BATMAN v SUPERMAN: DAWN OF JUSTICE (PARTIE 2)

Le film étant encore au cinéma, je vais essayer de faire une chronique en mode SPOILER FREE, mais je pense que l’ensemble sera plus intéressant à lire après visionnage car je tiens à parler de certaines idées narratives et visuelles qui me tiennent à cœur et pour ça, il faut que je cite certaines scènes qui ne sont pas dans les différents trailers.

Parlons-en d’ailleurs de ces fameux trailers. Il y en a eu beaucoup trop (comme c’est souvent le cas avec les blockbusters), donnant l’impression qu’une fois au cinéma, on allait simplement assister à une version longue de leurs résumé, bien peu de choses au final étant resté inédit. Néanmoins, je dois avouer que j’ai apprécié les quelques tromperies disséminées ici et là, des cuts nous faisant croire à des scènes qui, au final, ne se sont absolument pas déroulées comme on l’avait imaginé (la scène des polaroids et, bien sûr, le combat final). Même chose avec certains dialogues qui ont été pris au pied de la lettre par le public alors qu’ils étaient hors contexte et superposés aux images (le combat principal).

Pour ce qui est de la campagne de marketing autour du film, je crois bien que c’est la plus calamiteuse à laquelle j’ai pu assister (ce qui explique aussi le rejet d’une partie du public), Batman v Superman: Dawn of Justice ayant été vendu comme un vulgaire affrontement de super-héros. Déjà, ce titre de merde, beaucoup trop long (niant Wonder Woman mais j’y reviendrai) et essayant de taper à tout les râteliers, vendant trois choses en même temps (et encore…). Tout comme Man of Steel et Dark Knight, un terme générique aurait été préférable à ce long titre improbable. Et il existait en plus, depuis 1941, le titre parfait, sobre, classe et synonyme de succès incontestable:

WORLD’S FINEST

Mais non. Au lieu de ça, Warner nous a donc vendu un match de catch (tout ce que le film n’est pas!) censé aboutir à la création de la Justice League. Le souci, c’est que cette dernière, bien qu’en fil rouge de la storyline, une fois révélée, ne s’avère pas plus consistante qu’un teaser. Il y a bien un personnage qui fait une courte apparition (et que bien peu de spectateurs auront réussi à reconnaître) mais c’est tout. Donc beaucoup de frustration pour rien et au final un film qui n’aurait jamais du s’appeler ainsi. Même Trinity (Batman, Superman et Wonder Woman) aurait été plus judicieux (bien que plus risqué financièrement je le concède, mais c’est pas plus débile qu’Avatar!) et plus iconique.

Parlons du film maintenant. On a critiqué la scène d’intro parce qu’elle était redondante. Sans vraiment dire de quoi elle parle, on peut quand même révéler qu’elle est familière, presque traditionnelle. Sa présence est surtout la clé d’un ressort narratif qui intervient près de deux heures plus tard. Qui plus est, son originalité (il s’agit d’un rêve) n’a d’égale que sa magnificence.

La seconde scène fait le lien avec Man of Steel. Ce flash-back est génial car il nous montre Bruce Wayne (Ben Affleck à fond dans son rôle) durant les événements de Metropolis ou Superman affrontait l’armée de Zod, ravageant la ville au passage. Cette mise en abyme du principal défaut de Man of Steel fonctionne totalement, nous mettant littéralement à la place des victimes grâce à Bruce Wayne, sa colère donnant le ton de ce qui va suivre. Il est d’ailleurs dommage que tout cela soit quelque peu gâché par une interaction téléphonique invraisemblable entre Wayne et l’un de ses employés. Heureusement, la fin de la scène, totalement hantée, fait vite oublier cette écriture paresseuse.

Le film commence vraiment avec l’introduction des deux héros principaux (Diana Prince/Wonder Woman n’étant qu’un personnage secondaire avec son propre agenda). On retrouve d’abord Clark Kent/Superman, désormais compagnon de Lois Lane (une relation fragile et forte à la fois) et protecteur controversé de la planète, le monde entier s’interrogeant sur sa véritable nature. Cet éclairage en demi-teintes sera une constante durant tout le film, Snyder nous faisant bien comprendre que pendant que Superman sauve des gens aux quatre coins du monde, ses actions ont des répercussions politiques et humaines au même moment(ce dernier en ayant conscience sans pour autant s’en préoccuper vraiment). C’est d’ailleurs la grande force de ce film (tout comme pour Watchmen avec le personnage du Dr Manhattan) que de nous montrer que si une partie de l’humanité vénère Superman, une autre en à peur et souhaiterait qu’il disparaisse.

