LES DOUBLE SPLASH PAGES DE JACK KIRBY

Pendant très longtemps, les pages de bandes dessinées furent essentiellement constituées de petites cases (la plupart du temps au nombre de neuf par page, sois trois rangées de trois cases) et c’est d’ailleurs encore majoritairement le cas aujourd’hui un peu partout à travers le monde.

Les premières tentatives de casser cette règle immuable sont un peu difficiles à dater, d’autant plus que, pour ce qui concerne les comics, la première page était souvent ou partiellement une splash-page et que, déjà dans les années 40, certaines cases étaient rallongées, voir modifiées de différentes façons.

Et même s’il n’en est peut-être pas l’inventeur, c’est sans nul doute Jack Kirby qui popularisa cet art durant les années 40-70 en lui donnant ses lettres de noblesse au travers de double splash-pages, comme en témoignent la petite sélection annotée que je vous propose ci-dessous. En attendant un guide de lectures un de ces jours.

 

Crée durant la deuxième guerre mondiale par Joe Simon et Jack Kirby, Captain America demeure aujourd’hui encore un symbole fort de liberté, loin du héros patriotique et propagandiste de ses débuts et proche de son impeccable incarnation cinématographique.

Tout l’art de créer des machines tellement gigantesques que quand on les voit, on se demande si elles roulent, vont sous l’eau ou volent vers les étoiles.

Un trais plus gras, des cases plus grandes, tout comme sa liberté de créer qui désormais n’avait plus à se limiter à obéir à un petit chef auto-proclamé scénariste alors qu’il n’était au mieux qu’un dialoguiste de luxe.

Créateur de mondes comme de monstres, Jack n’a jamais laissé le grotesque et le ridicule le stopper dans ses créations les plus viscérales, créant sans cesse et jusqu’à la fin.

Trois décennies plus tard, Kirby revenait sur son personnage fétiche pour un dernier run émouvant après celui légendaire des années 60. Dessinant The Falcon pour la première fois, il ne se priva pas de le mettre en valeur aux côtés de Cap. La fin d’une longue histoire.

The Sandman, premier du nom et qui inspira une variation à un certain Neil Gaiman des décennies plus tard pour une série du même nom mais au contenu bien différent.

Kamandi, The Last Boy on Earth, une série post-apocalyptique qui demeure encore, tel Planet of the Apes,  l’un des mètres-étalons du genre près de quarante ans plus tard.

Un Titan terrassé et errant prisonnier pour la fin des temps dans l’espace infini tel un satellite gigantesque perdu dans l’univers impitoyable des New Gods.

Bien avant de raconter des sagas cosmiques, Kirby avait eu tout loisir de s’adonner à des histoires criminelles ou à l’eau de rose, ainsi qu’au western  comme ici avec Boys Ranch.

The Eternals, la version Marvel des New Gods de DC et l’une des dernières grandes créations de Kirby dans les années 70, avant ses travaux d’animation pour Hanna & Barbera puis son retour aux affaires dans les années 80 avec Pacific Comics.

Machine Man, une des dernières série de Kirby pour Marvel et qui sera enfin rééditée en 2016 pour la toute première fois depuis sa parution à la fin des années 70. A noter que c’est une autre légende, j’ai nommé Steve Ditko, qui dessina les derniers épisodes.

Eternals #01 by Jack Kirby

A la vision de cette illustration de Kirby pout The Eternals, on peut se demander si H.R. Giger ne s’en est pas légèrement inspiré pour créer son Space Jockey de Alien deux ans plus tard, l’idée générale étant plus ou moins la  même.

Comme il est pratique de se moquer de créatures sauvages et barbares quand on a la possibilité de les survoler sans danger à bord de sa toute puissante Mobius Chair et de faire partie des New Gods

Silver Star, tout comme Captain Victory, fut l’une des dernières créations du King dans les années 80 quand ce dernier officiait chez Pacific Comics.

Le Fourth World de Kirby, l’une des plus grandes sagas de l’histoire du médium et pourtant un échec commercial à l’époque de sa publication, aujourd’hui étudié dans les universités et maintes fois réédités à grand frais par DC Comics.

