessins de J.G. Jones n’arrivent pas à réchauffer. Une occasion manquée.

Cover for Before Watchmen: Rorschach (DC, 2012 series) #1

RORSCHACH

Comme d’habitude, un splendide travail d’illustration de Lee Bermejo, mais pour un scénario invraisemblable du début à la fin. Azzarello, pourtant scénariste émérite reconnu et mainte fois récompensé de 100 Bullets (Vertigo), semble une fois de plus à court de munitions, comme si la tache s’était avérée trop lourde ou, au contraire, trop facile. Le résultat est hélas bien peu probant et totalement indigne de son immense talent.

Cover for Before Watchmen: Ozymandias (DC, 2012 series) #4

OZYMANDIAS

à l’image de Adrian Veidt, un récit intelligent et presque parfait dans son exécution. Len Wein, en vieux de la vieille qu’il est, nous pond une saga aussi sobre que puissante  »à la Citizen Kane », magnifiée par le style baroque et élégant de l’esthète Jae Lee. Une des grandes victoires de cette périlleuse expérience orchestrée par DC Comics.

CRIMSON CORSAIR

Back-up story figurant à la fin des autres titres de Before Watchmen, ce récit flippant est du niveau de Watchmen, ni plus, ni moins. John Higgins (également coloriste de l’oeuvre originale) fait ici preuve d’un savoir-faire et d’une maestria dans l’horreur qu’on ne lui connaissait pas, magnifiant son trait comme jamais pour signer son chef d’oeuvre.

Cover for Before Watchmen: Dollar Bill (DC, 2013 series) #1

DOLLAR BILL

Ou comment sublimer un personnage très secondaire qui n’en méritait pas tant. Len Wein (décidément très en verve) et Steve Rude viennent nous rappeler qu’il suffit d’y croire pour être un super-héros, même si l’on doit en payer le prix à la fin. Un bel exercice de style.

THE END

 

 

Mais on en connait un qui ne lira jamais ces pages…

Alan Moore aurait bien voulu pouvoir interdire cette digression à son classique de 1986. Après lecture, on le comprend un peu sans pour autant le suivre. Ce qui aurait dû être une oeuvre unique et remplie de non-dits et de mystères est aujourd’hui un peu plus claire, même si cela n’est plus de son fait; DC lui ayant en effet proposé d’écrire une préquelle à l’époque, ce qu’il a finit par refuser.

La seule question que l’on doit se poser est la suivante: Watchmen en sort-il grandit?

Oui et non à la fois.

On ne peut que regretter la direction de certains titres, tel Silk Spectre qui, malgré ses qualités, ne réussit pas à s’échapper de cet univers guimauve à la Archie; Comedian qui ne fait que confirmer poliment tout ce que l’on savait déjà sur lui; Rorschah enfin qui s’embourbe dans une aventure à laquelle on ne croit pas une seule seconde et qui fait d’ailleurs écho à celle que l’on retrouve dans Nite Owl mais en mieux amenée. Ces quelques faux-pas très relatifs sont heureusement éclipsés par de purs moments de génie, comme les récits cauchemardesque et à chaque fois en une page du Crimson Corsair, le one-shot stylé sur Dollar Bill, les origines étendues de Ozymandias, le what if sur le Dr. Manhattan et l’excellente saga des Minutemen.

Maintenant que le mal est fait, si l’on peut dire, on émettra le souhait que DC ne relance pas la pompe à dollars dans le futur; Watchmen méritait peut-être sa préquelle mais seul Alan Moore pourrait écrire AFTER WATCHMEN et nous savons toutes et tous qu’il ne le fera jamais, surtout après ce véritable crime de lèse-majesté.

Que Watchmen repose donc en paix.

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11 réflexions sur “BEFORE WATCHMEN

  1. J’ai explosé mes statistiques en avril avec l’article compile sur le Paradoxe Perdu, visiblement les gens ont été voir le reste. j’ai eu genre 600 vues.

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  2. Ah merde… t’as du la sentir passer avec Cycle Sluts From Hell et Aztec Camera! C’est cool d’être lu et apprécié par un ami journaliste. merci.

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  3. Oui, je lis tout ce que tu écris. Mêmes tes souvenirs sur tous ces disques improbables. J’adore! Je le reçois automatiquement sur mon mail.

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  4. Comme tu as pu le remarquer, je remonte la poignée d’articles sur les comics que j’avais écrits il y a une année ou deux. les images étaient trop petites et du coup j’ai aussi rajouté un peu de texte complémentaire.

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