DEADPOOL (PREMIÈRE PARTIE)

Tout d’abord, un peu d’histoire. Deadpool a été crée pour Marvel par Rob Liefeld (le pire dessinateur de comics du monde et donc l’un des plus connus…) tandis qu’il travaillait avec le scénariste Fabian Nicieza. Ce détail à son importance car, d’habitude, c’est le scénariste qui invente les personnages. Pas cette fois. Grotesque plagiat de Deathstroke (personnage DC apparaissant dans le cartoon Teen Titans et la série Arrow) et de Spider-Man (pour le masque et les blagues pourries), Deadpool participera à la décadence ultra-violente des comics des années 90, ne devant sa survie qu’à la totale refonte de son personnage à la fin de cette même décennie et durant les années 2000. Pouvant désormais franchir le quatrième mur, Deadpool deviendra rapidement le poil à gratter de Marvel, apparaissant dans de nombreux (et très médiocres) comics jusqu’à aujourd’hui.

Après un faux départ en 2009 avec le très oubliable X-Men Origins: Wolverine (déjà avec Ryan Reynolds), Deadpool revient en 2016 avec son véritable costume et la campagne de promotion la plus originale de tous les temps. Mais est-ce pour autant un bon film? Eh bien, c’est un peu plus compliqué que cela.

Premièrement, il y a Ryan Reynolds dans le rôle-titre. Reynolds fait partie de ces acteurs que l’on ne peut jamais vraiment détester malgré leur filmographie en dent de scie. on l’a vu dans des tas de comédies bien nazes mais également dans quelques films sérieux plutôt bien fichus, genre Buried ou encore The Woman in Gold. Et puis, il y a ses films de super-héros dans lesquels il semble reprendre à chaque fois le même rôle. De Blade: Trinity à Green Lantern en passant par X-Men Origins: Wolverine, Reynolds joue à chaque fois de la même façon quel que soit son rôle, donnant une interprétation décalée d’un mec ultra-cool avec de l’humour absurde et qui soudain se transforme en une sorte de guerrier ultra-viril. Regardez ces trois films (plus Deadpool), c’est quasiment le même personnage. Mais le plus fascinant, c’est que malgré le fait que ces trois films (je garde mon avis final sur Deadpool pour la fin) soient en grandes parties ratés, personne ne semble en vouloir à Ryan Reynolds. Bon, il est canadien, impossible de le détester vraiment, mais quand même!

Traînant depuis des années dans les cartons de la Fox, le projet de film sur Deadpool commençait à ressembler à une vieille blague, au même rang que celui sur Gambit (dont on attend toujours le véritable démarrage). La fuite des tests du costume (orchestrée par Reynolds himself) puis les premières images de tournage créèrent un joli buzz, avant que la campagne de promotion ne se mette en branle. Plutôt atypique, cette campagne s’avère avec le recul un modèle d’efficacité, réussissant à vendre aux masses un obscure personnage en insistant fortement sur son humour décalé et le fait qu’il parle directement aux spectateurs. Entre les nombreuses vidéos de monologues et les multiples affiches, parfois parodiques, le pompon est certainement à attribuer à une campagne d’affichages en… rébus! De plus, la classification R (une première pour un film Marvel) avait de quoi surprendre, le film promettant du gore, des jurons et même un peu de sexe! Deadpool serait un film atypique, subversif et déviant, rien que ça!

Balancé en plein mois de février (la période où les studios expédient les films en lesquels ils ne croient pas ou plus), Deadpool explose le box-office international (ainsi qu’une bonne dizaine de records au passage), se rentabilisant en moins d’un week-end! Le triomphe est total et, à l’heure où j’écris ces lignes, le film a déjà rapporté plus d’un demi-milliard de dollars.

