DAREDEVIL SAISON 2 (PARTIE 1)

Quand en 2014, Netflix annonça une série sur l’homme sans peur (puis d’autres comme Jessica Jones, Luke Cage, etc.), ma première réaction fut une certaine forme d’inquiétude, le douloureux souvenir du film de 2003 étant encore très présent dans ma mémoire de cinéphile.

Car oui, on peut être cinéphile et aimer les histoires de super-héros, la gageure étant de savoir faire la différence entre un simple divertissement décérébré et une véritable oeuvre cinématographique, cette dernière étant, comme vous le savez, plutôt rare dans ce genre de productions.

Hélas, dans le film de Mark Steven Johnson, les seuls moments de cinéma étaient le prologue avec la première apparition de Daredevil dans l’église et les flashbacks de Matt Murdock adolescent avec son père boxeur, tout le reste étant bon à jeter à la poubelle, ou presque. Surtout, le ton léger, ainsi que l’humour omniprésent (et le kitsch de certaines scènes), plombaient l’ensemble. Le Director’s cut, sorti quelques temps plus tard, remonta quelque peu le niveau du film, mais il était trop tard pour toute réhabilitation. Le purgatoire allait durer plus d’une décennie.

Ce qui nous mène à la série Netflix. Crée par Drew Goddard (avec Steven S. DeKnight comme showrunner), la saison 1 de Daredevil est arrivée une nuit d’avril avec ses treize épisodes balancés d’un coup sur la plateforme de streaming. Et le choc, autant visuel que narratif, fut des plus inattendus.

On y découvrait deux jeunes avocats indépendants, Matt Murdock et Foggy Nelson, ainsi que celle qui allait devenir leur première cliente et future assistante: Karen Page. Depuis leur minuscule et miteux bureau de Hell’s Kitchen (un quartier autrefois ultra-sordide de New York), le trio tentait de répondre à la misère locale et de changer les choses durablement (via leur combat contre la corruption), la plus grande partie de la série suivant leur chemin mouvementé. L’histoire, loin d’être simple, nous faisait suivre l’avènement, pratiquement en simultané, du justicier aveugle Daredevil et de Wilson Fisk, patron du crime se faisant passer pour un riche philanthrope. Chacun désirant à sa façon sauver la ville (Daredevil par la force, Fisk par un contrôle total), leur dernière rencontre ne pouvait donner lieu qu’à un terrible affrontement comme celui qui nous fut proposé dans l’épisode final. Mais pour en arriver là, quel chemin il a fallu endurer, quelle montée en puissance, quelle mise en abîme du mythe du super-héros!

Presque parfaite dans sa réalisation, la première saison de Daredevil, par sa noirceur et son réalisme urbain, a réussi l’exploit d’annihiler tout ce qui clochait dans le film de Johnson, rendant enfin justice à ce qui est probablement encore aujourd’hui la meilleure série (et personnage) jamais publiée par Marvel Comics.

Autant dire que la saison deux était plus qu’attendue en ce mois de mars 2015, d’autant qu’on nous promettait du rêve avec l’arrivée du Punisher (anti-héros aux actions discutables, tout comme les trois films dont il  fut la vedette) et d’Elektra (ninja mythique et intouchable adaptée misérablement à deux reprises).

Pourtant, après sept épisodes, le bilan, bien que tout à fait respectable pour une série télévisée, est plutôt mitigé. La première saison fut une véritable surprise  car personne ne s’attendait à un tel niveau de qualité et de réalisme, mais la seconde ne réussit pas totalement à réitérer l’effet de surprise, souffrant terriblement de la relative absence de son immense (à tous les sens du terme) bad guy joué par Vincent D’onofrio, même si ce dernier est bien là. Sa performance tourmentée de 2015, digne d’un Marlon Brando, a fait beaucoup pour rendre Daredevil incontournable, confirmant la règle qu’une histoire de super-héros ne vaut rien sans un grand vilain (que seraient Thor et le premier Avengers sans Loki?!).

En résumé, cette seconde saison souffre véritablement de l’absence d’un véritable bad guy, Fisk ne faisant que passer (mais quel bonheur de le retrouver!), tandis que l’histoire s’amuse à nous faire croire que le Punisher et Elektra sont à la fois des héros et des criminels. Il y a bien la Main, l’organisation secrète de ninjas (oui, des ninjas et ça fonctionne!), mais elle représente plus une menace multiple qu’un véritable et unique vilain.

Il est temps d’approfondir un peu ce qui se trouve dans cette seconde saison. Evidemment, avant de commencer à tout raconter: SPOILER ALERT (vous viendrez pas vous plaindre après si vous n’avez pas encore vu la série…)!!!

Ce qui choque assez vite, c’est la sous-exploitation du personnage principal ou plutôt sa sur-exploitation en costume, confirmant tout le mal que l’on pensait de son design quand il nous fut révélé à la fin de la première saison.  En voulant rendre la tenue de Daredevil fonctionnelle, le designer a oublié de faire simple, ce qui donne cette espèce d’armure patchwork de différents matériaux et couleurs. Charlie Cox n’étant pas très grand, il ressemble plus à un cosplayer serré dans son costume qu’à un justicier athlétique. Et que dire de ce casque hideux avec ses yeux globuleux qui lui donne une tête ridicule?!