Quand une bonne perspective renforce le sentiment de danger pour le héros et que l’on tremble presque à l’idée de tourner la page pour connaître la suite…

Si cette page vous dit quelques chose, c’est peut-être que vous avez lu (dans les années 90 et 2000) les vibrants hommages des artistes français de BD, Jean-Marie Arnon et Reed Man, l’un avec sa série Dinosaur Bop et l’autre avec le reboot de Strange.

Touchant à tout les genres, Kirby s’illustra avec beaucoup de talent dans les récits de la seconde guerre mondiale, comme avec Boy Commandos et ici avec The Losers pour DC.

Etrigan, plus connu sous l’appellation de The Demon, une autre création éphémère de Kirby qui connut plusieurs vies et plusieurs séries jusqu’à aujourd’hui, ayant même fait partie du reboot The New 52 de DC Comics.

OMAC signifiait One Man Army Corps, et sa mythologie post Orwellienne a donné lieu à bien des intrigues dramatiques dans le DC Universe de ces dernières années.

Devil Dinosaur, l’histoire d’un homme-singe et de son meilleur ami, un furieux T-Rex écarlate à l’intelligence hyper développée. Encore une série passionnante et sans pareil de Kirby dans le Marvel Universe changeant des seventies. Un must.

Génie des perspectives et des intrigues rocambolesques, Kirby donna sans compter pour sauver son Fourth World, dont Mister Miracle (sorte de Houdini hardcore des temps modernes) fut la série la plus longue (mais seulement de quelques numéros).

Black Panther, premier super-héros noir de Marvel (avec The Falcon), méritait bien une série à son nom par le plus grand artiste de son temps. Ce fut le cas dans les années 70.

Super Powers, l’un des derniers travaux de Kirby pour un grand éditeur et un retour quelque peu motivé par des raisons économiques, le titre servant à vendre une ligne de figurines articulées pour les jeunes fans de DC Comics.

image

On croirait être de retour sur Apokolips mais pourtant il s’agit bien d’une double splash page de Captain Victory pour Pacific Comics.

Quans Marvel demanda à Jack Kirby d’adapter en comics un petit film de science-fiction d’un dénommé Stanley Kubrick, le King fut plus qu’heureux de le faire à sa façon, c’est à dire de la manière la plus grandiose qui soit.

Un des derniers travaux du maître dans les années 80, Captain Victory fut d’une certaine façon son chant du cygne, ses dernières années l’ayant par trop accaparé à faire valoir ses droits chez Marvel Comics dont il fit la fortune pratiquement à lui tout seul.

Puissance des regards, placement des corps dramatique au possible… comment ne pas dévorer une série comme Kamandi avec un tel metteur en scène aux commandes?!

Pour ne pas oublier qui fut le premier dessinateur de ces icônes que sont aujourd’hui Galactus et la pléthore de hérauts qui l’ont servi après Norin Raad, plus connu sous le nom de Silver Surfer.

Forever People, l’équipe d’aventuriers en fuite du Fourth World dont l’inspiration devait beaucoup aux hippies et autres beatniks des années 50-60.

The Fantastic Four ou la première famille du Marvel Universe, une série formidable sur laquelle le King resta plus d’une centaine de numéros en compagnie de son assistant Stan Lee, occupé à remplir les bulles entre deux conflits cosmiques.

Devil Dinosaur et son ami Moonboy en pleine action dans un monde encore jeune et où le danger est présent à chaque instant du jour et de la nuit.

Encore une image de l’adaptation de 2001: A Space Odyssey, façon Kirby évidemment, son style rendant n’importe quelle situation totalement démente.

Les fameux collages de Jack Kirby quand ce dernier découpait des magazines de science afin de reproduire à sa manière l’infini du vide galactique. Un traumatisme visuel pour les jeunes lecteurs des années 60, peu habitués à autant de panache.

La couleur n’étant pas toujours l’amie du dessinateur de comics, cette illustration en noir et blanc de The Newsboy Legion vient parfaitement clore cette galerie en rappelant à quel point le graphisme de Kirby était puissant déjà à la base et sans embellie.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur l’invraisemblable œuvre de Jack Kirby mais je souhaite que ces quelques pages vous incitent à aller découvrir ou redécouvrir l’héritage sans prix que ce grand monsieur a laissé à la bande dessinée mondiale en général et aux comics américains en particulier.

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