L’ayant vu à deux reprises (une fois avec ma copine, une fois seul), je n’arrive toujours pas à comprendre l’engouement devant ce spectacle, le film semblant draguer le public en masse grâce à un bouche-à oreilles particulièrement positif, comme si la relative morosité de ce début d’année pouvait être comblée par la première pantalonnade venue. Car c’est bien là, le problème de ce film, bien que Deadpool soit autant rempli de qualités que de défauts, au final, ce n’est pas vraiment un film en soi, plutôt une featurette de près de deux heures. Je m’explique (en évitant de trop spoiler).

Déjà, le scénario est inexistant, ce n’est même pas un prétexte, il n’y en  a juste pas. Deadpool veut juste se venger du gars qui l’a torturé pour en faire un mutant, le reste du film étant une énième origine-story dont on se serait passé. Caractéristique de ce manque de substance, le peu de locations présentées. Il y a l’auto-route, le bar de mercenaires, le strip-club, l’appartement de Wade Wilson (Deadpool) puis sa coloc, le labo d’expérimentations, le quartier général des X-Men (survolé en vitesse) et le port pour la scène finale. Et c’est marre! Rajoutez quelques scènes tournées dans la rue et vous avez la totalité des locations du film.

Avec son générique au ralenti stylé qui balance des vannes en lieu de présentations, on aurait pu croire que le film serait un festival ininterrompu de folie furieuse. Et ça commence plutôt bien, l’introduction absurde de Deadpool dans un taxi est tout simplement excellente, tout comme sa discussion avec Dopinder, le conducteur indien épris d’une femme courtisée par un rival. La conclusion de cette histoire une heure plus tard est un bijou d’humour noir. La fameuse scène de l’auto-route est efficace mais sans surprise, les bandes-annonces en ayant beaucoup trop montré des mois plus tôt. Tout comme l’arrivée des X-Men. Enfin… des deux X-Men.

On en a beaucoup parlé de ces deux supporting-casts, surtout parce que personne ne savait vraiment ce qu’ils foutaient là. Fox possédant la franchise X-Men, on espérait avoir au moins Wolverine ou alors Cable (annoncé pour le 2), mais vu que le studio (après la débâcle Fantastic Four) n’avait visiblement pas les moyens (ni l’envie) de filer quelques millions à Hugh Jackman. Et comme il n’y a plus de X-Men à notre époque (la franchise se passant dans le passé depuis First Class), la Fox a finalement autorisé l’apparition de deux personnages pour le moins improbables, Negasonic Teenage Warhead et… Colossus. Sauf que ce ne sont pas vraiment eux.

Pour ce qui est de Negasonic Teenage Warhead, la télépathe maudite au look de sorcière des comics fait ici place à un mignonne adolescente gothique (tellement cliché que même Deadpool s’en moque) qui peut exploser comme le personnage de Boom Boom, visiblement amalgamé à elle pour ce qui est de ses dialogues.

Mais le pire est sans doute ce qui est arrivé à Colossus. Déjà fort peu représenté dans la trilogie X-Men originale, Colossus ne récupère même pas son parfait acteur original (Daniel Cudmore, né pour le rôle) et se retrouve vieilli et flanqué d’un accent russe raciste, ainsi que d’une personnalité moralisatrice écœurante de bons sentiments, ce qui semble une volonté du script afin que Deadpool puisse se moquer de lui.

Étrangement, l’apport de ces deux X-Men (plus les visuels de leur quartier général) rend Deadpool encore plus cheap qu’il ne l’est, montrant au grand jour que leur présence n’est qu’un cache-misère, la production n’ayant pas désirer s’impliquer plus que ça dans la création d’un univers étendu. C’est un peu comme si une version discount des X-Men s’invitait dans un film de super-héros déjà discount (Deadpool) par son budget.

Pourtant, malgré cette évidence, leur présence fonctionne quand même (ce n’est pas le moindre paradoxe de ce film), parce que des X-Men discount restent des X-Men au final. Et la confrontation avec Deadpool est le prétexte d’une brillant hommage aux Monty Pythons et d’un moment bien gore. Ce qui n’enlève pas au final cette impression d’avoir un placement de produits gigantesque dans Deadpool, ces bouts de X-Men demeurant comme une invasion au cœur du film.

TO BE CONCLUDED…

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