Pourtant, une scène réussit à nous vendre du rêve, celle ou Daredevil s’en prend à un gang de bikers dans un couloir d’immeuble avant de terminer le combat dans les escaliers le menant à la sortie. Ce moment de bravoure est bien le seul à nous faire croire que cet homme est bien plus qu’un dingue déguisé en diable. Pour ce qui est de l’acteur, Cox est excellent en Matt Murdock, ce qui choque d’autant plus quand il est en costume de super-héros, ses mouvements et ses poses étant filmées avec un manque de dynamisme qui finissent par exaspérer, rendant sa mission très secondaire, surtout quand il suit Elektra à la manière d’un sidekick, alors que Daredevil est censé avoir un agenda bien à lui. Et je ne parle même pas de leur alchimie en  costumes, proche de zéro, niveau charisme.

L’arrivée du Punisher a fait couler beaucoup d’encre dans les médias et les réseaux sociaux, surtout quand on a apprit que pour incarner Frank Castle, ce n’était ni plus ni moins que le brutal John Bernthal (Shane dans The Walking Dead) qui avait été choisi. Avouons le d’entrée, Bernthal est tout bonnement monumental dans le rôle de Castle. Aussi mystérieux que meurtrier, son personnage se découvre au fur et à mesure de la série, ses origines apparaissant de manière bien plus subtiles que par le passé, les scénaristes ayant eu la bonne idée de les raconter au travers de l’enquête de Karen Page (Deborah Ann Woll, qui aurait décidément fait une Gwen Stacy mémorable si on l’avait engagée sur la franchise Spider-Man). Il est dommage que son arrestation rapide transforme la série en histoire de procès, Castle devant répondre de ses crimes devant la justice tout en étant défendu par Nelson et Murdock. On verra où cette idée mènera la saison mais je sens venir un hommage appuyé à un fameux comic de The Amazing Spider-Man…

Il est temps de parler du sujet qui fâche, à savoir Elektra. Elodie Yung aurait vraiment pu faire une Elektra formidable, son arrivée  dans l’appartement de Matt sans même qu’il ne s’en rende compte  (alors qu’il entend les batements de coeur des gens et tout ce qui se passe dans le quartier à la ronde) est une idée narrative excellente. Mais rapidement, malgré quelques flashbacks efficaces, le personnage d’Elektra apparaît bien trop léger et caricatural. Un sentiment renforcé par le fait que Yung a déjà joué un rôle similaire dans le film G.I. Joe: Retaliation, incarnant Jinx, une ninja dont le look a été totalement pompé sur celui de l’héroïne crée par Frank Miller (ce qui, hélas, explique probablement la décision de lui donner dans la série un look différent).

Tout comme Frank Castle qui n’est pas encore totalement le Punisher, on pourra rétorquer que Elektra Natchios n’est pas encore Elektra et je vais devoir attendre la fin du visionnage de la saison pour rendre un avis définitif, mais il me semble bien que son évolution est déjà bien avancée.

J’en reviens donc à ce costume. Je sais bien que le design original est difficile à porter (surtout après ce que j’ai dit sur G.I. Joe: Retaliation), sans compter que c’est à peu près le même que celui de Psylocke dans X-Men: Apocalypse et visiblement l’actrice (Olivia Munn) à plutôt l’air badass dans le film. Alors quoi? Elodie Yung disait dans une interview qu’elle ne pouvait quand même pas se balader sur les toits de New-York en bikini rouge? OK, mais ne serait-ce pas ce qui serait arrivé si elle n’avait pas porté le même costume précédemment dans un film et si Munn ne portait ce même costume en violet dans X-Men: Apocalypse?!

Sans compter que, niveau design, les fans du comic-book auront remarqué l’amalgame plutôt gênant avec un autre personnage féminin de la série, à savoir Maya Lopez, plus connue sous le nom de Echo. En donnant une version confuse de Elektra, les scénaristes sont passés délibérément à côté d’un grand personnage. Mais il n’est peut-être pas trop tard pour rectifier le tir.

Dernier point qui m’embête beaucoup, à la différence de la saison une, on y croit plus difficilement, nos héros crapahutant de manière bien poussive durant la nuit et ne faisant vraiment rien de bien exceptionnel au final. (le tout dans de très moches costumes qui plus est). Alors je ne sais pas si ce sont tous ces ninjas à l’écran qui rendent l’ensemble ridicule ou alors l’idée que des ninjas (même présentés avec talent et respect) sur les toits de New York sont ridicules malgré la meilleure volonté du monde, mais il y a vraiment quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette représentation, pas totalement en tout cas.

Bref, j’espère que les six derniers épisodes remonteront le niveau mais il me semble que la méthode Marvel/Netflix commence ici à montrer ses limites. Cela reste quand même moins ridicule qu’une série comme Arrow (même si cette dernière demeure fort divertissante), mais au final, la frustration demeure la même. Adapter des personnages de comics en live est un exploit en soi et qui ne souffre aucun relâchement, ce qui semble, pour l’instant du moins, le principal reproche que l’on puisse faire à cette seconde saison.

TO BE CONCLUDED…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s