Et même si Bruce Wayne/Batman ne connait pas la peur, ce dernier fait bel et bien partie de la seconde catégorie. Après vingt ans de vigilitantisme (se faisant encore tirer dessus par des policiers terrorisés), notre héros est devenu bien amer. Son fidèle majordome Alfred (joué avec un certain génie par Jeremy Irons) en est le reflet le plus impitoyable, encore plus cynique que d’habitude, ce dernier ne prend même plus de gants pour souligner l’alcoolisme de son maître ou le fait que la lignée des Wayne se terminera avec lui. Pour terminer ce tableau d’une noirceur sidérante, le maître et son valet vivent dans une maison de verre high-tech au bord de l’eau, le Manoir Wayne n’étant plus qu’une immense ruine vide et à l’abandon. On ne s’étonnera guère après que sa rage envers Superman ne l’aveugle au delà du raisonnable.

J’en arrive maintenant à Lex Luthor. N’ayant jamais été correctement adapté au cinéma (Gene Hackman cabotinant comme un salaud et Kevin Spacey cabotinant en imitant Gene Hackman), Luthor se voit ici incarné par Jesse Eisenberg qui, avec un certain génie, nous sert une version psychotique de son Mark Zuckerberg de The Social Network. Le pari est plutôt gonflé mais, en ce qui me concerne, ça fonctionne totalement. Lex Luthor ayant évolué de différentes manières au court des décennies, cette nouvelle interprétation en vaut bien une autre. Mieux encore, Eisenberg réussit l’exploit de créer un décalque valable du Joker de Heath Ledger, démontrant par son talent d’acteur que Lex Luthor est pour Superman l’équivalent de ce que le Joker est pour Batman. Peu de gens s’en sont rendu compte mais tout cela fait sens, tout comme son aveuglement face à Superman, très proche au final de celui du détective masqué de Gotham.

Ne désirant pas aller trop loin dans le déroulement du film, je me contenterai de citer les autres acteurs fantastiques qui s’y trouvent.

Amy Adams est définitivement la meilleure Lois Lane qui soit. A la différence de la sympathique Margot Kidder (Superman I-IV), on croit vraiment qu’elle est journaliste car elle agit et se comporte en journaliste. Quand à sa relation avec Clark Kent, elle est d’une puissance émotionnelle rare, comme le prouve la scène de la baignoire et toute la fin du film. Surtout, elle tient la distance face à Wonder Woman, potentielle rivale car amoureuse de Superman dans les comics.

Jouant Perry White, le rédacteur en chef du Daily Planet, Laurence Fishburne peut enfin voler des scènes à Lois et Clark, son rôle étant un peu plus écrit que dans Man of Steel. Encore plus que Amy Adams, Fishburne est totalement crédible dans son rôle de vieux patron autoritaire, intransigeant et juste à la fois. Un régal que cette leçon d’interprétation.

Holly Hunter (la sénatrice Finch), bien que peu présente dans le film, n’est pas en reste, son personnage étant quand même le premier à s’interposer face à Lex Luthor et ses délires sécuritaires. Une grande actrice, hélas trop rare, qui laisse toujours son empreinte quel que soit son rôle.

On ne peut pas non plus occulter la performance de Scoot McNairy (Monsters) dans le rôle de Wallace Keefe, malheureux employé de la tour Wayne durant les événements de Metropolis et dont le handicap va servir à un ressort narratif pour le moins efficace.

Petit spoil pas bien méchant pour mentionner l’apparition sous forme de spectre de Kevin Costner dans le rôle de Jonathan Kent. Cette unique scène, à la fois totalement surréaliste et bouleversante (la morale du père adoptif de Clark ayant été mise à mal par ses paroles douteuses dans Man of Steel) fonctionne incroyablement bien, permettant un instant de se retrouver dans la tête de Clark à un moment difficile.

Dans le rôle de Martha Kent, Diane Lane donne aussi beaucoup de sa personne, son emploi anecdotique de mère adoptive donneuse de bons conseils étant quelque peu bousculé par un scénario ambitieux qui réussit à rendre hommage à son personnage tout en lui donnant un temps d’écran consistant et l’une des meilleures répliques du film. Encore une magnifique actrice qui se voit ici traitée comme il se doit.

Je n’ai pas encore vraiment parlé du trio vedette et je me rend compte que pour un film aussi détesté, il comporte quand même un nombre assez ahurissant de performances d’acteurs!

Honneur aux femmes, je commence par Gal Gadot. Presque aussi critiquée que Ben Affleck quand on a su qu’il jouerait Batman, Gadot semble être la seule à faire l’unanimité dans le torrent de reproches qui s’est abattu sur le film (ce qui ne l’empêche pas de cartonner dans le monde entier). Mystérieuse et séduisante à la fois, son personnage ne se révèle que tardivement quand il faut épauler les garçons contre Doomsday (oui, le troll géant avec une ossature extérieure). Faisant honneur à la seule Wonder Woman  avant elle (Lynda Carter forever), Gadot prend totalement possession de son personnage de guerrière amazone durant ce combat de titans (l’expression est faible), se battant comme une furie et riant en se relevant comme seul une déesse le ferait. On ne peut que compter les mois avant le film de 2017 qui s’annonce déjà comme un événement cinématographique majeur.

Pour ce qui est de Henri Cavill, plus que Ben Affleck encore, la situation est des plus étranges. En effet, beaucoup de personnes n’acceptent tout simplement pas sa version de Superman. On ne va pas énumérer les nombreuses raisons de ce rejet, elles sont déjà énoncées en filigrane dans la première partie quand je parlais de l’évolution des super-héros. A son crédit, Cavill ne s’est pas contenté de dupliquer la performance légendaire de Christopher Reeve, il l’a magnifiée, faisant enfin de Superman ce qu’il est vraiment, à savoir un extra-terrestre se prenant pour un humain, ce qu’il n’est pas et ne seras jamais, pas complètement du moins. La direction d’acteur de Snyder y est pour beaucoup mais, au final, si l’acteur n’est pas génial, il n’y a pas de miracle. Et comme je l’ai déjà dit par le passé, Man of Steel était un miracle de justesse et de réalisme. Même chose ici.

Enfin, Ben Affleck. Que dire sinon qu’il est Bruce Wayne et que son Batman est le plus concluant jamais vu à l’écran. Que ce soit son numéro de duettiste avec Jeremy Irons (best Alfred ever) ou ses scènes en Batman toutes droites sorties de la franchise de jeux vidéos Arkham Asylum (Rocksteady avait comprit bien avant Nolan ce qu’était Batman), il semble littéralement bondir hors des cases des comics de Frank Miller. Un homme rongé par vingt ans de combats, de drames et une solitude à peine adoucie par la compagnie de quelques femmes aussi intoxicantes qu’interchangeables (comme les bouteilles de vin de sa cave d’ailleurs), l’amour n’ayant aucune place dans une vie consacrée à tenter d’éradiquer une criminalité sans fin. Je pourrai écrire des pages sur l’engagement total de Ben Affleck, ainsi que sur l’impact émotionnel inouï que doivent avoir sur lui toutes ces critiques infondées faites au film. Une fois de plus, le temps jugera.

Bien sûr, avec un tel cahier des charges, Batman v Superman est loin d’être un film parfait, il souffre de nombreuses incohérences scénaristiques (le stratagème monstrueux de Lex Luthor et le comportement des deux héros l’un envers l’autre), d’un trop-plein d’informations (beaucoup de personnages importants sous-exposés), de séquences cryptées (rêves, apparitions et autres prémonitions) ainsi que d’une volonté de rattraper le temps perdu (15 ans à laisser Marvel construire son univers étendu) qui trahit un certain affolement bien visible à l’écran. Mais si on y réfléchi deux secondes, ce n’est pas plus invraisemblable que les milliers de comics publiés chaque mois depuis bientôt un siècle. Mieux, ça ressemble enfin à une adaptation de comics digne de ce nom et pas à une énième tentative de capitaliser sur des super-héros sans vraiment les adapter totalement (ce qui est un peu la spécialité des films Marvel, Fox et Sony compris). Si je voulais pinailler, je dirai que la seule chose qui manque dans BvS, c’est Jimmy Olsen. Et encore, il semblerait que ce soit plus ou moins le photographe qui apparaît au début du film en Afrique.

Le plus incroyable en conclusion, c’est que ce film branlant, sombre et dépressif au possible, tienne quand même debout et délivre un tel souffle épique. Et oui, la dernière heure du film est monstrueuse, mais sa montée dramatique n’en promettait pas moins. A l’image du score de  Hans Zimmer et Junkie XL, Batman v Superman: Dawn of Justice (ce titre…) déborde de générosité, proposant un spectacle total dès les premières minutes comme l’avait promis Zack Snyder, certainement le réalisateur le plus hardcore de sa génération. Qu’il aie pu imposer un film aussi dense aux producteurs frileux de la Warner est un exploit en soi. L’autre exploit maintenant va être pour lui de résister à cette hideuse shitstorm qui lui tombe dessus, mais je pense que les chiffres du box-office devraient l’aider à passer ce cap difficile. Warner va certainement lui demander de mettre de l’eau dans son vin pour la suite. Après tout, la création de la Justice League n’a pas besoin d’être un drame antique, donc cela ne devrait pas lui poser trop de problèmes.

Oeuvre dégénérée pour certains, chef d’oeuvre crépusculaire pour d’autres, Batman v Superman: Dawn of Justice est un film qui ne laisse au moins personne indifférent. Reste à savoir si le temps lui donnera raison et lui rendra enfin justice. Personnellement, je ne suis pas inquiet.

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